Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race

Charlie Enright : «Le Pot au Noir sera déterminant»

Charlie Enright, skipper de Vestas 11th Hour Racing, vainqueur de la première étape (Alicante - Lisbonne) a bien voulu répondre à nos questions peu avant le départ de la deuxième étape, hier, à destination du Cap (Afrique du Sud), une manche longue de 7 000 milles. Un entretien à bâtons rompus auquel se sont joints Mark Towill, directeur de l’équipe puis Simon Fisher, le navigateur du bateau américain, leader du classement général.
  • Publié le : 06/11/2017 - 15:30

Vestas au départ de la 2e étape à LisbonneDépart musclé de la 2e étape dimanche avec trente noeuds établis à Lisbonne. Vestas 11th Hour Racing essaiera de conserver sa première place au classement général en arrivant au Cap.Photo @ Yannick Kethers
Voilesetvoiliers.com : Quel sentiment aviez-vous après cette victoire au terme de la première étape ?
Charlie Enright :
C’est toujours un bon sentiment de terminer devant. Nous avons beaucoup travaillé pour en arriver là. Mais nous sommes encore en début de course. Bien que le résultat soit bon, nous menons un processus d’apprentissage continu et l’amélioration doit être constante.
Mark Towill : Oui, c’est un sentiment formidable et une victoire spéciale pour Charlie et moi après avoir gagné la dernière étape de l’édition précédente de la Volvo Ocean Race. Cela représente la continuation parfaite de notre travail. Chaque jour nous démontrons des progrès et je suis impatient de voir comment cela va continuer.

Charlie Enright et Simon FisherCharlie Enright et Simon Fisher à la table à cartes.Photo @ James Blake / Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : La première étape a offert des conditions très variées – plus de 35 nœuds en passant le détroit de Gibraltar, puis la pétole en route vers Porto Santo – donc ce fut une bonne opportunité pour tester le bateau avant cette grande deuxième manche rejoignant Le Cap puis d’affronter les mers du Sud…
C.E. : Oui, en fait l’étape fut dure dès les premiers milles et s’est révélée compliquée tout du long. Nous avons réussi à naviguer assez vite et proprement. Puis après nous avons pris quelques décisions tactiques importantes et nous nous sommes séparés de la flotte en choisissant notre propre route. En tout cas, c’était une manche difficile et il fallut tenir compte de beaucoup de facteurs. La tension fut intense, mais avant un résultat magnifique à la fin. On ne peut pas demander plus !

Voilesetvoiliers.com : Quel en fut le moment clef ?
Simon Fisher : Il y eut beaucoup de défis à relever sur la route. De la navigation côtière, les effets locaux du vent, d’innombrables variables… et puis, tout cela devient encore plus complexe avec une avance à assurer et toute la flotte à gérer.

Vestas LisbonneVestas 11th Hour Racing photographié au passage du détroit de Gibraltar lors de la première étape entre Alicante (Espagne) et Lisbonne (Portugal).Photo @ Ainhoa Sanchez / Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : En plus, vous avez eu des problèmes techniques de désalinisateur…
C.E. : Nous l’avons perdu le premier jour. Ce genre d’accident arrive, mais Nick Dana a réussi à réparer la pompe et grâce à lui nous étions rapidement «de retour aux affaires». À une autre occasion j’étais sur le pont quand j’ai senti que le bateau ne naviguait pas comme il devrait. Alors, j’ai effectué une «analyse performance» sur nos ordinateurs et de là j’ai entendu un drôle de bruit avec de l’eau qui rentrait. Toute l’équipe s’est mise à écoper et Nick a fixé le tuyau. Nous sommes très heureux qu’il soit à bord.
M.T. : Heureusement nous avons terminé cette étape sans avoir subi d’autre dommage. Plusieurs bateaux, en revanche, ont heurté des OFNI, les obligeant à réparer à Lisbonne. Nous en avions vu beaucoup lors de notre précédent tour du monde. Nous sommes particulièrement fiers d’avoir conclu un partenariat avec 11th Hour Racing en vue de susciter une prise de conscience sur ce sujet. Charlie et moi tenons des conférences sur le sujet au cours des escales pour apporter des témoignages de première main.

