Actualité à la Hune

Transgascogne 2017

Ian Lipinski : «Quel plaisir avec le Mini le plus fou !»

Ce dimanche, à 12h02, près de 60 Mini prendront le départ de la première des deux étapes de la 16e édition de la Transgascogne (345 milles entre les Sables d’Olonne et Avilés, en Espagne). Parmi eux, Ian Lipinski. Invaincu depuis l’été 2015, avec 14 courses remportées d’affilée, le skipper de Griffon.fr, qui a déjà gagné la dernière édition de l’épreuve en Série, espère s’imposer cette fois en Proto et confirmer son rang de super favori. Ses armes ? Du talent, un vrai sens marin et une superbe machine (un plan David Raison construit en 2014) dont il parvient à tirer le meilleur.
  • Publié le : 29/07/2017 - 00:01

Ian LipinskiDans la classe Mini, Ian Lipinsk a tout gagné depuis deux ans, en Série et en Proto.Photo @ Christophe Breschi
Voilesetvoiliers.com : Cette Transgascogne est la dernière épreuve avant la Mini Transat. Dans quel état d’esprit l’abordez-vous ?
Ian Lipinski : Aujourd’hui, ça fait six ans que je fais du Mini. La Transgascogne et la Mini Transat sont très probablement mes deux dernières courses sur le circuit de la classe. Dans ce contexte, l’idée, pour moi, c’est vraiment de prendre un maximum de plaisir sur l’eau. En termes d’objectif, je vais faire en sorte d’assumer mon statut de favori et gagner.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez tout remporté depuis deux ans. Votre bateau est incontestablement une "machine de guerre". Quel sont ses véritables atouts ?
I.L. :  Souvent, à l’arrivée des courses, des concurrents m’annoncent des pointes de vitesse bien plus élevées que les miennes, alors que j’arrive plusieurs heures avant eux. La grosse qualité de mon bateau, c’est clairement sa constance en vitesse. Outre sa polyvalence, ce qui est aussi très appréciable, c’est qu’il mouille très peu. Cela étant dit, je n’ai pas vraiment de points de comparaison puisque je n’ai jamais navigué sur d’autres Proto. Un de ses autres avantages en termes de confort, c’est qu’il va toujours tout droit. Depuis quatre ans qu’il navigue, il n’est jamais parti au lof ou à l’abattée. Il est vraiment très stable. De plus, il ne consomme pas d’énergie et la barre est toujours douce. Tout ça fait que les erreurs de matossage ou de déplacement sur le bateau sont beaucoup moins graves. Ce que je dis souvent : "en Pogo 2, quand on se baisse pour faire son lacet, le bateau part au lof." Là, on est à des années-lumière de ça.

Ian Lipinski (Entreprise(s) Innovante(s))Ian Lipinski a remporté la Mini Transat 2015 en Série. A l'époque, il naviguait sur un Ofcet 6.50.Photo @ Christophe Favreau
Voilesetvoiliers.com : Ce bateau a-t-il modifié votre façon de naviguer ?
I.L. : Oui, assez. Les configurations de voiles sont différentes de ce que je connaissais auparavant. Idem pour la conduite. Certaines personnes que j’ai embarquées à bord m’ont dit que ça se rapprochait de celle d’un multicoque. Pour ce qui concerne son comportement, c’est un peu pareil. Quand le bateau gîte, la partie au vent se lève vraiment. Du coup, on navigue assez haut sur l’eau. C’est une super machine. Bien sûr, il y a toujours la possibilité de l’améliorer, sur les voiles notamment. C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai beaucoup fait. Il y a constamment des trucs à faire de toutes les façons. Une des prochaines étapes pourrait être de lui apporter des appendices supplémentaires... Le bateau tel qu’il est aujourd’hui, je commence à bien le connaître mais, finalement, je le découvre encore. Pour venir aux Sables-d’Olonne, en début de semaine, je ne suis jamais allé aussi vite en deux ans ! On progresse toujours, et plus que de trouver des réglages, c’est d’oser aller vite qui peut changer la donne car le bateau a vraiment un potentiel incroyable.

Ian LipinskiUn bon marin et une tête bien faite. Ian Lipinski est ingénieur diplômé de l'ISAE-SUPAERO à Toulouse.Photo @ Christophe Breschi

