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Volvo Ocean Race

Martin Keruzoré : «C’est plus excitant quand ça tabasse un peu»

Martin Keruzoré se lancera prochainement dans une nouvelle aventure en tant qu'Onboard Reporter (OBR) pour la Volvo Ocean Race 2017-2018. Actuellement en Angleterre pour préparer le Fastnet et le tour de l'île de Wight, il nous a retracé son parcours et nous en dit plus sur le métier d'OBR.
  • Publié le : 01/08/2017 - 15:30

Martin KeruzoréMartin Keruzoré à bord de Groupe Quéguiner/Leucémie Espoir pendant la réalisation de la banque d'images pour le Vendée Globe 2016-2017.Photo @ Alexis Courcoux
Voilesetvoiliers.com : Pourrais-tu nous retracer ton parcours ? Comment en es-tu arrivé à te préparer aujourd’hui pour la Volvo Ocean Race ?
Martin Keruzoré :
J’ai grandi en Bretagne, je faisais déjà pas mal de planche à voile en compétition mais aussi de l’Optimist. Après je me suis orienté vers des études dans l’audiovisuel à Rennes parce que mon père fait ce métier depuis 90 - même un peu avant – (il s’agit de Jean-René Kéruzoré, cameraman de mer renommé, ndlr) et indirectement je me suis rendu compte que je voulais un peu faire comme lui. Ce cursus de 3 ans à Rennes m’a permis de parfaire ma technique, apprendre les métiers autour de la caméra… J’ai commencé à faire des images en Bretagne, sur les bateaux avec des amis qui faisaient du Mini, du Figaro… Après je suis un peu parti à Paris pour travailler plus dans le cinéma et la pub mais je me suis rendu compte que je préférais naviguer et faire des images sur les bateaux. C’est là où j’étais vraiment heureux et où j’arrivais à ramener des images. Je savais que ma vie allait s’articuler autour de mes deux passions : l’audiovisuel et la mer. Il y avait la Volvo 2013-2014 où ils ont commencé à lancer une sorte d’appel d’offres pour rechercher des Onboard Reporter (OBR) donc j’ai postulé. J’avais été pré-selectionné mais je n’avais pas assez d’expérience en course au large. Je n’ai pas été retenu. Entre temps, je me suis spécialisé là-dessus et j’ai eu la chance de faire la Route des Princes (Tour d’Europe en multicoque) avec Erwan Le Roux sur son Multi50, il y a 4 ans. J’avais très peu d’expérience en course au large mais il m’a donné la place de numéro 1 et en même temps celle de mediaman. Erwan a été très pédagogue, il m’a appris tout le job de numéro 1 et m’a donné sa confiance, c’était juste incroyable. Je faisais un petit montage par jour aussi. A partir de là, ça a vraiment conforté mon choix. Pendant ces 4 dernières années, j’ai fait pas mal de banques images sur les IMOCA, les multicoques, deux-trois régates mais pas trop de courses au large, une transat en convoyage, pas mal de Figaro, du Mini… Toujours de l’image… Et il y a cette Volvo qui arrivait et je me suis dit que celle-ci était pour moi. Je suis me préparé physiquement depuis un an et demi pour être prêt si cela arrivait.

Vidéo de présentation de Martin Keruzoré pour la sélection des OBR pour la Volvo Ocean Race :