Mark Towill à la barre dans la pétoleMark Towill à la barre dans la pétole.Photo @ James Blake / Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : Comment abordez-vous cette deuxième étape après la victoire acquise sur la première ?
C.E. : Nous suivons une politique qui consiste à ne pas monter trop haut, ni à descendre trop bas. Comme ça, on garde toujours les pieds sur terre, tout en maintenant un rythme élevé pendant tout ce tour du monde. Nous sommes contents de pouvoir nous améliorer à chaque jour passé en mer. Mais c’est une course très longue et il est clair que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir.

Voilesetvoiliers.com : Quel fut l’élément déterminant de votre victoire ?
C.E. : En ce qui concerne le jeu de voiles, nous sommes très contents avec le nouveau J0 ajouté. Nous pouvons choisir parmi six voiles d’avant et, parfois, on en envoie trois en même temps en plus de la grand-voile. Donc on a plus de possibilités de combinaisons. Et puis, nous avons un grand navigateur à bord !
S.F. : Nous sommes contents de travailler avec Anderson Reggio qui nous aide avec l’analyse de la performance du bateau et nous assiste dans la navigation. En plus, nous avons le météorologue américain Chris Bedford dans l’équipe et notre sponsor Vestas, qui nous offre des données météorologiques extraordinaires ainsi que des modèles de haute résolution. Finalement, sur la base de l’ensemble de tous ces éléments nous élaborons la stratégie. À cela s’ajoute encore l’expérience acquise lors des étapes précédentes qui est toujours prise en considération dans des décisions des étapes suivantes.

Arrivée VestasL'équipage peut laisser éclater sa joie après avoir rejoint la capitale du Portugal en vainqueur.Photo @ Jesus Renedo / Volvo Ocean Race

Voilesetvoiliers.com : Allez-vous adopter des changements sur cette deuxième étape ?
M.T. : Une partie de notre stratégie en général est de maintenir toute l’équipe en forme et réunir les meilleurs à bord selon les conditions prévues. La Danoise Jena Hansen (médaillée de bronze en 49er à Rio, ndlr) sera avec nous pour la deuxième étape à la place de Hannah Diamond. Hannah nous rejoindra au Cap pour les deux étapes suivantes jusqu’à Hong Kong.

Voilesetvoiliers.com : Quel sera l’élément déterminant de cette deuxième étape ?
S.F. : Bien évidemment, l’approche du Pot au Noir puis la négociation de l’anticyclone de Sainte-Hélène et les dépressions de l’Atlantique Sud seront les moments cruciaux. Mais ce qui donnera le ton avant l’Équateur, c’est de savoir comment la flotte va gérer la descente de l’Atlantique Nord. Le contournement du Pot au Noir sera absolument déterminant *.

arrivée LisbonneArrivée de Vestas à Lisbonne en vainqueur au terme de la première étape qui venait d'Alicante.Photo @ Ainhoa Sanchez / Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : Le début de cette deuxième étape s’annonce agité avec une trentaine de nœuds de vent établi jusqu’aux Canaries…
S.F. : Oui, ce sera venté, mais cela ne change rien en termes de stratégie. Nous ne prendrons pas de risques inutiles, comme c’est tôt dans la course et l’étape. Mais c’est sûr que toutes les équipes sont reposées et en forme. Il n’y aura pas de temps mort !

 

* Lors de la conférence de presse d’avant deuxième étape, il a été indiqué qu’il n’y aurait pas de waypoint à respecter au large du Brésil, contrairement à ce qui était initialement prévu, offrant ainsi plus d’opportunités stratégiques.