Actualité à la Hune

Complément VV 525, novembre 2014

Le Pogo 6.50 à travers les âges

  • Publié le : 22/10/2014 - 00:01

Silhouettes20 ans de Pogos en trois silhouettes... Ou encore, l'adaptation du Mini au milieu et à la concurrence.Photo @ Structures

Comparer trois générations de Pogo 6.50, c’est effeuiller vingt ans d’histoire de la Mini Transat. La jauge n’a quasiment pas bougé, mais les mœurs et les techniques, si ! Carènes, gréement, accastillage, équipement, suivez le guide.

 

> Pogo 1
Année de lancement : 1995

Archi : Pierre Rolland
Nombre d’unités construites : 124

> Pogo 2 
Année de lancement : 2003
Archi : Jean-Marie Finot et Pascal Conq
Nombre d’unités construites : 117

> Pogo 3
Année de lancement : 2014
Archi : Guillaume Verdier
Nombre d’unités construites : 5 à ce jour

C’est en Septembre 1995 que les coureurs de la neuvième Mini-Transat découvrent au port du Moulin Blanc deux drôles de voiliers blancs, cerclés d’un rail de fargue et coiffés d’un rouf fermé par des portes de saloon. Il ne sont pas forcément très beaux, mais leur nom percute : Pogo ! Même consonance que le Coco sur plans Harlé construit par Archambault, référence vieillissante de l’époque.

L’année précédente, Christian Bourroulec, le patron du chantier Structures, a récupéré le moule d’Amnesty International, le proto vainqueur en 1993 aux mains de Thierry Dubois. Et en a extrapolé un voilier conforme à la jauge série. Cette "box rule" se résume en quelques lignes qui n’ont  pas bougé depuis : 6,50 m de long par 3 m de large comme les proto, mais 1,60 m de tirant d’eau seulement, un mât plus court (11 m de tirant d'air), pas de ballast, ni de quille pivotante. La liste des matériaux de construction est hyper-restrictive : contreplaqué ou polyester pour la coque, fonte et plomb pour la quille, aluminium pour les espars. A l’époque, un bateau de série a pour vocation d’être économique, plus simple d’emploi qu’un proto et de pouvoir permettre de pratiquer la petite croisière.

1995 est une édition plutôt clémente dans l'histoire de la Mini. Mais au terme de la première étape, il est difficile d’imaginer scenario plus noir pour un lancement de bateau. L’un des deux Pogo est retrouvé vide au nord de l’île, son skipper Olivier Vatinet a disparu. Le second exemplaire termine la course aux places d’honneur et le bateau endeuillé est ramené en France par un trio de préparateurs qui n’ont pas froid aux yeux. Ils matraquent suffisamment le Pogo pour identifier tous les points à fiabiliser.


Pogo 1Bi safran, construction robuste, trappe de survie à l'arrière… Le Pogo 1 a intégré en 95 beaucoup d'éléments qui font des Minis de bons bateaux de large. Notez les haubans rentrés, la porte double battants et le rail de fargue qui ont pris un sérieux coup de vieux !Photo @ D.R.

En 1996, trois autres Pogo sont vendus et le plan Rolland commence à gagner des courses. Les ventes s'emballent à partir de 1997 : 11 unités cette année-là puis plus de 20 par an jusqu'en 2002. Le seul bateau de série pouvant le concurrencer est alors le Super Calin dessiné et construit en contreplaqué par Jean-Pierre Magnan. A partir de 1997 et jusqu'en 2011, plus aucune Mini-Transat n'échappera au Pogo – qui devient une marque déclinée dans d’autres tailles.

Évolution des mœurs oblige, l’appétit pour les voiliers de série va croissant. En 1995, moins de 20 % des Minis qui disputaient la transat étaient des voiliers de série. En 2013, ils représentaient 63 % des engagés. L’arrivée du Pogo 2 en 2003, beaucoup plus affirmé et abouti que son prédécesseur, crée un cercle vertueux. Dans un paysage qui s’apparente parfois à de la monotypie, c’est d’ailleurs tout à l’honneur des chantiers et architectes concurrents* d’être arrivés à faire émerger et exister au moins pour un temps d’autres modèles. C'est d'ailleurs ce qui a forcé Structures à lancer cette année le Pogo 3, après s'être fait ravir la transat en 2013 par un Nacira. Retour sur 20 ans d’architecture Mini.

