Actualité à la Hune

TRANSAT JACQUES VABRE

Jean-Pierre Dick ou le parcours de la méthode

Pour sa dernière grande course, et après seize années passées en IMOCA, Jean-Pierre Dick, associé au triple vainqueur du Figaro Yann Eliès, a remporté à 52 ans sur St-Michel Virbac une incontestable quatrième victoire au Brésil… en cinq participations, devant la jeune garde composée de Paul Meilhat- Gwénolé Gahinet (SMA) et Morgan Lagravière-Eric Peron (Des Voiles et Vous). Qu’il le veuille ou non, «JP» est bien entré dans la légende de la Route du café. Petit rappel des faits.
  • Publié le : 20/11/2017 - 07:22

Dick ElièsLes vainqueurs de la 13e Transat en IMOCA… et la der pour Jean-Pierre Dick. Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Vendée Globe

«Un grand bravo à Jean-Pierre Dick, qui n’est jamais aussi bon que quand il est bien accompagné, par Yann Eliès en l’occurrence ! Une démonstration», a écrit dans un message hier dimanche Kito de Pavant, actuellement beau 5e de la Transat Jacques Vabre avec Yannick Bestaven sur le «vieux» Bastide Otio. On ajoutera volontiers au compliment venant du marin méditerranéen que ce n’est pas nouveau si l’on regarde son palmarès depuis quinze ans en IMOCA. L’atypique «JP» Dick, est tout simplement – et de très loin – le plus titré des skippers lors des courses en double. Deux fois vainqueur de la Barcelona World Race – le Vendée Globe, mais à deux – avec Damian Foxall puis Loïck Peyron, quadruple vainqueur de la Transat Jacques Vabre (et recordman des victoires), respectivement avec Nicolas Abiven, Loïck Peyron, Jérémie Beyou et enfin Yann Eliès, le Niçois a toujours su s’entourer avec intelligence et brio afin, selon lui, de «hausser son niveau de jeu», gommer ses défauts et se servir de l’apport de cultures nautiques différentes. On va ajouter que ce régatier, qui fournit il est vrai «le gîte et le couvert», n’aime rien tant que de gagner, et fait tout pour y parvenir !

Changement de cap

Les quelques – rares – mauvaises langues qui persiflent au comptoir du coin que Dick est né avec une petite cuillère en argent dans la bouche, et s’entoure toujours en double de la crème des marins, feraient bien d’embarquer quelques jours avec lui, d’interroger ses compagnons de route, et regarder ses moyennes quand il court en solitaire ! 


Dick AbivenPremière des quatre victoires dans la Transat Jacques avec Nicolas Abiven. Photo @ Benoît Stichelbaut/DPPI

Vous ne croyez pas quand même qu’Abiven, l’un des meilleurs numéros un au monde, l’Irlandais Foxall (cinq Volvo Ocean Race au compteur), les deux triples vainqueurs de la Solitaire du Figaro, Beyou et Eliès, ou enfin Peyron – qu’on ne présente plus , ont décidé d’embarquer à ses côtés uniquement pour ses beaux yeux ? Dick est recherché car il est tout simplement un grand marin ! Depuis qu’il a décidé de changer de vie et de métier, le vétérinaire diplômé d’HEC a avancé avec méthode, beaucoup bossé et innové au sein du staff de Virbac, entreprise fondée par son père en 1968. Il a brillé en First Class 8, J/24 et Melges 24, gagné deux Tour de France, couru en One-Tonner et sillonné la Grande Bleue en croisière sur le Swan familial. Mais il rêvait de large et s’en est donné les moyens.