Voilesetvoiliers.com : N’est-ce pas parfois un peu frustrant que certains résument vos performances à celles de votre bateau ?
I.L. : Des fois, je me demande si on pose la question à François Gabart de savoir si ça ne l’ennuie pas de gagner toutes les courses avec un bateau qui va plus vite que les autres… Quoi qu’il en soit, je me dis que les gens qui connaissent savent que je gagnais aussi en Série, preuve, s’il en est, que je ne dois pas faire n’importe quoi. C’est sûr que le bateau va vite mais je pense que l’une des choses que j’ai bien faite jusqu’ici, c’est d’avoir réussi à terminer toutes les courses, ce qui n’était pas forcément gagné. Cela veut dire que je l’ai préparé correctement, mais aussi que j’ai réussi à naviguer intelligemment. Reste que pour répondre à la question, oui, il y a une certaine forme de frustration. Celle-ci n’est toutefois pas tant liée aux commentaires des uns et des autres, mais plutôt au fait que je me bagarre moins en Proto aujourd’hui que j’ai pu le faire en Série avant. En mer, je ne le vis cependant pas comme ça. Je m’éclate sur mon bateau. A terre, c’est différent. Quand j’accueille les gens en Série qui arrivent tous en l’espace de deux minutes, ça me rappelle des souvenirs et certains plaisirs mais, à présent, j’en ai d’autres. 
Quel plaisir j'ai avec le Mini le plus fou jamais construit ! Régater en Proto, en termes de technicité, c’est quelque chose. On apprend plein de trucs : le maniement des safrans, de la quille, du mât… Je ne connaissais pas tout ça, mais je le découvre et je l’affine au fur et à mesure. C’est riche. L’autre point important, c’est qu’en Mini, comme on ne sait pas où sont les autres, on n’est jamais tranquille en mer. A terre, le gens qui regardent la carto et se disent «c’est bon, il est tranquille, il a de l’avance». Moi, en fait, je n’en sais rien. J’ai toujours le doute de savoir si j'ai fait les bons bords ou pas. J’essaie donc de naviguer au mieux et au plus vite tout le temps.

Voilesetvoiliers.com : Le fait d’être le grand favori ne vous rajoute-t-il pas un peu de pression, notamment sur un exercice comme une transatlantique où rien n’est jamais acquis ?
I.L. : En réalité, sur la Mini Transat, j’avais déjà un peu de pression lorsque je n’étais pas favori. Pourquoi ? Parce que lorsqu’on traverse l’Atlantique sur ce type de bateau, on n’a pas de moyens de communiquer. On sait que si on a des problèmes, il faudra les gérer tout seul. Je ressens la même chose cette année, mais finalement dans une moindre mesure parce que j’ai déjà fait la course une fois et demi. Je sais un peu plus que ceux qui la font pour la première fois comment ça va se passer. Bref, le fait d’être favori ne me mets pas beaucoup plus de pression que ça...

Griffon.frIan Lipinski, qui courra la Mini cette année en Proto, espère devenir le premier marin à remporter la course dans les deux catégories.Photo @ Christophe Breschi
Voilesetvoiliers.com : Vous le dites vous-même: la concurrence manque un peu en Proto. Comment voyez-vous à l’avenir à ce niveau ?
I.L. : De très bons bateaux sont en train de se construire. Il y a celui de Jorg Riechers, mais aussi ceux d’Axel Trehin et de Francis Champion. Ces deux derniers sont en train de finir des plans Lombard, dont l'un est équipé de foils. Ils construisent leurs bateaux en purs Ministes, dans leur garage, et on les verra sur l’eau dès l’année prochaine. Les foils sont une belle piste de développement d’autant qu’en Mini, contrairement à l'IMOCA, on n’est pas du tout limité sur les plans porteurs. Je pense, et c’est ce que tout le monde dit, que c’est le début d’une nouvelle ère, même si tout est quand même assez dépendant des sponsors. Pour faire des bateaux Proto, aujourd’hui, il faut quand même beaucoup d’argent. Est-ce que les gens vont réussir à trouver des sous pour ça, je n’en sais rien, mais tout est possible et je ne doute pas du fait que la classe Mini reste un joli petit laboratoire.

Voilesetvoiliers.com : Quels sont vos projets à l’issue de la Mini Transat ?
I.L. : Je veux continuer à faire de la course au large. J’aimerais bien essayer de faire du Figaro. Financièrement, c’est que qui paraît le plus accessible mais il va falloir que je trouve des partenaires. J’aimerais bien me faire inviter sur la Transat AG2R et naviguer à droite à gauche en fonctions des opportunités. Cela étant dit, dans l’immédiat, je vais me concentrer sur la Transgascogne et la Mini Transat, je verrai ça ensuite.

Griffon.frGriffon.fr, un plan David Raison mis à l"eau en 2014, a d'abord navigué avec Davy Beaudart.Photo @ Christophe Breschi


La Transgacogne en bref…

Créée en 1988, ouverte aux solitaires et équipages double, la Transgascogne s’est imposée au fil des ans comme l’une des courses incontournables du calendrier Mini. Cette 16e édition affiche deux grandes nouveautés. Désormais organisée par l’association Les Sables-d’Olonne Vendée Course au Large, la course va s’élancer pour la première fois depuis Port Olona et fera escale à Avilés, en Espagne, pour la première fois également. Sportivement, pas de grands bouleversements cependant puisque la flotte effectuera, comme précédemment, une première étape très stratégique entre la Vendée et les Asturies, via Belle-Ile, puis une deuxième davantage apparentée à un sprint. Au total : pas moins de 590 milles à parcourir.


Le programme

Samedi 29 juillet, 11 heures : prologue
Dimanche 30 juillet, 12 h 02 ; départ de l’étape 1, Les Sables-d'Olonne - Avilés.
Samedi 5 août, 12 h 02 : départ de l’étape 2, Avilés-Les sables-d'Olonne
Mercredi 9 août, 19 heures : remise des prix