Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre 2013 - Multi50

Ils se sont dit «oui» (3) : Yves Le Blévec et Kito de Pavant

  • Publié le : 30/09/2013 - 00:01

Plusieurs équipages en double se connaissent depuis longtemps et d’autres se découvrent, mais pourquoi ont-ils décidé de partir ensemble pour la prochaine Transat Jacques Vabre ? En Multi-50, ils seront au moins six tandems au départ du Havre pour Itajai (Brésil) le 5 novembre prochain : le Breton Yves Le Blévec et le Méditerranéen Kito de Pavant expliquent comment ils sont associés sur Actual

Actual sous gennakerActual est le seul trimaran de 50 pieds dessiné par Guillaume Verdier en 2008 : il se caractérise par la finesse de sa coque centrale et ses bras droits.Photo @ Mark Lloyd

 

V&V.com : Yves, c’est la troisième fois que tu vas participer à la Transat Jacques Vabre et tu changes de co-équipier à chaque fois : pourquoi ?

Y.L.B. : La première fois en 2009, Actual sortait de chantier et j’ai demandé à Jean Le Cam de venir m’épauler : je voulais quelqu’un qui avait l’expérience du multicoque, de la gestion d’un projet et il fallait aussi qu’il soit disponible pour cette période et pour la préparation… Le bateau a été mis à l’eau mi-août et Jean m’avait dit oui fin juillet : l’idée lui plaisait bien ! Mais notre collaboration s’est écourtée au large de Cherbourg quand on a plié une étrave et chaviré. Heureusement, personne ne s’est fait mal et on a pu récupérer le bateau dans un état correct.

V&V.com : Et la deuxième fois en 2011 ?
Y.L.B. : Jean était pris par son Vendée Globe et je me suis tourné vers Samuel Manuard après avoir établi un "casting" : en fait, je travaille beaucoup avec mon équipe (Ronan et Sandrine) parce qu’il est important de former un team cohérent. Sur le dessus de la pile des impératifs, c’est la capacité à s’entendre avec son co-équipier, ce qui élimine déjà quelques coureurs ! Ensuite, le choix se fait en fonction de ce que chacun pourrait apporter au projet et de sa disponibilité… Il  y a deux ans, le budget alloué était restreint : un coureur de renom coûte cher parce qu’il y a aussi un retour média. Et j’ai eu le plaisir de naviguer avec Sam et nous avons gagné ! J’avais eu l’occasion de me confronter à lui en Mini Transat et il avait l’expérience du multicoque avec le trimaran Orma Sopra Group

Yves Le Blévec Yves Le Blévec a été formé au grand large aux côtés de Bruno Peyron sur le Trophée Jules Verne avant de remporter la Mini Transat 2007, puis de passer au Multi-50 en 2009.Photo @ Dominic Bourgeois V&V.com : Et cette fois, pourquoi Kito de Pavant ?
Y.L.B. : Avec mon sponsor, on voulait une personnalité forte et médiatique car mon partenaire a logiquement droit de regard sur le co-équipier embarqué ! J’ai proposé Kito de Pavant qui avait un caractère qui me convenait : nous nous étions plusieurs fois rencontrés lors de Mer & Montagne. C’est un sportif, un compétiteur, un expérimenté du multicoque et du grand large…

V&V.com : Et toi Kito de Pavant, combien de Transat Jacques Vabre ?
K.d.P. :
La septième fois ! En 2000, je commençais ma carrière de coureur au large avec La Solitaire du Figaro, et j’ai embarqué la saison suivante aux côtés de Bernard Gallay qui naviguait sur Voilà.com. En 2003, j’étais avec Jean Le Cam sur le trimaran Bonduelle et idem en 2005 mais avec le monocoque Bonduelle en prélude au Vendée Globe. Et j’ai enchaîné trois éditions avec le monocoque Groupe Bel en compagnie de Sébastien Col (2007), de François Gabart (2009) et de Yann Régniaud de North Sails (2011).

V&V.com : Quels sont les critères pour embarquer en double ?
K.d.P. :
Il faut d’abord s’entendre bien, être en phase et surtout, sur la façon de vivre, mais aussi être bien ensemble et parler d’autres choses que du bateau à voile !

V&V.com : Alors comment as-tu été contacté et pourquoi dire oui ?
K.d.P. :
Depuis fin juin 2013, mon engagement avec Groupe Bel est terminé : je me suis donc posé pas mal de questions ! Après un projet aussi fort, aussi impliquant, aussi long (huit ans), il faut savoir ce que l’on a envie de faire et avec quels moyens… Depuis l’hiver dernier, j’ai rencontré plein de gens, des partenaires potentiels et quand Yves Le Blévec m’a appelé en juillet, j’étais en pleine discussion pour un projet Imoca qui n’avançait pas. J’ai été un peu surpris du coup de fil d’Yves parce que je ne pensais pas proposer mes services sur cette course ! J’ai réfléchi deux jours et j’ai validé rapidement… Même si on ne se connaît pas beaucoup, c’est un coureur qui inspire la confiance et la sympathie et nous nous sommes croisés plusieurs fois en Figaro, à Mer & Montagne, et à l’arrivée de la Transat Jacques Vabre.