MatchPour mon premier essai en 2003, à Voiles et Voiliers, nous avions réuni deux générations de Pogo. Le n° 2 avec sa carène planante et son grand spi sur bout dehors essaie de tuer le père qui aura du mal à tenir le "loffing match" avec son spi porté sur tangon.Photo @ Pierre-Marie Bourguinat

Conception – Carène
Pogo, bras de levierLa position du centre de la carène la plus puissante est défavorable lors du test de redressement car elle réduit la longueur du bras de levier.Photo @ François Chevalier La carène du Pogo 1 est celle que Pierre Rolland a dessiné sur Amnesty International. Son franc bord a été rehaussé sur l'arrière pour passer la jauge. Elle est conforme aux canons de l’époque avec des formes elliptiques très douces. La largeur de flottaison statique est relativement faible et l’appui à la gîte progressif.

Comparativement au Pogo 1, la carène Finot-Conq du Pogo 2 est une luge. Les lignes sont très tendues en longitudinal, brion et tableau sont immergés. La largeur au tableau est nettement plus importante, de même que l’écartement des safrans, signe d’une carène qui se décale plus nettement à la gîte. Les entrées d’eau sont encore fines, la réserve de volume s’obtenant par un tulipage de l’étrave qui donne une élégance naturelle au bateau et qui se prolonge vers l'arrière par un bouchain marqué.

Signée Verdier, la carène du Pogo 3 est encore très différente. Plus volumineuse de 7,5% que celle du Pogo 2, elle est aussi plus bananée et marquée par un bouchain évolutif placé assez bas qui court jusqu’à l’étrave très volumineuse. Le brion est nettement émergé. En condition de jauge (c'est à dire plus enfoncé que sur le dessin), la flottaison démarre 80 cm en arrière de l'étrave. Le centre de carène avancé est compensé par la position plus reculée du voile de quille (en T pour conserver un CG sensiblement équivalent au Pogo 2). L’appui à la gîte s’obtient très tôt, ce qui augmente bien sûr la puissance, mais pose un problème pour le test de redressement. Comme on le voit sur le dessin, ces formes ont tendance à réduire la distance entre le centre de carène et le centre de gravité du bulbe, une fois que le bateau est couché à 90°. Ces nouvelles carènes puissantes ont donc doublement obligé le chantier à raffiner la construction pour gagner du poids : dans le but de compenser l’augmentation de surface bordée, mais aussi d’abaisser le centre de gravité pour passer le test de jauge.

Pogo 3La carène ultra puissante du plan Verdier se décale très bien à la gîte, libérant beaucoup de surface mouillée...Photo @ Pierre-Marie Bourguinat

 

Construction
Pogo 3 au portant... Et au portant, le brion sort la plupart du temps de l'eau, sans que le tableau traîne. Notez les petits outriggers, les barres de flèches boomerang et le gréement à fente pour augmenter le recouvrement.Photo @ Pierre-Marie Bourguinat Le Pogo 1 est construit en polyester avec une âme en feutre pour créer un effet de micro-sandwich. Mais les tissus sont stratifiés à la main. La structure du bateau est entièrement réalisée en contreplaqué avec une grande cloison de mât ajourée et des carlingues longitudinales qui soutiennent les couchettes. De petits meubles cuisine et table à cartes sur les côtés donnent un minimum de confort, au moins visuel. En l'absence de capot coulissant, la cloison de descente est penchée vers l'avant ce qui est peu pratique dès qu'il pleut.  

Les 50 premiers Pogo 2 sont construits "au contact", le chantier ne passant à l'infusion qu'en 2006. L’ensemble de la structure est longitudinale et le contreplaqué abandonné. Le pont n'est plus en balsa, mais en mousse. L’aménagement est minimaliste, avec simplement un réchaud sur cardan accroché au mât – mais le capot de descente articulé se révèle pratique et étanche.

Pogo 2Les progrès sont nets sur la carène du Pogo 2, mais aussi sur les périphériques. Bout dehors articulé, voile à corne, code 5. De quoi tirer toujours un peu plus sur la machine… Sans se faire trop peur.Photo @ Structures Le Pogo 3 marque une nouvelle étape. Le bordé utilise des tissus plus fins et la structure nettement plus rapprochée puisque 9 cloisons transversales raidissent l’enveloppe. Les épaisseurs de mousse sur le pont sont optimisées en fonction d'efforts désormais bien connus. Mais le chantier a tenu à respecter les prescriptions de la catégorie B des normes européennes, alors que seule la C est aujourd'hui imposée. Toutes les pièces de structure sont réalisées sur des moules femelles, collées ensuite au bordé par des colles méthacrylate. L’intérieur est traité sans gel coat pour gagner encore quelques grammes.

