Actualité à la Hune

VOILES ET VOILIERS N° 553

Un monotype avant-gardiste

En préambule à l’analyse architecturale du Figaro 3 face à ses prédécesseurs par François Chevalier (VV n° 553 en kiosque le 17 février), Vincent Lauriot-Prévost cerne les arguments qui ont prévalu au choix de ce nouveau monotype construit par le chantier Bénéteau et conçu pour le circuit Figaro. Et la volonté du World Sailing d’ouvrir les jeux Olympiques à la course au large en double pourrait encore plus booster ce monocoque avant-gardiste !
  • Publié le : 13/02/2017 - 00:01

Figaro 3Photo @ VPLPVoilesetvoiliers.com : Le nouveau monotype Figaro 3 a fait l’objet d’un gros travail collectif…
Vincent Lauriot-Prévost
: La classe Figaro voulait, à l’occasion du cinquantenaire de La Solitaire en 2019, inaugurer un nouveau monotype, plus moderne, plus véloce, plus technique. Il y a donc eu un appel d’offres à l’initiative de la classe en collaboration avec le groupe Bénéteau, OC Sport organisateur de plusieurs épreuves du circuit, et le groupe Le Figaro. Le défi qui nous était proposé était de faire un bateau performant et aussi fiable que l’a été le Figaro Bénéteau 2. Nous avons fourni un gros travail avec les spécialistes du groupe Bénéteau afin de concevoir un bateau high-tech, en termes de matériaux et de processus de fabrication.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez aussi fait appel à des spécialistes extérieurs au cabinet VPLP ?
V. L.-P.
: Yann Eliès et Pascal Bidegorry ont permis de définir les choix et les concepts préliminaires, Yoann Richomme était notre interlocuteur au sein de la classe Figaro, les voileries North et Incidences ont participé à l’établissement du plan de voilure, HDS-GSea a travaillé sur la structure composite, Marc Vallier, Eric Ingouf, Bernard Bachelier et Mer Forte ont mis en œuvre les processus de fabrication, le tout sous la houlette de notre architecte Gianguido Girotti.

Foil Figaro 3Le foil «chistera» offre l’avantage d’une sortie de puits au niveau du livet de pont et d’une structure interne plus simple avec un déport du plan porteur réglable non seulement en incidence mais aussi extension selon les allures et la force du vent.Photo @ VPLPVoilesetvoiliers.com : Justement, le concept initial consistait en quoi ?
V. L.-P.
: Il fallait se rapprocher des performances des Sport Boats type Melges 32 ou Open 7,50 et pour ce faire, il fallait apporter un plus dans un cadre strict. Notre expérience sur les foils avec les nouveaux IMOCA a donc été déterminante pour concevoir un bateau simple mais rapide grâce à ces appendices. Sachant que l’idée d’une quille pendulaire était intéressante mais complexe en termes de technologie et de construction avec un coût qui devenait prohibitif…

Voilesetvoiliers.com : Les foils sont totalement différents de ce que vous aviez imaginé pour les monocoques IMOCA !
V. L.-P.
: Parce qu’ils ne vont pas travailler de la même façon. Parce que le «shaft» est asymétrique et c’est le coude («elbow») qui va créer la portance. Il y aura un «vrai» plan antidérive avec le «tip» : nous avons voulu proposer des foils qui fonctionnent sur un bateau qui marche aussi à six nœuds ! Nous avons voulu ouvrir le «range» d’utilisation : au près, le solitaire va utiliser autant la quille fixe que le foil. Finalement, on va gagner sur l’angle de dérive, donc sur le VMG. Et dès que le skipper va abattre, le bateau va être allégé par la poussée. Il est déjà à l’arrêt plus léger que son prédécesseur parce qu’il est plus petit avec autant de puissance qu’un Figaro 2 mais sans ballast. On gagne ainsi 150 kilos sur le bateau et 270 kilos de ballast ! À treize nœuds de vitesse, le foil pousse de 350 à 400 kilos… Sur un bateau qui pèse à peine trois tonnes lège.

Silhouettes FigaroComparaison des plans de voilure des trois monotypes du circuit Figaro : le foil de la version 3 permet non seulement d’augmenter la raideur à la toile, donc d’accroître la surface de voilure, mais aussi de réduire la surface du voile de quille.Photo @ VPLPVoilesetvoiliers.com : Donc un foil en forme de «chistera» au lieu d’être en «moustache de Dali» comme sur les monocoques IMOCA est arrivé sur votre table à dessins…
V. L.-P.
: Quand tu charges le foil, tu lui donnes plus de poussée verticale ! Même au près à six nœuds, tu peux développer une composante verticale… Cela va être un nouveau jeu pour les solitaires, un paramètre nouveau à gérer pour trouver le bon fonctionnement du foil. Il va en effet être possible de modifier l’incidence du foil de -1° à +4° : parce que le foil est asymétrique, il faut le mettre en incidence négative pour qu’il n’ait plus de portance.

Voilesetvoiliers.com : Les foils seront donc utilisés tout le temps ?
V. L.-P.
: Absolument. Et quand ils ne servent à rien, il suffit de les «débraquer», de leur donner une portance nulle et il n’y a alors que la surface mouillée supplémentaire qui joue parce qu’il y a toujours une partie du foil dans l’eau. Il n’y a pas comme sur les monocoques IMOCA le problème de la contrainte de faire de l’antidérive avec une quille pendulaire. Là, la quille est fixe : il y a moins de couple de redressement sous le vent, mais en revanche il y a association quille-foil. Et cette forme de foil a permis de conserver une grande ouverture de la cloison de mât pour matosser jusqu’à l’avant…

Structure Figaro3La structure interne a été très travaillée par VPLP en collaboration avec HDS-GSea afin d’offrir un grand espace pour matosser.Photo @ VPLPVoilesetvoiliers.com : En fait, il y a tout un ensemble de nouveaux paramètres sur lesquels le skipper va pouvoir intervenir…
V. L.-P.
: Ce monotype a aussi un plan de voilure très reculé, pas de pataras mais une bastaque de tête, une corne dans la grand-voile, pas de tangon mais un bout-dehors, un spinnaker de tête et un gennaker… On a imaginé une forme de carène qui est aussi assez polyvalente, mais qui fonctionne bien avec un foil. Il y a du «rock» sur la coque mais avec une forme plate à l’arrière pour asseoir le bateau au portant.

Polaires FigaroLes polaires comparées du Figaro 3 et de son prédécesseur confirment la meilleure homogénéité des performances avec un gain sensible aux allures de travers et de largue.Photo @ VPLPVoilesetvoiliers.com : Le Figaro 3 sera donc plus rapide que son prédécesseur dans toutes les conditions ?
V. L.-P.
: Pas tout à fait : nous avons établi un tableau qui montre que le Figaro 3 sera moins véloce aux allures très arrivées dans le vent médium et la brise. Mais dans les petits airs (moins de dix nœuds), les vitesses sont quasiment les mêmes alors que au-dessus de 16 nœuds, du près au largue (de 40° à 145°), le nouveau monotype sera de 4 % à 10 % plus rapide ! Le graphique comparatif des polaires du Figaro 2 et du Figaro 3 confirme aussi que les performances sont plus homogènes : il n’y a pas de «cassure» autour de 120°-130° du vent réel.

 

Caractéristiques     Figaro 2       Figaro 3
Longueur coque            10,15 m           9,75 m
Flottaison                      9,80 m            9,00 m
Largeur coque                3,43 m           3,47 m
Largeur flottaison           2,50 m           2,50 m
Tirant d’eau                   2,10 m           2,50 m
Déplacement lège         3 050 kg        2 900 kg