Actualité à la Hune

Mini-Transat La Boulangère

Le grand débrief’ de la Mini

Alors qu’il ne reste désormais plus qu’un seul concurrent de la Mini-Transat La Boulangère en mer ce vendredi 24 novembre, l’occasion est parfaite pour effectuer le grand débriefing de cette édition 2017. Les tops, les flops, les grosses frayeurs, les surprises, les anecdotes : on vous raconte tout !
  • Publié le : 24/11/2017 - 00:01

Les confirmations

Ian Lipinski (GRIFFON.FR) en Proto et Erwan Le Draoulec en Série étaient annoncés comme les grands favoris de cette édition. Ils n’ont pas déçu. Le premier a remporté les deux étapes, mais il a en plus signé un doublé historique en devenant le premier marin à gagner en bateau de série, voilà deux ans, avant de récidiver en prototype cette année. Le deuxième a pris tous les risques pour aller chercher la victoire et mené son bateau à 100 % du début à la fin de la deuxième étape, jouant ainsi clairement la carte de l’audace. À l’arrivée, il décroche une première place sans contestation possible, mais surtout, il entre dans l’histoire de la course en devenant le plus jeune skipper (20 ans) à la remporter. «C’est incroyable ce qu’on peut leur faire subir à ces bateaux. J’ai vraiment attaqué comme un dingue. J’ai fait mon truc dans mon coin. Je n’ai appelé personne. Je me suis préoccupé de ma course uniquement. Le résultat est là, mais j’étais tellement sous tension que je n’ai pas vraiment pris de plaisir. Il va falloir que je refasse une transat en mode croisière pour ça», commente le skipper d’Émile Henry.

Erwan Le DraoulecErwan Le Draoulec n'a pas déçu en devenant le plus jeune skipper a remporté la Mini-Transat en Série.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Le bizuth à suivre

Kéni Piperol, pur produit du centre Guadeloupe Grand Large, n’a eu de cesse de progresser depuis son arrivée sur le circuit et il l’a encore démontré lors de cette Mini-Transat. À 21 ans, le skipper de Région Guadeloupe remplit l’objectif qu’il s’était fixé au départ : finir dans le top 5 chez les Proto. Sa course témoigne d’une maturité impressionnante. Jamais le jeune Antillais ne s’est désuni, cherchant à progresser avec régularité jusqu’à cette place attendue. «Tous les objectifs ont été atteints. Bien sûr, j’ai eu quelques moments difficiles, notamment dans les grains sous les alizés, où je suis parti plusieurs fois au tas. L’expérience de la Transat AG2R (il a terminé 10e en 2016, ndlr) m’a énormément servi et puis il y a aussi eu la casse des autres concurrents, mais cela fait partie du jeu de la régate. On me dit que ma performance est un exploit, mais je crois plutôt que c’est beaucoup de temps de préparation et d’entraînement. Dans un sens, c’est rassurant. Ça montre que le travail paie.»

Kéni PiperolLe jeune Guadeloupéen Kéni Piperol a pu montrer que l'on pouvait compter sur lui en terminant dans le top 5 chez les Proto.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
La fille à suivre

La fille à suivre, c’est indiscutablement Clarisse Crémer. À 27 ans, la navigatrice monte, en effet, sur la deuxième marche du podium des Série. La performance est tout simplement exceptionnelle pour celle qui n’avait jamais navigué en solitaire et encore moins passé une nuit en mer il y a deux ans, lorsqu’elle s’est lancé le défi fou de participer à la Mini. «Je suis hyper-satisfaite parce que je me suis découvert une sacrée force mentale. Livrée à moi-même, j’ai réussi à trouver au fond de moi des ressources pour rebondir, pour avoir le bon moral pour avancer, pour bien faire les choses. J’ai tout le temps été en mode guerrière sur cette deuxième étape. Je me suis prise au jeu, je suis vraiment allée le chercher ce podium. Me rendre compte des capacités mentales que je peux avoir va me servir toute la vie, c’est une bonne leçon», entonne la skipper de TBS.