Voilesetvoiliers.com : Comment s’est déroulée la sélection pour devenir mediaman sur la Volvo Ocean Race ?
M.K. :
Il y avait un site web dédié à la sélection où l’on devait renseigner des infos sur notre expérience professionnelle, les logiciels que l’on savait utiliser, une lettre de motivation, un CV… mais il fallait surtout leur fournir une vidéo «autobiographique» de deux minutes et des photos car cette année il ne cherche pas un cameraman, un photographe ou un navigateur mais surtout un story-teller, quelqu’un qui sait raconter des histoires. En gros, on devait un peu mettre notre vie en images, notre expérience, c’est un exercice compliqué… J’ai envoyé mon dossier en septembre 2016. J’ai eu un retour assez positif début janvier. Ils voulaient me rencontrer et me tester sur le terrain pour savoir ce que je valais vraiment. Je suis parti à Lisbonne naviguer avec Dongfeng une semaine début février et on a fait une sortie avec 30 nœuds de vent, au reaching pendant quatre-cinq heures avec un beau coucher de soleil… J’ai eu la chance d’avoir de superbes lumières avec du vent et j’ai ramené des images qui ont beaucoup plu et qui m’ont permises d’être bien placé pour décrocher le poste. J’ai re-navigué avec eux sur un convoyage pendant 3 jours de Lorient à Lisbonne avec des conditions diverses et variées où j’ai refait des photos et des vidéos et ça été validé assez rapidement. On m’a rappelé pour me dire que j’étais sélectionné dans les 8 (Il y aura 10 OBR. Les 8 sélectionnés sur dossier ainsi que Bryan Carling, l’OBR Team Leader et Sam Greenfield, mediaman d’Oracle Team USA lors de la Coupe de l’America, ndlr).  Ça fait un mois que j’y travaille, c’est comme un rêve ! Si on est là c’est parce qu’on a envie de naviguer, prendre le large et raconter des belles histoires. Si je fais ça c’est pour sortir de ma zone de confort, découvrir le vrai large, des lumières de fou et rencontrer des mecs qui ont des gueules…

Martin KeruzoréMartin Keruzoré touche enfin son rêve. Il participera à la Volvo Ocean Race 2017-2018 en tant qu'Onboard Reporter.Photo @ Ainhoa Sanchez/Volvo Ocean Race

Voilesetvoiliers.com : En quoi consiste le métier d’OBR ?
M.K. :
On a plusieurs tâches à bord. Chaque jour - et c’est la chose la plus importante - on doit raconter une petite histoire et envoyer un petit sujet pré-monté par satellite, on doit aussi envoyer 8 à 10 photos coups de cœur de la journée, et faire un direct avec le skipper.

Voilesetvoiliers.com : Quelles autres tâches peux-tu accomplir ?
M.K. :
On doit participer à la vie à bord : nettoyer le bateau comme les autres, écoper, faire à manger, matosser mais uniquement nos propres affaires car on ne doit pas aider, pas toucher un bout, pas toucher une manivelle… On ne doit participer à aucune manœuvre. On s’occupe que de nos affaires mais on participe à la vie à bord car on vit avec l’équipe. On est comme un «boulet» à bord, on ne sert pas à grand-chose pour les navigants donc si on peut proposer une tasse de café la nuit dans 30 nœuds à un des gars, il appréciera je pense. Il faut donc mettre du sien, aider les autres, préparer la nourriture… s’intégrer pour qu’il y ait un bon échange, gagner la confiance de l’équipage car le jour où tu dois faire interview, il faut qu’on ait des vraies histoires à raconter.

Voilesetvoiliers.com : Quelle est la principale difficulté de ce job ?
M.K. :
Si tu tapes un départ dans 30 nœuds au près et que tu dois directement monter un sujet, gérer tout le matos (deux caméras, leurs objectifs...) à l’intérieur, ça risque d’être plus compliqué. Juste changer une optique, ça peut prendre une demi-heure par exemple… La fatigue aussi car on ne va pas beaucoup dormir. L’autre chose qui va être compliquée aussi, c’est de garder de l’inspiration, de trouver un truc drôle à raconter, d’aller sur le pont quand il fait nuit, quand il y a de la flotte…

