Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race

Fabien Delahaye, «M. Perf» de Dongfeng

Depuis vendredi dernier, les sept équipages de la Volvo Ocean Race sont en escale au Cap (Afrique du Sud) au terme de la 2e étape, gagnée par Mapfre devant Dongfeng. Ce dernier bateau, skippé par Charles Caudrelier avec un équipage très bleu blanc rouge, occupe la 3e place du général. Parmi l’équipe à terre se trouve le discret mais omniprésent Fabien Delahaye. Il ne fait pas partie de l’équipe navigante même s’il s’agit de la doublure de Pascal Bidégorry et qu’il est prêt à tout instant à poser son sac à bord. Il connaît bien le bateau pour avoir participé à toutes les navigations hors compétitions, effectuées depuis janvier dernier. Dongfeng a l’avantage d’avoir constitué très tôt un équipage et d’avoir pu commencer très vite son entraînement. Le rôle de Fabien est d’analyser les performances pour essayer de les tirer vers le haut. Une fonction que cet ancien – mais toujours jeune – figariste a déjà occupée auprès de Jean-Pierre Dick pour préparer le dernier Vendée Globe. Il s’explique sur son rôle, qui ne cesse pas une fois que les bateaux ont franchi la ligne de départ. Au contraire.
  • Publié le : 30/11/2017 - 15:30

Fabien DelahayeJeune homme discret, Fabien Delahaye a une immense expérience. Après avoir travaillé avec Jean-Pierre Dick lors du dernier Vendée Globe, il collabore actuellement avec Dongfeng Race Team.Photo @ Loïc Madeline
Voilesetvoiliers.com : Tu es devenu un spécialiste de l’analyse de la performance ?
Fabien Delahaye
 :
En tout cas, c’est quelque chose vers quoi je me dirige depuis quelques années. Qui m’intéresse et qui me passionne. Comprendre comment on peut faire pour aller plus vite, cela intéresse tout le monde. Surtout quand on sort des bateaux neufs, on a besoin de comprendre le plus vite possible comment s’en servir, nous avons besoin de trouver le mode d’emploi. C’est différent dans le cadre de la Volvo, puisque l’on navigue sur un monotype, donc les différences se jouent sur pas grand-chose, on a le même jeu de voiles, le même accastillage, tout est absolument identique à bord des bateaux. La seule chose qui diffère, c’est la façon dont on l’utilise.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez des abaques précis sur les vitesses à atteindre, les réglages à utiliser ?
F.D.
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Oui, mais je pense que c’est pareil dans toutes les équipes à un stade plus ou moins évolué. Nous avons commencé à naviguer en janvier dernier, le projet a déjà une campagne sur ce bateau, il y a des données que l’on a pu récupérer. Depuis le début de la préparation, nous naviguons pour cela : avoir un mode d’emploi exprimé en polaires, dans l’utilisation des voiles… dans un maximum de situations. Grâce aux capteurs présents sur le bateau, nous pouvons mesurer les tensions qu’il y a partout et nous avons identifié des configurations qui marchent dans des conditions données.

DongfengAprès avoir longtemps mené la deuxième étape, Dongfeng est arrivé deuxième au Cap. Photo @ Ainhoa Sanchez/Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : Cela signifie-t-il que les bateaux vont plus vite aujourd’hui qu’il y a trois ans ?
F.D.
 :
Le jeu de voiles est un tout petit peu différent, il y a une voile de plus (un J0, ndlr) et des modifications sur les autres voiles. Du coup, la polaire est logiquement différente. La façon d’utiliser les bateaux a forcément évolué : on découvre des nouvelles choses aujourd’hui, du genre qui marchent. On est toujours demandeur de tests et de temps de navigation pour apprendre à connaître un peu plus le bateau et je pense que dans huit mois tous les équipages seront meilleurs et que les bateaux iront plus vite.

Voilesetvoiliers.com : Tu as pas mal navigué avec le bateau avant le départ, maintenant, quel est ton rôle ?
F.D.
 :
Je suis navigateur remplaçant de Pascal Bidégorry, mais je ne suis pas censé naviguer sur la Volvo. Je suis en charge de la performance avec Cyrille Douillet qui, lui, fait de l’analyse de data pure, et avec Bertrand Pacé (qui a coaché l’équipe jusqu'au départ de la 1re étape, ndlr), au sein d’une cellule performance qui nous permet d’affiner les axes sur lesquels il faut travailler. Travailler sur la performance consiste à enregistrer les données à chaque fois que le bateau navigue, que l’on soit à bord ou pas, à connaître toutes les configurations du bateau, toutes les configurations de voiles… des données que je récupère à l’arrivée de chaque étape. On découvre ce qui s’est vraiment passé sur l’eau même si nous restons en veille à terre où nous suivons les conditions météo, nous faisons des routages, nous observons les gains ou les pertes qui se font avec les bateaux les plus proches. Il s’agit à l’arrivée de voir ce que l’on peut améliorer.