Clarisse CrémerClarisse Crémer, deuxième en Série et indiscutablement LA fille à suivre.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Les guerriers

Tous les marins de cette Mini-Transat La Boulangère 2017 se sont battus comme des diables pour aller au bout de leur transat et de leur projet. Certains ont toutefois dû faire preuve d’encore plus d’abnégation et de détermination que d’autres pour y parvenir. On citera notamment Fred Guérin (Les-Amis.fun) et Dorel Nacou (Ixblue-Vamonos). Confrontés à des démâtages, les deux hommes n’ont jamais baissé les bras. Le premier s’est en effet arrêté en Espagne et a tout mis en œuvre pour pourvoir s’aligner au départ de la deuxième étape, tandis que le deuxième a fait escale au Maroc pour réparer et s’attaquer à la traversée de l’Atlantique coûte que coûte – il est aujourd’hui le dernier concurrent toujours en mer. «Ce qui était très important pour moi, c’était d’arriver pour tous ceux qui m’ont aidé, les amis, l’association À chacun son Everest. C’était mon Everest d’arriver ici. Ce qui m’a fait plaisir, c’est de découvrir les bateaux modernes avec la quille et le bout-dehors qui basculent, je n’avais jamais navigué sur ces bateaux-là et j’ai vu un peu les performances dont ils sont capables. À l’époque où je termine deuxième en 1985 et 1989, on construisait nos protos pour pouvoir participer. Aujourd’hui, il y a quelque chose qui n’a pas changé : c’est toujours aussi compliqué pour être sur la ligne de départ. En soi, cette quatrième Mini-Transat est une victoire», a assuré Guérin, le doyen de la course (62 ans).

Les tops

Certains diront «c’est ça l’esprit Mini». Certes, mais il convient tout de même de tirer un coup de chapeau à Marta Guemes (Artelia) et à Benoît Lacroix (Team Eden Promotion) qui ont, l’un et l’autre, soit ralenti soit modifié leur route pour assister un copain en galère. La première a passé huit heures au côté d’Elodie Pédron, confrontée à deux avaries de safran consécutives afin de lui porter assistance en cas de besoin, le second a gardé le contact VHF avec Guillaume Combescure, dont la traversée de l’Atlantique s’est transformée progressivement en un long chemin de croix suite à la panne de ses deux pilotes automatiques, le principal tout d’abord et le pilote de secours ensuite. «Au bout de huit jours sans pouvoir lâcher la barre, j’ai un peu craqué. Un soir, mon cerveau a déraillé. Il a imaginé que j’étais sur un prologue et que j’avais un invité à bord, ce qui me permettait de pouvoir aller dormir. À ce moment-là, Benoît, qui m’a entendu divaguer, a eu un super réflexe. Il m’a demandé si j’étais attaché. C’est à ce moment que j’ai réalisé que j’hallucinais», confie le skipper de Mini Oiri.

Marta GuemesOn retiendra la Mini-Transat 2017 de Marta Guemes qui est restée au côté d’Elodie Pédron de nombreuses heures pour lui porter assistance en cas de besoin.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
Les flops

La fin de course a été mouvementée pour Charlotte Méry, qui aura cumulé avanies et avaries jusqu’à s’échouer sur le banc de corail de la Côte au vent, en Martinique. Heureusement, grâce à l’aide d’un pêcheur de Sainte-Anne, la navigatrice d’Optigestion–Femmes de Bretagne a tout de même réussi à se sortir de ce mauvais pas et à franchir la ligne d’arrivée. «Je me suis dit qu’il fallait garder le sourire parce que sinon je ne pourrais pas aller jusqu’au bout. C’est un véritable acte de résilience qui sera sûrement très utile pour la suite. C’est ce que j’ai appris sur cette étape. Pendant la première, c’était l’humilité par rapport à la grandeur de la nature. Ça fait beaucoup de choses. On ne maîtrise pas tout, mais on peut être heureux comme ça», philosophe la jeune femme.