Voilesetvoiliers.com : As-tu reçu des conseils d’autres mediaman comme Yann Riou, très renommé, par exemple ?
M.K. :
Yann m’a donné pas mal de conseils mais il était aussi pris sur d’autres jobs avec Macif et Gitana. J’aimerai bien le croiser à Lorient avant le départ car il aura des conseils et des techniques à nous donner à tous. Faut qu’on en discute avec Brian (Brian Carling des OBR pour cette Volvo, ndlr) pour savoir si on pourrait avoir un petit meeting avec Yann car on a beaucoup à apprendre de lui. Il a déjà fait deux Volvo et un Jules Verne. Mon père m’a confié aussi des petites anecdotes pour m’aider dans les situations un peu plus calmes. Il m’a donné pas mal de conseils sur le cadrage, m’a dit aussi de penser aux monteurs  et enfin donné des conseils de sécurité.

Humide, humide, humideDans une atmosphère humide, humide, humide, Yann Riou a rapporté ce qu'est la vraie vie à bord du VO65 Dongfeng... C'est ça le job de mediaman.Photo @ Yann Riou/Volvo Ocean Race/Dongfeng Race Team

Voilesetvoiliers.com : Es-tu inquiet à l’idée de participer à cette course connue pour être l’une des plus éprouvantes ?
M.K. :
J’ai envie de faire un truc difficile, voir où je peux aller et repousser mes limites. Puis voilà, C’est le Graal, c’est comme l’America’s Cup, la Volvo c’est la plus dure ! J’ai remarqué que là où je faisais les meilleures images, c’est quand c’était dur. Il y a deux ans, j’ai fait le Fastnet avec Tanguy de Lamotte et Sam Davies et au retour on est rentré avec un front direct sur Plymouth avec 30 nœuds, de la flotte… c’était sublime ! Il y avait de l’eau sur le pont, Sam avait le grand smile… Elle était en ciré rouge et derrière s’était tout gris et l’image était belle. Quand c’est calme, c’est plus simple de faire une belle photo, mais c’est plus excitant quand ça tabasse un peu. Ce que je préfère, c’est «aller au combat» et choper la meilleure photo. Après il y a toujours un peu d’inquiétude car je ne connais pas les mers du Sud, je n’ai jamais passé l’Equateur en navigation, je ne connais pas les 40e rugissants. Je n’ai jamais passé 25 jours en mer. Il y a un peu d’appréhension car il y a toujours de l’inconnu. C’est un univers que tu ne peux pas dompter à 100% !

Voilesetvoiliers.com : Il est question que vous puissiez intégrer un nouveau team d’une étape sur l’autre. Qu’en est-il exactement ?
M.K. :
Cette année, on n’est pas affilié à un équipage pendant toute la régate, on risque de tourner, mais pas à chaque étape, et pas sur tous les bateaux… Je sais que moi j’ai trois options, avec des équipes avec lesquelles je me suis entraîné mais ce n’est pas encore très clair. Dongfeng, ils me veulent à bord parce que je suis Français, j’ai navigué pas mal de fois avec eux cet hiver et je m’entends super bien avec tout l’équipage. Charles (Caudrelier, le skipper de Dongfeng, ndlr) a travaillé avec mon père avant donc ça facilite un peu les choses aussi… Les autres je ne sais pas trop encore, on en saura peut-être un peu plus après la «leg zero»* dans un mois.

 *Série de courses préliminaires qui débutent demain avec le tour de l’île de Wight, le Fastnet, une manche entre Plymouth et Saint-Malo (escale malouine du 11 au 13 août) puis une dernière entre Saint-Malo et Lisbonne.

Onboard reportersDix Onboard reporters seront présents sur l'édition 2017-2018 de la Volvo Ocean Race. De gauche à droite (haut) : Konrad Frost (UK), Jen Edney (USA), Jeremie Lecaudey (FRA), Martin Keruzoré (FRA), Sam Greenfield (USA). De gauche à droite (bas) : Ugo Fonollá (ESP), James Blake (UK/NZL), Richard Edwards (UK), Tom Martienssen (UK), Brian Carlin (Team Leader/IRL). Photo @ Volvo Ocean Race