V&V.com : Le côté refaire du multicoque était aussi attrayant ! 
K.d.P. :
Si je n’ai pas traîné à donner ma réponse, c’est que l’aspect trimaran me motivait et que refaire du multicoque après cette phase Imoca me branchait fortement… Cela m’obligeait à me remettre en cause et puis je n’étais plus skipper : j’arrivais avec mon baluchon ! C’est ce que je faisais il y a une dizaine d’années.
Y.L.B. : C’est aussi une question préalable : est-ce que mon co-équipier est capable de rester dans son rôle, de ne plus être chef de projet mais collaborateur ! La réponse de Kito m’a parfaitement convenu : c’est important de savoir que son co-équipier temporaire ne va pas vouloir tout changer à bord. Le partage d’expérience est enrichissant, mais la remise en cause permanente est négative.

Kito de PavantKito de Pavant a un parcours atypique : après bien des années de convoyage et de charter, il s’impose sur La Solitaire en 2002, s’investit sur le circuit Orma avec Jean Le Cam, puis s’aligne au Vendée Globe par deux fois.Photo @ Dominic Bourgeois V&V.com : Au final, quel a été le cahier des charges ?
Y.L.B. :
La disponibilité d’abord, puisqu’il faut tout de même être présent bien avant de prendre le départ en novembre ! Le caractère et l’image médiatique ensuite. Un compétiteur et un sportif expérimenté aussi… La formation d’un binôme se fait sur des critères subjectifs qui ont trait à l’entente mutuelle quelques soient les circonstances et sur des valeurs objectives comme le palmarès et le curriculum vitae. Il a aussi fallu faire coexister le planning de préparation à la Transat Jacques Vabre et celui de Kito qui avait déjà des engagements (Gold Cup Dragon, Voiles de Saint-Tropez).

V&V.com : Il fallait être libre à partir de quand ?
Y.L.B. :
Il fallait surtout participer ensemble aux deux trophées de Saint-Quay Portrieux et de Fécamp… Kito comme d’autres coureurs connaissent la conduite de ce type de bateau, mais il y a tout de même une spécificité chez les Multi-50 et particulièrement sur Actual : il faut donc apprendre en naviguant.
K.d.P. : Yves et moi sommes sur la même longueur d’onde : il faut s’engager totalement pour le faire bien, ce qui nécessite de passer du temps ensemble et en navigation. Notre tandem s’est monté assez tardivement par rapport à d’autres et donc il fallait multiplier les sorties. Nous avons enchaîné dès la première semaine d’août jusqu’à fin septembre. Ensuite, il y a la phase technique en octobre pour entretenir et valider le matériel pour la transat.

Actual et Rennes Agglomération-Route des PrincesLa Route des Princes a été un excellent test grandeur nature pour toute la flotte des Multi 50 qui a bataillé ferme sur ce parcours autour de l’Europe de l’Ouest en quatre étapes.Photo @ Mark Lloyd

V&V.com : Vous avez établi un contrat ?
Y.L.B. : Non. Ce n’est pas contractualisé comme on pourrait l’imaginer : c’est un accord tacite avec un "prestataire"… Qui court donc depuis le mois d’août jusqu’en décembre. Après, on n’est pas forcément fâché !

V&V.com : Pendant la course, vous avez prévu une fonction spécifique pour chacun ?
Y.LB. :
Ce sont deux personnages qui sont capables de mener ce bateau en solitaire, mais l’un d’entre eux porte le projet depuis quatre ans et vise à le poursuivre quand l’autre est "vacataire". La répartition se fait naturellement : on est interchangeable, mais les décisions stratégiques qui touchent au projet reviennent au skipper.
K.dP. : Nous avons tous les deux, des expériences similaires en tant que chef de projet et nous sommes sur la même logique. J’ai fait deux Transat Jacques Vabre où mon co-équipier avait un rôle spécifique : Seb Col pour mettre au point le bateau qui sortait du chantier un an avant le Vendée Globe 2008, et François Gabart pour affiner la météo, l’informatique et la stratégie. Cette fois, nous sommes interchangeables : celui qui est sur le pont décide s’il faut réduire la toile ou changer de cap.

V&V.com : Les Multi 50 ont autorisé le routage à terre sur cette Transat Jacques Vabre…
Y.LB. :
Christian Dumard sera notre interlocuteur : nous avons donc une stratégie plus simple en mer. Chacun apporte sa pierre à l’édifice.
K.dP. : On est capable tous les deux de faire des choix en connaissance de cause, donc tout va se faire dans l’échange, dans la discussion.

Trophée Saint Quay Multi-50Moins à l’aise sur les petits parcours, Actual a manqué une marche pour monter sur le podium à Saint-Quay Portrieux et termine troisième à Fécamp.Photo @ Team Actual