So Farr…

En 2001, quand il décide de préparer le Vendée Globe – il va en disputer quatre ! , alors que tout le monde commande des plans Finot-Conq imbattables lors des éditions 1992, 1996 et 2000, lui se tourne vers le roi de l’IOR, le Néo-Zélandais Bruce Farr, dont le cabinet se trouve à Annapolis aux États-Unis. Il lance en 2002 la structure «Absolute Dreamer» avec son grand copain d’HEC, Luc Talbourdet, s’entoure de Nicolas Abiven, ingénieur et ancien de la saga des Corum ou encore de Luc Bartissol, l’un des incontournables spécialistes des 60 pieds. Ces derniers récupèrent un maximum de photos de détail des IMOCA des Vendée Globe précédents et, avec «JP», esquissent un bateau léger, planant et innovant. Le plan Farr construit chez Cookson à Auckland s’avère très différent et redoutable dans la brise.

Plan FarrLe premier IMOCA de Jean-Pierre Dick en 2002 : un plan Farr construit en Nouvelle-Zélande. Photo @ Benoît Stichelbaut/DPPI

Et comme il faut ramener le bateau des antipodes par la mer et non sur un cargo, il n’y a pas meilleur test. Une première victoire dans la Transat Jacques Vabre, puis une 6e place dans le Vendée Globe prouve le bien-fondé de la démarche. «JP» est pragmatique et a la tête bien faite. Il est le premier à reconnaître qu’il est parfois un peu perché et bordélique  ce que Peyron a raconté à propos de ses cirés trempés jetés dans la cabine ou du peu de soins faits à ses mains –, a du mal à s’endormir les premières nuits, est capable de se mettre dans le rouge et perdre de la lucidité. N’empêche, pour faire avancer très vite un bateau et savoir appuyer au bon moment, il reste une référence.

Un mec bien

Pas flambeur pour un sou, rationnel, parfois (trop) stressé, perfectionniste, le grand blond un rien BCBG est un type charmant et agréable à vivre, ce qui est un atout non négligeable dans un milieu fermé. Yann Eliès racontait samedi soir lors de leur arrivée victorieuse à Salvador de Bahía : «J’ai l’impression qu’à chaque fois qu’il embauche quelqu’un, cela crée un couple idéal !» (une interview à lire ici). Si c’est le grand Yann qui le dit ! De ses co-skippers, il puise le meilleur, se remet en cause, et reste au top physiquement grâce à un entraînement quotidien et une hygiène de vie parfaite. Tout n’a pourtant pas toujours été un conte de fées. Il s’est «ramassé» au Figaro, a violemment cabané en MOD 70 avec Roland Jourdain, perdu sa quille mais ramené son bateau et terminé 4e dans l’avant-dernier Vendée Globe alors que le podium lui tendait les mains.

DickJean-Pierre Dick a toujours soigné sa table à cartes avec, ici, un siège baquet de voiture de rallye. Photo @ Vincent Curutchet/DPPI

Marin engagé aussi qui, comme Armel Le Cléac’h ou Jean Le Cam, soutient depuis longtemps l’association Alliance syndrome de Dravet (ASD) afin de mieux faire connaître cette épilepsie sévère, rare et incurable. Lors de chaque départ de course, Jean-Pierre Dick accueille à bord parents et enfants, sait trouver le temps et les mots. Pour franchir un palier, il n’hésite pas à travailler avec un météorologue réputé, un coach mental ou un spécialiste du sommeil, ne laisse rien au hasard. Son équipe technique, aussi fidèle que pointue techniquement, lui prépare des bateaux remarquables et robustes. Car «JP», élu marin de l’année par la FFVoile en 2011, n’a jamais peur de torcher de la toile ! On l’a encore vu lors de la première nuit de course le long des côtes normandes dans une mer casse-bateaux, puis au passage du front, où les deux compères ont poussé St-Michel-Virbac comme jamais devant une meute déchaînée, avant de s’installer en tête pour ne plus la quitter, signant une trace parfaite.

La relève pointe son nez !