DongfengC'est la deuxième campagne de suite sur la Volvo Ocean Race pour Dongfeng et la première pour Fabien Delahaye.Photo @ Ainhoa Sanchez/Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : N’est-il pas frustrant de rester à terre et de ne pas pouvoir communiquer avec le bateau en course ?
F.D.
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Non, car il est toujours difficile d’interpréter des choses depuis son écran d’ordinateur. Il se passe des choses à bord, c’est souvent en décalage avec ce que l’on pense. Nous n’avons jamais tous les éléments et nous faisons confiance à l’équipage, il n’y a que des gens compétents, nous ne doutons pas de cela.

Voilesetvoiliers.com : Vous faites un débrief’ à l’arrivée des étapes ?
F.D.
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A l’arrivée de l’étape, il y a une transmission qui est faite déjà sur le vécu de l’expérience à bord. On parle de feeling et de sensations. D’un autre côté, il y a l’analyse de la donnée pure, l’ensemble des chiffres que l’on récupère et qu’il faut analyser avec Cyrille, toute une analyse de traces. Puis on laisse passer un peu de temps et on fait un petit débrief’ de performance qui nous permet d’apprendre des choses sur les étapes passées et d’être un peu plus performant sur les étapes suivantes.

Voilesetvoiliers.com : Quand tu parles performance, cela inclut le nombre d’équipiers embarqués ?
F.D.
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On se pose toujours la question de savoir s’il faut partir lourd ou partir léger en fonction de la configuration de l’étape mais s’il s’agit d’étapes au large qui sont relativement longues, on ne connaît pas la météo jusqu’à l’arrivée, même si l’on dispose d’historiques sur les vents que l’on est censé rencontrer. Il est impossible de dire aujourd’hui si nous serons moins nombreux sur certaines étapes. Nous étions partis à neuf sur la première. On va continuer à apprendre et à découvrir au fur et à mesure.

MAPFREL'équipage de Mapfre est l'épouvantail de cette édition. Vainqueur de la deuxième étape, il occupe actuellement la première place du général.Photo @ Pedro Martinez/Volvo Ocean Race
Voilesetvoiliers.com : Est-ce que tu comprends que Dongfeng soit considéré comme l’un des favoris de la course ?
F.D.
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Nous sommes bien préparés mais Mapfre a gagné toutes les courses d’avant-saison. Il n’y a pas que des mauvais sur les autres bateaux non plus. Au final, tous les équipages se sont renforcés et il n’y a que des personnes d’expérience sur les différents bords qui vont vite trouver les commandes. Nous avons peut-être l’avantage d’avoir commencé plus tôt et donc d’avoir une équipe un peu plus soudée, qui se connaît mieux, mais cela n’empêche pas qu’il nous faudra travailler dur tout au long de la course pour progresser autant que les autres.

Voilesetvoiliers.com : Tu vas observer les images en provenance des autres bateaux ?
F.D.
 :
Je regarde tout ce que je peux. Toutes les images en navigation nous intéressent. Nous pouvons voir des façons de régler, des façons de s’organiser à bord, des manœuvres, tout est bon à prendre, tout est bon à regarder, de toute façon c’est en se confrontant, en comparant que l’on trouve les meilleurs fonctionnements. Il ne faut pas imaginer que l’on est toujours meilleur que les autres il faut aussi se remettre en question en permanence.


 

Classement général après deux étapes

1. MAPFRE, 14 points
2. Vestas 11th Hour Racing, 13 points
3. Dongfeng Race Team, 11 points
4. Team AkzoNobel, 7 points
5. Team Brunel, 6 points
6. Team Sun Hung Kai/Scallywag, 5 points
7. Turn the Tide on Plastic, 2 points

 

Départ de la 3e étape le 10 décembre 2017 (Le Cap, Afrique du Sud vers Melbourne, Australie ; 6 500 milles).