Actualité à la Hune

La chronique de Nico

La vie à bord d’un Volvo 65

Après sa magnifique saison en Figaro, Nicolas Lunven a jeté son sac à bord de Turn The Tide On Plastic, l’un des sept engagés dans la Volvo Ocean Race et dont le départ de la deuxième étape a été donné dimanche dernier depuis Lisbonne à destination du Cap (Afrique du Sud). Un bateau qui occupe actuellement la 7e place. Pour cette nouvelle chronique, Nicolas Lunven explique la vie à bord et plus particulièrement la sienne en tant que navigateur.
  • Publié le : 09/11/2017 - 15:30

Nicolas LunvenNavigateur du bord, Nicolas Lunven vit au rythme de la réception, de l'analyse des fichiers météo et des positions de la flotte... mais sait aussi s'accorder une petite pause sur le pont où il échange avec les équipiers sur leurs ressentis.Photo @ Jen Edney/Volvo Ocean Race

À bord de Turn The Tide On Plastic, nous sommes dix équipiers (cinq femmes et cinq hommes) plus un reporter embarqué qui n’a pas le droit de participer à la manœuvre ni à la performance du bateau. Ce dernier est autonome et a ses propres obligations envers l’organisation de la course (lire ici l’article consacré aux «mediamen» à travers l'un d'eux, Martin Kéruzoré). Il doit envoyer des photos, des vidéos et du texte tout au long des étapes pour permettre de faire vivre la course de l’intérieur.

Nous sommes répartis en quatre quarts de deux personnes chacun et deux autres personnes sont hors quart : Dee Caffari, skipper et moi-même, navigateur.
Toutes les deux heures, un nouveau quart monte sur le pont pour quatre heures et un autre descend pour se reposer ou se restaurer également et ce pour quatre heures. Ainsi, un roulement s'effectue pour que les transitions soient plus fluides à chaque changement de bordée et éviter que toutes les personnes sur le pont changent d’un coup et soient un peu perdues au début de leur quart, le temps de retrouver les bonnes manettes pour faire avancer le bateau.

Pour chaque manœuvre importante - virement de bord, empannage, changement de voiles - tout le monde est réveillé. Pour les «petites» manœuvres, on évite de réveiller le quart en sommeil et on se débrouille avec celui sur le pont plus les deux hors quarts, soit six personnes.

A bord TideCoucher de soleil à bord de Turn The Tide On Plastic.Photo @ Jen Edney/Volvo Ocean Race

Une vie au rythme de la météo et des positions

Avec Dee, nous essayons de faire en sorte qu’il y ait tout le temps l’un de nous éveillé pour veiller à d’éventuels changements de vent imprévus (et il y en a beaucoup…), à ce que font les autres concurrents et à ce que tout roule convenablement à bord en accord avec le chef de quart.

Pour ma part, je passe également beaucoup plus de temps à la stratégie. Ma vie est rythmée par les horaires de réception des fichiers météo : entre 5 heures et 8 heures UTC environ je peux récupérer les fichiers Grib de 0 heure UTC puis, entre 17 heures et 20 heures UTC environ, les fichiers Grib de 12 heures UTC. Il existe, pour certains modèles météo, des fichiers intermédiaires à 06 heures et 18 heures UTC mais généralement ils n’apportent pas grand-chose de nouveau par rapport à ceux dits de «références» sauf si l’on souhaite guetter un élément particulier à court terme (passage d’un front pour les heures à venir par exemple). La variable la plus importante est bien sûr le vent, mais on analyse aussi la pression atmosphérique, éventuellement la couverture nuageuse, la pluviométrie, les rafales, etc.
Des fichiers spécifiques existent avec les vagues (hauteur, direction, période de la houle et de la mer du vent) ainsi que pour le courant (de marée comme océanique). Une fois ces fichiers téléchargés, s’ensuit une longue période de décorticage, d’analyse, de routage avec le logiciel Adrena. L’idée est de parcourir tous les scénarios possibles pour définir une stratégie à moyen et long terme en essayant de dresser aussi des plans B, C, voire plus parfois… Si le vent est plus ou moins fort, plus à droite, plus à gauche, si la pression ne monte pas comme prévu, si le ciel ne s’éclaircit pas…

Ensuite, nous en discutons avec Dee, nous décidons de la marche à suivre et nous essayons de faire coller tout ça avec l’instant présent et les autres concurrents.

Poste navigateurLe bureau de notre chroniqueur lors de ce tour du monde en équipage.Photo @ Jen Edney/Volvo Ocean Race

De manière beaucoup plus anarchique en termes de timing, je récupère également des cartes synoptiques d’analyse et de prévisions. Bien qu’elles commencent à être «hors du temps» dans notre monde moderne d’outils numériques, ces cartes sont tout de même très intéressantes car elles donnent certaines informations non présentes sur les fichiers Grib, comme la position des fronts chauds, froids, occlus, les lignes de grains, etc. Leur mise à jour est assez aléatoire et dépend de chaque fournisseur, mais elles sont d’une incroyable richesse.
J’ai également la possibilité de télécharger des images satellites, avec un délai de quelques dizaines de minutes, ce qui permet de suivre avec une grande précision l’évolution des phénomènes météo, comme par exemple la progression d’un front froid.

Quatre fois par jour, nous recevons un fichier avec les positions des autres concurrents : à 1 heure UTC, 7 heures UTC, 13 heures UTC et 19 heures UTC. Evidemment tout le monde à bord a envie de savoir où se situent nos concurrents si nous ne sommes pas capables de les voir ou de les suivre à l’AIS.
Au milieu de tout cela, il ne faut pas oublier de passer un peu de temps sur le pont, pour avoir un échange avec les équipiers sur leurs ressentis : "Portons-nous la bonne voile ? Si on abat de 10° on accélère de 2 nœuds. Il y a un nuage qui grossit dans telle direction…" 
Et puis de temps en temps, j’ai même le droit de prendre la barre !

A bord TideCette longue deuxième étape (7 000 milles) entre Lisbonne (Portugal) et Le Cap en Afrique du Sud sera l'occasion pour l'équipage de Turn The Tide On Plastic, dernier du général après la première, de prendre sa revanche. Photo @ Jen Edney/Volvo Ocean Race