Le bateau de la Mini

Ian Lipinski, Jörg Riechers (Lilcenthal) et Simon Koster (Eight Cube), les trois premiers du classement Proto de cette Mini-Transat La Boulangère, ont un point commun : un bateau à nez rond. Fort de ce constat, on peut légitimement affirmer que le scow était l’arme absolue pour remporter la course. Le skipper de GRIFFON.FR, grand vainqueur de cette édition 2017, tempère néanmoins : «Je reste convaincu que cette édition-là n'était pas faite pour les étraves arrondies. S'il y en a autant devant, c'est aussi parce que les pointus ont cassé. Sur le papier, dans les conditions qu’on a eues sur cette deuxième étape (beaucoup de portant VMG, ndlr), Arthur Léopold-Leger (Antal-Xpo) et Erwan Le Méné (Rousseau Clôtures) étaient les concurrents les plus redoutables. Sans leurs différents soucis techniques, ils auraient certainement joué aux avant-postes », affirme Lipinski.

Simon KosterAvec son nez rond, le scow (ici Simon Koster sur Eight Cube) était vraisemblablement une arme redoutable pour terminer aux avant-postes de cette Mini.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
La figure de style

Des figures de styles, sur cette Mini-Transat, il y a eu à la pelle, en particulier chez les bateaux de Série qui ont navigué pied au plancher. Mais celle que l’on retiendra, c’est surtout celle de l’Irlandais Tom Dolan. «Je n’ai jamais tiré autant sur le bateau, on était tout le temps sous spi. Une nuit, je me suis pris un grain énorme, avec 40-45 nœuds de vent. J’ai senti que ça accélérait encore en encore. Le speedo s’est bloqué à 17 nœuds et d’un coup, j’ai perdu le contrôle. J’ai fait un soleil avec le bateau, qui s’est ensuite retrouvé couché sur l’eau. Je ne sais pas comment je n’ai pas démâté. Dans la bataille, j’ai cassé mon feu de navigation, mais j’ai sauvé mon améno. Clairement, j’ai bien flippé»,raconte le skipper d’Offshoresailing.fr, 5e du classement.

Tom DolanTom Dolan, auteur d'un joli soleil avec son Mini.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
La grosse frayeur

Là encore, des frayeurs, il y en a eu quelques-unes pour les ministes, entre La Rochelle et Le Marin. Parmi elles, il y a notamment celle de David Alonso. Trois jours après le départ de Las Palmas de Gran Canaria, le marin espagnol est entré en collision avec un bateau de pêche avant de se retrouver empêtré dans ses rets. «J'ai eu très peur. Il y avait des filets partout et il continuait à tirer. J'ai fait le tour du bateau. Le spi max était déchiré. Je me suis dit que les pêcheurs allaient revenir, qu'il valait mieux mettre le médium et se tirer de là. Rapidement, je me suis rendu compte que j’avais bien fait car, un peu plus tard, j’ai vu le bateau pêcheur foncer vers moi. Heureusement, il n'est pas parvenu à me rattraper», relate le skipper de Blue Oscar. Dans un autre registre, on peut également noter la surprise de Romain Bolzinger (Spicee.com) qui, en plus d’avoir dû faire route sous gréement de fortune avant d’être en mesure de remonter le mât qui lui était tombé sur la tête peu après le passage de Cap-Vert, a fait les frais d’une attaque d’espadon. À la clé : un joli trou dans le bordé tribord de son bateau… et une sacrée histoire à raconter !

David AlonsoL'Espagnol David Alonso qui s'est fait une belle frayeur en percutant un bateau de pêche.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère
La petite histoire

Huitième du classement des prototypes, Aurélien Poisson (Teamwork.net) a connu une course compliquée, avec notamment la perte de deux spis dès le début de la deuxième étape, mais l’édition a aussi été remplie de bonheur avec l’annonce de la naissance de son premier enfant, le mercredi 7 novembre. «Lorsque Denis Hugues m’a annoncé à la BLU que ma fille, Aïlys, était née, ça a été un moment magique. J’ai juste entendu vaguement la taille et le poids, mais je savais que tout s’était bien passé. Du coup, j’ai sorti une mignonnette de champagne que j’ai bue à sa santé, tout seul sur mon petit bateau. Sur la fin, j’ai aussi décidé de profiter : je sais que dans ce genre d’aventure très forte, on ne garde ensuite en tête que les bons moments.»

Aurélien PoissonAurélien Poisson, papa en mer d'une petite Aïlys.Photo @ Christophe Breschi/Mini-Transat La Boulangère