Actualité à la Hune

Transquadra Martinique

Faut-il calmer le jeu ?

Alors que presque tous les bateaux sont arrivés (sauf un) et que les vainqueurs sont à peu près connus, faudrait-il calmer le jeu dans la Transquadra ? Mico Bolo, son directeur de course, évoque avec nous la possibilité d'introduire dans l'avis de course une nouvelle règle qui écarterait de facto les bateaux dont le ratio déplacement/longueur serait trop faible. De quoi lancer un vaste débat : c'est d’ailleurs bien le but recherché…
  • Publié le : 02/03/2018 - 00:01

Mico BoloMico Bolo, emblématique patron de la Transquadra depuis sa création n'a de cesse d'améliorer une course dont le succès demeure phénoménal chez les amateurs.Photo @ François Van Malleghem/Transquadra Martinique

Alors, est-il allé trop vite, le Bepox 990 d’Alexandre Ozon, grand vainqueur en solitaire de cette édition ? Au moment de faire le bilan de cette neuvième édition de la Transquadra, le directeur de course Mico Bolo voudrait lancer non un pavé dans la mare, mais une sorte de sonde spatiale qui, à vrai dire, avait peut-être déjà pris son envol pendant la course puisque ce fameux DLR, ou ratio longueur/déplacement, était paraît-il devenu le sujet de prédilection de certains sur les ondes VHF.

Bolo se lance ainsi dans une tirade : «Le DLR, c’est le ratio déplacement/longueur en anglais (displacement/length ratio, ndlr). Daniel Andrieu m’a donné la formule. Si je me souviens bien, c’est quelque chose comme la racine cubique du déplacement divisée par la longueur. Bref, plus un bateau est léger et long, plus il a un DLR faible ; et plus un bateau est lourd et court, plus il a un DLR élevé. Or, on a constaté sur cette course, et sur la deuxième étape en particulier, que le Figaro 2 Yuzu (premier bateau mené en double à franchir la ligne d’arrivée en Martinique, ndlr) et Team 2 Choc, le Bepox 990 d’Alex Ozon, ont des DLR autour de 110-115 tandis que le JPK 10.80 a un DLR de 174, et que les Sun Fast 3600 et 3200 ont un DLR autour de 170. Et, toujours d’après Daniel Andrieu (architecte des Sun Fast, ndlr), si on veut un bateau homogène, il faut être à 160-170. En dessous, cela fait des bateaux extrêmement typés petit temps et portant, mais qui au près n’existent pas : si on fait la course dans l’autre sens on ne les verra pas. Donc l’idée serait de mettre, en plus de la fourchette de rating imposée dans les conditions d’inscription, un DLR minimum dont Daniel Andrieu suggère qu’il pourrait être autour de 140-150. Déjà, à 140-150, on a un bateau léger, mais ça calme un peu le jeu. Ça permet aussi, avec des DLR plus élevés, d’avoir un bateau plus lourd, plus volumineux, donc aussi plus adapté à la croisière qu’un Figaro ou un Bepox. Globalement, l’intérêt de ce DLR minimum ce serait l’homogénéisation de la flotte.
L’idée est en débat, elle est dans l’air. Disons qu’il fallait qu’on lance la balle maintenant, parce qu’il y a des chantiers et des architectes qui sont en ce moment en train de concevoir de nouveaux bateaux en vue de la prochaine édition. L’avis de course de la Transquadra à venir sort de toute façon en décembre, donc on a un peu le temps.»

COCO_1L'A35 Coco, mené par le solitaire Frédéric Ponsenard (ici lors de son arrivée en Martinique), devrait s'imposer au classement général des deux étapes en temps compensé.Photo @ François Van Malleghem / Transquadra Martinique

Qu’on se rassure (un peu), Mico Bolo a bien conscience des oppositions et des polémiques que cette nouvelle approche ne manquera pas de susciter. Il suggère d’ailleurs lui-même quelques contre-arguments : «L’inconvénient d’une telle mesure, ce serait d’exclure les bateaux de course d’occasion. Légers, pas chers. Avec l’arrivée du Figaro 3, il va y avoir par exemple plein de Figaro 2 sur le marché… Et comme me disait je ne sais plus qui : il faut éviter aussi que ça devienne une course de Sun Fast 3600 et de JPK 10.80 à 300 000 balles !»
Reste une autre solution que nous pouvons suggérer aux organisateurs : on laisse le DLR libre et on organise une troisième étape de la course entre la Martinique et les côtes européennes. Une boutade, bien sûr !

Qu'en pense David Réard, l'architecte du Bepox 990 ?

On lui laisse la parole pour la conclusion – très provisoire – de ce débat : «Je n'étais pas au courant de ce fait. Je donne ici mon avis à chaud, il vaut ce qu'il vaut, peut être que je me trompe… Mon premier sentiment (fruit de l'expérience de quelques années de régates sur différents supports, ndlr) est que les jauges sont un business… L'idée est de faire courir des bateaux à chances pseudo-égales. Cela avant tout pour des voiliers issus d'une industrie fonctionnant avec des process techniques (polyester, voire vinylester, avec une mise en œuvre plus ou moins évoluée, ndlr), dictés par l'économie et un peu la mode du moment pour le look. Il n'y a qu’à voir les ratings «obscènes» dont on écope quand on fait jauger un bateau exotique tel que les miens. Une chose vécue à l'époque où j'ai voulu régater avec mon Classic 38… Mais c'est pareil pour tout autre bateau sortant des standards de la grande production. Quelle que soit la jauge, cela fonctionne si les bateaux en question se ressemblent beaucoup.

Ozon_HouleLe solitaire Alexandre Ozon, qui a fini sa course sur un seul safran à bord de son Bepox 990, restera le grand vainqueur de cette 9e Transquadra.Photo @ François Van Malleghem / Transquadra Martinique

Les JPK, qui sont actuellement les bateaux les plus homogènes et les plus polyvalents du marché pour celui qui veut faire de la voile sportive mais aussi de la croisière, ont des carènes très étudiées et une mise en œuvre très soignée. Cela fait que ces bateaux ne laissent aucune chance à ceux issus des grands chantiers (Bénéteau, Jeanneau et autres, ndlr) et construits de manière traditionnelle sans recourir au sandwich et à l’infusion avec des tissus multi-axiaux de qualité, etc. Bref, il faut construire propre, pas trop lourd et fiable, ce qui au final fait grimper les coûts et diminuer les marges… Le Bepox 990, incroyablement mené par Alexandre, a quand même dû faire grincer quelques dents en mettant une volée à toute une flotte dernière génération alors qu’il est plus court que la plupart des concurrents. La solution la plus simple pour éviter ce genre de désagrément est de filtrer l'accès aux bateaux pouvant participer à ce type de courses. Et comme très souvent, un filtrage se fait par le bas… On met une butée qui consiste à empêcher un bateau mieux conçu et mieux construit par rapport aux standards industriels, et on est tranquille. On peut jouer peinard sans risquer l'intrusion d'un trouble-fête. Normalement tout cela est bien rodé, mais là on dirait qu'un poisson rose est passé au travers du filet et qu'il va falloir resserrer les mailles…»
Affaire à suivre !

A noter enfin que les classements officiels en temps compensé, pour la deuxième étape et pour l'ensemble de la course (deux étapes avec addition des temps) doivent être publiés dans la journée.