Alors quel gain de poids sur trois générations ? Dans ce domaine, les pesons et chiffres de poids annoncés sont souvent fantaisistes (déjà parce que la somme de matériel embarqué peut approcher 50% du poids lége !) A configuration de matériel égale, Structures estime avoir gagné 220 kg entre le Pogo 2 et le Pogo 1. Et 85 kg entre le Pogo 3 et le Pogo 2. Quant au centre de gravité, il aurait baissé de 120 mm entre le Pogo 3 et le Pogo 2, ce qui parait d'ailleurs considérable.

 

Plan de voilure & Appendices
Pogo 1 : intérieurFidèle à l'esprit initial de la jauge série, le Pogo 1 présente l'intérieur d'un Mini croiseur, avec banquettes, coussins, petits meubles symboliques, équipets de matossage...Photo @ Pierre-Marie Bourguinat Il est frappant de voir aujourd’hui la position avancée du mât du Pogo 1. Situé à 2,33 m de l'étrave, il est passé à 2,59 m sur le Pogo 2 pour finir aujourd'hui à 2,95 m. L'apparition des grand-voile à corne date de 2006. Le recul du mât permet notamment de maximiser la taille des voiles de portant et d'accroître la pente des spis pour soulager l'avant. Sur le Pogo 1, ils sont amurés sur un tangon aluminium de 4 m. Dès le Pogo 2, le système de bout-dehors articulé sur l'étrave inventé par Michel Desjoyeaux en 1991 est repris. Il est assorti sur le Pogo 3 d'écarteurs pour augmenter l'angle de tire de la moustache au largue. La jauge impose un profil de 2,1 kg au mètre, ceux existant sur le marché pesant 2,3 kg. Structures a donc commandé pour le Pogo 3 un profil au minimum, avec des inerties calculées pour descendre les barres de flèche et des sorties de drisse optimisées pour augmenter les surfaces de voile utiles.

Pogo 3 : intérieur ... 20 ans ont passé, comme un grand nettoyage et surtout un bond technique. Toute la structure est infusée dans des moules femelles et rapportée sur le Pogo 3. Aucun élément de confort apparent. La fonction, rien que la fonction.Photo @ Pierre-Marie Bourguinat Côté appendices, le Pogo 1 était déjà bisafran, ce qui changeait radicalement au portant par rapport au Coco. En revanche, sa quille bulbée était toute en fonte. Le Pogo 2 utilisait un mixte fonte (voile) et plomb (bulbe), ce qui est aussi le cas sur le Pogo 3. Les safrans de ce dernier sont sur mèches inox biconiques, articulées au tableau sur des paliers auto-alignants, pour tenir compte des efforts considérables en course sur les pelles et aussi du vieillissement du composite sur ces pièces.

 

Conclusion
En 20 ans, l'architecture des Minis de série a considérablement évolué. Il y a fort à parier qu'un Pogo 3 est plus rapide sur l'ensemble des allures que la grande majorité des prototypes de 1995. Le maniement est aussi beaucoup plus simple. C'est le fait de progrès en matière de stabilité de route, d'accastillage et de coupe de voiles et surtout des pilotes. Dès 1997, un pilote in board NKE apparaissait sur le Pogo 1. Ils n'ont fait que progresser jusqu’aujourd'hui, avec des capteurs plus rapides. L'autorisation des girouettes anémomètres permet notamment d'utiliser le mode vent, indispensable sur ces bateaux qui déplacent plus de 100 m2 à la tonne au portant !

 

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* Tous les Minis de série depuis 1985

Coco (1985), Super Calin (1994), Pogo 1 (1995), Naus 650 (2000), Mistral 650 (2002), Zéro (2002), Pogo 2 (2003), Ginto (2003), Dingo (2003), Twister (2004), Tip Top (2005), Tam Tam (2005), D2 ( 2008), 2Win 650 (2008), Super Calin 2 (2008), Nacira 650 (2008), M 65 (2008), RG 650 (2008), Argo 650 (2012), Ofcet 650 (2014), Pogo 3 (2014)