Il a fallu un grand Dick et un grand Eliès pour contenir Paul Meilhat (35 ans) et Gwénolé Gahinet (33 ans), très impressionnants sur SMA, l’ancien bateau de Gabart, vainqueur du Vendée Globe 2012-2013… mais non équipé de foils !

Meilhat GahinetDeuxièmes en 13 jours et 13 heures, Paul Meilhat et Gwénolé Gahinet heureux !Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

«C’est une superbe soirée», a raconté Meilhat au Brésil, heureux comme un gosse à Noël. «Il y a encore une heure on était à 18 nœuds sous spi. C’était une belle course. On est contents de ce qu’on a fait. On a barré tout le temps, toutes les nuits, dès qu’on était sous spi, le rythme était vraiment intense. On n’a pas de regret, on a l’impression de bien avoir navigué, mais Jean-Pierre et Yann ont fait les bons choix aussi. On est fiers d’être deuxièmes derrière eux, on s’est entraînés ensemble toute l’année et on connaît la valeur de leur tandem.» Ces deux-là, qui veulent être au Vendée Globe 2020, sans oublier Lagravière et Peron, seront de sacrés clients. Yann Eliès, qui récupère les clés de St-Michel-Virbac avec comme pour objectif de gagner le Rhum l’an prochain puis le Vendée Globe dans trois ans, saura à qui parler avec cette génération pleine de talent. Il lui faut trouver un nouveau sponsor, Virbac arrêtant après 17 ans de sponsoring. Mais entre ce merveilleux bateau, un partenaire solide (Saint-Michel), son palmarès et l’équipe en place à Lorient, il serait surprenant qu’il n’y parvienne pas, et ce d’autant que «JP» désormais à terre, va veiller à tout ça. En attendant, Boris Herrmann et Thomas Ruyant vont boucler mi-journée leur transat à la 4e place sur Malizia II Yacht Club de Monaco. Eux aussi devraient être au prochain Vendée… et pas pour rigoler.

des voiles et vousDes Voiles et Vous ! de Morgan Lagravière et Eric Peron à son arrivée à Salvador de Bahía hier dimanche en 3e position. Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie

Classements du dimanche 19 novembre 2017 à 12 h 01 (heure française)

Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), arrivé le 13 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 7 j 22 h 07’27’’. Moyenne : 22,92 nœuds.
2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), arrivé le 13 novembre à 13 h 30’24’. Temps de course : 7 j 23 h 55’24’’. Moyenne : 22,70 nœuds. Retard sur le premier : 1 h 47’57’’.
Abd : Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), démâtage.

Multi50
1. Arkema (Roucayrol-Pella), arrivé le 16 novembre à 8 h 49’19’’. Temps de course : 10 j 19 h 14’19’’. Moyenne : 16,81 nœuds.
2. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), arrivé le 16 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 11 j 02 h 51’23’’. Moyenne : 16,33 nœuds. Retard sur le premier : 7 h 37’04’’.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), arrivé le 17 novembre à 9 h 19’22’’. Temps de course : 11 j 19 h 44’22’’. Moyenne : 15,35 nœuds. Retard sur le premier : 1 j 00 h 30’03’’

IMOCA
1. St-Michel-Virbac (Dick-Eliès), arrivé le 18 novembre à 03 h 33’03’’. Temps de course : 13 j 07 h 36’46’’. Moyenne : 13,63 nœuds.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), 
arrivé le 19 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 13 j 13 h 58’03’’. Moyenne : 13,36 nœuds. Retard sur le premier : 6 h 21’17’’.
3. Des voiles et Vous ! (Lagravière-Peron), arrivé le 19 novembre à 15 h 06’. Temps de course : 14 j 01 h 31’44’’Moyenne : 12,91 nœuds. Retard sur le premier : 17 h 54’58’’.

Class40 
1. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 719 milles de l’arrivée.
2. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), à 3,3 milles du premier.
3. V&B (Sorel-Carpentier), à 7,3 milles du premier.

Classements complets et cartographie ici.