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Phénix bordelais

Le plan Sergent renaît de ses cendres

Pendant près de trois ans, un retraité bordelais a retapé de fond en comble dans son garage un plan Sergent à l’abandon datant de 1966. Il y a quelques semaines, Daniel N’Guyen, réalisant son rêve, a mis à l’eau sur la Garonne l’épave redevenue un petit bijou marin. Et vogue le fier Filou !
  • Publié le : 02/10/2018 - 15:02

Le plan Sergent renaît de ses cendresAprès trois ans de travail, le plan Sergent est extrait du garage bordelais.Photo @ Valentin Belleville

Il y a 15 ans, peu de passionnés auraient dépensé le moindre centime pour acquérir l’épave de Filou, ce plan François Sergent âgé de 52 ans et voué à la casse. Daniel N’Guyen, lui, fait le pari inverse d’offrir une seconde vie à ce vieux gréement: « La première fois que j’ai vu le bateau, son état m’a fait mal au cœur. C’est une œuvre d’art, ce voilier. Il fallait le sauver ».

Une fois entreposé dans son garage, une deuxième expertise plus poussée fait déchanter le marin : Une peinture récente posée par l’ancien propriétaire l’avait dupé ; En grattant un peu, il découvre en effet que le bois est «blanc, mort de chez mort !» se souvient le retraité. Le diagnostic fatal ne tarde pas à suivre : la quasi-totalité du bateau est à refaire. Par manque de temps, devant cette charge de travail considérable, Daniel N’Guyen renonce provisoirement et remise sa vieille coque dans son garage.

Vient pour lui l’âge de la retraite ; il se penche à nouveau sur son sloop remisé. S’il dispose de nombreuses compétences liées à ses anciens métiers – charpentier, couvreur, chauffagiste – il ne connaît rien ou presque à la construction navale. Alors il s’informe, tout en se procurant les plans d’origine du bateau sur le site du Musée Maritime de la Rochelle.

Une rénovation de A à Z

Premier chantier, mais de taille : reprendre la coque de ce Thétis III, le nom du modèle de voilier construit seulement en deux exemplaires. Le retraité a du la refaire à 60% environ, la moitié des barrotages étant fichue. Tout au long de la rénovation du bateau, il s’attache à coller à l’esprit de l’architecte, François Sergent, pionnier de la démocratisation de la plaisance à la voile dans les années 1950.

Conçu en bois,Filou le restera. À la seule différence que l’iroko et le sycomore remplaceront le teck et l’acajou d’origine. Daniel N’Guyen connaît le bois et sait le travailler mais il ne dispose alors dans son garage que d’une petite machine d’amateur. Débiter les bois devient vite un calvaire : «La machine chauffait souvent, parfois elle s’arrêtait carrément ! Je devais attendre qu’elle refroidisse. J’ai dû changer la lame je ne sais plus combien de fois; elle s’usait vite avec ce bois résistant», raconte le charpentier.

Le plan Sergent renaît de ses cendres15 ans après son abandon dans un champ bordelais, Filou a retrouvé son élément naturel.Photo @ Valentin Belleville

Une fois la coque finie, le retraité reste gonflé à bloc : «On commence enfin à se dire qu’on va y arriver, on aperçoit le bout du tunnel et cela devient concret. Jusque-là, ça me faisait parfois peur, j’avoue !» s’amuse aujourd’hui l’homme de 71 ans.

À l’intérieur, idem : tout est à reprendre ! L’ancien propriétaire avait abandonné Filou des années durant au beau milieu d’un champ, hublots grands ouverts. Le retraité bordelais en a encore les images en tête : «Il y avait un mètre d’eau dans le bateau quand je l’ai acheté, c’était irrécupérable ! J’ai dû tout refaire à l’intérieur aussi».

Prêt à larguer les amarres

Là encore, l’amateur passionné reste fidèle aux plans de l’architecte naval : il refait tout à l’identique, en contreplaqué. Pour la plomberie, pas de souci, Daniel N’Guyen, en véritable couteau-suisse de la rénovation navale, a des compétences aussi de chauffagiste. Seule «galère» pour lui : passer les tuyaux dans le bois : «c’est compliqué,  il faut se plier dans tous les sens. Ça n’a pas été une partie de plaisir», grimace Daniel. Côté accastillage, tout est neuf. De même pour les voiles ; seul le génois, celui de l’ancien propriétaire, est encore à poste.

Le plan Sergent renaît de ses cendresDaniel N"Guyen avait fait le pari de redonner vie à son vieux gréement.Photo @ Valentin Belleville

En deux ans et demi de rénovation, le retraité a enregistré plus de 3 500 heures de travail dans son garage. Le jour de la mise à l’eau, fin août sur la Garonne bordelaise, c’est la consécration. Sa famille, ses proches, ses voisins, tout le monde est là en début de matinée pour voir le nez du sloop sortir du garage de Daniel N’Guyen. L’un de ses petit-fils est impressionné par le travail accompli : «C’est fou de se dire qu’il a fait ça tout seul, surtout que c’était loin d’être gagné au début ! J’ai hâte d’aller naviguer avec lui maintenant».

Après tant d’efforts, le retraité peut désormais enfin savourer. Ces jours-ci, il apprivoise celui qui n’avait pas touché l’eau depuis quinze ans. Il peaufine les réglages de l’accastillage, du mât ou encore des voiles. Dans quelques jours, il larguera les amarres avec sa femme pour mettre le cap au Sud : direction l’Espagne pour une quinzaine de jours. L’année prochaine, un plus long voyage attend le sauveur du sloop, vers le Nord et la Finlande.

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