Actualité à la Hune

L'oeil de Dominic Vittet

Les caprices du pot

Au-delà de leurs performances techniques ahurissantes, les deux Ultim qui ont pulvérisé l’épreuve et le record du parcours n’ont pas été malmenés par un pot au noir trop coriace, bien au contraire. Pour les suivants, et c’est la loi du hasard, la Zone de convergence inter-tropicale (ZCIT) s’est montrée globalement plus coriace. Prince de Bretagne a dû s’y reprendre à deux fois avant de s’extirper des griffes visqueuses d’un phénomène qui l’accompagnait vers le Sud. Les leaders en Multi50 ont passé quelques heures pénibles avant de redémarrer enfin dans l’alizé du Sud-Est, tandis que les IMOCA ont profité de la remontée soudaine du pot pour se retrouver «côté Sud» presque sans encombre. Quant aux Class40, ils devraient y pénétrer aujourd’hui… Suspense !
  • Publié le : 16/11/2017 - 07:35

ArkemaLalou Roucayrol et Alex Pella, sur leur superbe machine Arkema, signent une très belle victoire à Bahia en battant les grands favoris Erwan Le Roux et Vincent Riou en Multi50. Jusqu’à la rupture d’une drisse dans le pot au noir, ces derniers avaient la course en main… mais Arkema, toujours présent, ne leur a pas laissé le temps de réparer !Photo @ Vincent Olivaud/Arkema

Tantôt sous la pression de l’anticyclone des Açores au Nord, tantôt de celui de Saint-Hélène au Sud, le pot au noir sert de tampon entre les deux océans atlantiques. Quand l’alizé de Nord-Est dans l’hémisphère Nord  et celui de Sud-Est dans l’hémisphère Sud se mélangent harmonieusement en associant leur flux progressivement, la Zone de convergence inter-tropicale, ou pot au noir, est peu marquée et peu étalée dans l’Ouest. Sa traversée se fait sans heurt, entre le 30° et le 25° Ouest, de façon presque naturelle, comme pour les deux premiers Ultim.

A contrario, quand les deux flux alizéens se heurtent plus frontalement, ce qui est toujours le cas près des côtes africaines, la zone de conflit s’élargit et sa traversée devient scabreuse. Les marins ont beau scruter les fichiers de vent les plus précis, observer les photos satellite qui tombent toutes les heures et bénéficier d’une riche expérience, cette immensité chaude et légère reste une machine à distribuer du suspense et du hasard.

C’est pourquoi sortir de ses griffes reste non seulement un gage de soulagement mais aussi la quasi-certitude de transformer une courte avance en un pactole généreux, voire même suffisant pour garder le contrôle sur le poursuivant jusqu’à Bahia.

Passages du Pot au Noir en novembreLes statistiques de passage du pot au noir au mois de novembre donnent une porte entre le 25°et le 30° Ouest (triangles roses). En ce mois de novembre 2017, le pot au noir a été sévère et injuste. Il s’est étiré vers l’Ouest, au-delà du 30° Ouest et a obligé tous ceux qui l’ont traversé depuis un mois à passer très à l’Ouest, avec différents succès… La meute des Volvo 65 a été la plus chanceuse en passant seulement 27° Ouest sans trop souffrir. Pour Macif, qui a pourtant poussé au-delà du 31° Ouest, l’arrêt a été total pendant quelques heures (la position des ogives se situe au passage du pot au noir. Leur taille est proportionnelle à la durée des pétoles rencontrées)...Carte @ Dominic Vittet

Le propre des marins est de «ne garder que les bons souvenirs». Sinon ils ne retourneraient jamais en mer ! Après la fraîcheur de l’hémisphère Nord, la séquence musclée au près vers le front froid, les grains violents qui ont fait claquer les voiles et les dents jusqu’à Madère, puis les affres du pot au noir, la descente vers Bahia ressemble un peu à ces grands moments de bonheur qui font oublier les galères des premiers jours. L’air chaud de l’anticyclone de Saint-Hélène offre aux machines exactement ce qu’il faut pour qu’elles expriment le meilleur de leur potentiel, surtout au fur et à mesure que le vent adonne et que la mer s’organise en descendant vers le Brésil.

Yann Eliès et Jean-Pierre Dick (St-Michel-Virbac) sont dans cette phase. Ils déroulent et commencent sérieusement à penser à la victoire. Seul SMA, skippé par Paul Meilhat et Gwenolé Gahinet, a réussi à accrocher le rythme d’enfer imposé par les favoris depuis le départ. Le reste de la meute sort au compte-goutte d’un pot au noir gluant... Les jeux sont faits.

Pour les leaders, il faut encore jeter un œil sur l’arrière-pays brésilien avant de crier victoire pour s’assurer qu’une dépression tropicale n’est pas en formation. Ce qui pourrait tout gâcher et retarder de 24 heures la fête à Bahia…

Mais à quelques jours de l’arrivée, quand ça sent l’écurie et qu’il n’y a pas eu d’erreur de casting, les duos sont prêts à tout et donnent le meilleur d’eux même.

StMichel-VirbacLe duo, 4e et 5e du dernier Vendée Globe, fonctionne à merveille. Il ne lâche plus la tête de course en IMOCA. Premier rentré dans le pot, premier sorti ! Le voilà qui creuse encore l’écart sur un SMA pourtant accrocheur. Sauf problème technique, St-Michel-Virbac devrait gagner samedi. Magnifique ! Photo @ Y.Zedda/StMichel-Virbac

Restent les Class40. Le combat en tête de la flottille est énorme. Les trois premiers sont à vue depuis plusieurs jours. Contraints de passer près des Canaries faute de vent dans l’Ouest, leurs trajectoires les obligent à couper le fromage et à rentrer dans la zone interdite, peut être plus qu’ils ne l’auraient souhaité.

Les voilà qui se présentent dans la nasse… Qui va gagner ?

Après la sortie du Pot au NoirEn sortant du pot au noir, la route est presque toute droite vers Bahia. Ça commence au près, puis au fur et à mesure que les bateaux progressent vers le Sud, l’alizé s’enroule autour de l’anticyclone de Saint-Hélène. Le vent ne cesse d’adonner jusqu’à l’empannage à quelques dizaines de milles de Bahia.Carte @ Dominic Vittet

 

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie
Classements du jeudi 16 novembre 2017 à 7h56 (heure française)

Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias). Arrivé le 13 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 7 j 22 h 7’27’’. Moyenne : 22,92 nœuds.

2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), Arrivé le 13 novembre à 13 h 30’24’ . Temps de course : 7 j 23 h 55’24’’. Moyenne : 22,70 nœuds. Retard sur le premier : 1 h 47’57’’.
3. Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), abandon sur démâtage.
 

IMOCA
1. St-Michel-Virbac (Dick-Eliès), à 838,1 milles de l’arrivée.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), à 78,7 milles du premier.
3. Des voiles et Vous (Lagravière-Peron), à 221,2 milles du premier.

Multi50
1. Arkema (Roucayrol-Pella), à 9,3 milles 
de l’arrivée.
2. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), à 123 milles du premier.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), à 432,2 milles du premier.

Class40 
1. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), à 1506,3 milles 
milles de l’arrivée.
2. V&B (Sorel-Carpentier), à 8,8 milles du premier.
3. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), à 16,2 milles du premier.

 

Classements complets et cartographie ici.