Actualité à la Hune

VOLVO OCEAN RACE

L’Everest devant les étraves

Cette étape – la plus longue de cette édition 2017-2018 – se révèle bien plus imposante que la précédente et sans commune mesure avec les transferts d’hémisphère météorologique qui se présentent devant les étraves des sept bateaux en lice. Cette fois-ci, sur les 7 600 milles à parcourir entre Auckland (Nouvelle-Zélande) et Itajai (Brésil), le grand Sud impose son jeu, et dès le départ l’impulsion météorologique ajoutera du piment sur les routes poursuivies.
  • Publié le : 17/03/2018 - 00:01

Victoire DongfengLors de l'escale d'Auckland, Dongfeng a gagné de haute lutte la régate disputée en baie devant AkzoNobel. De bon présage avant la plus longue étape qui s"élancera demain de Nouvelle-Zélande.Photo @ Jesus Renedo/Volvo Ocean Race
Le cadre météorologique est en soi presque simple. Le premier constat qui s’impose est l’impossibilité de s’affranchir de la porte constituée par le passage obligé du cap Horn sur la première partie qui va se jouer dans le Pacifique Sud. La seconde, quant à elle, se déroulera le long des côtes de l’Amérique du Sud mais cette fois côté océan Atlantique.


Si nous cherchons à dessiner en quelques esquisses les caractéristiques globales de ce parcours de 7 600 milles, il s’articule autour de la présence des deux cellules anticycloniques qui ceinturent l’Amérique du Sud. D’un côté l’anticyclone de l‘île de Pâques – qui réside par 30° Sud et 110° Ouest – et, de l’autre, celui de Sainte-Hélène par 30/25 ° Sud et 15° Ouest.

Au Sud de ces systèmes anticycloniques se trouvent les dépressions qui circulent sur le 50e Sud. Elles s’enchaînent et évoluent sans obstacles d’Ouest en Est le long de l’Antarctique. Seul l’océan impose son horizon.

CarteLa cordillère des Andes, qui se prolonge jusqu’au cap Horn, représente un obstacle naturel se dressant du Nord au Sud et introduit une rupture majeure dans la distribution des systèmes météorologiques entre Pacifique Sud et Atlantique Sud.Photo @ Weathernco


Le couloir de vent entre anticyclone au Nord et dépression au Sud contraint ou limite fortement les choix. La succession de dépressions peut être incessante et la situation de départ donnera le rythme. Toute la subtilité en partant d’Auckland est de se positionner le plus rapidement au Sud, à l’avant de l’un de ces systèmes pour en exploiter le potentiel et gagner dans l’Est.

Mais la difficulté sera de ne pas se faire piéger par ces dépressions généralement puissantes et associées à de forts états de mer, au risque de subir et de ne pas en exploiter le caractère opportun. Tout est une histoire de dosage au départ d’Auckland avec une ambivalence de tous les instants pour se prémunir des puissantes dépressions et judicieusement en exploiter la dynamique.

Ensuite, il sera bien délicat d’anticiper l’issue du passage entre Horn et péninsule antarctique.

Balayé par une puissante dépression, il peut devenir dantesque avec de puissantes vagues qui auront pu se nourrir d’un fetch (distance en mer ou sur un plan d'eau au-dessus de laquelle souffle un vent donné sans rencontrer d'obstacle) sans pareil avant d’arriver sur ce promontoire naturel. En situation de transition météorologique, le cap peut toutefois se laisser contempler et permettre de glisser d’un océan à l’autre.

Modèle GFSFocus sur la journée de dimanche. Les acteurs météo sont bien présents. Le départ d’Auckland s’annonce sous un régime anticyclonique, et la suite se dessine conformément au schéma climatologique global.Photo @ Weathernco – modèle GFS
Dernière partie de cette étape : la remontée le long des Malouines avec un premier choix Est ou Ouest

Ce dernier tronçon, bien que particulièrement protégé par le relief imposant à l’Ouest, est certainement celui qui peut apporter son lot de surprises. En effet, les schémas météorologiques sont plus capricieux et moins bien dessinés que dans le Pacifique Sud. Des opportunités seront certainement à saisir avec une gestion de l’anticyclone à anticiper au moment opportun dans cette remontée en direction d’Itajai. Une cellule anticyclonique sur l’Uruguay ou une dépression peuvent changer la façon d’appréhender cette remontée vers des latitudes plus clémentes. Ce n’est qu’une fois le Horn dans le tableau arrière que les navigateurs pourront optimiser la meilleure route en fonction du contexte météorologique.

Côté vagues et trains de houle, le tableau est à l’image de la démesure de cet espace sans limites et dans la première partie dans le Pacifique Sud jusqu’au Cap Horn, les états de mer sont sans pareil.

La puissance des vents d’Ouest conjuguée à l’absence d’obstacles contribue à observer dans l’océan Austral des fetchs illimités imposants. La croissance des vagues peut également atteindre son paroxysme avec des fetchs mobiles*, compte tenu de la dynamique dépressionnaire sous ces latitudes.

MetOcean SolutionsCes différentes particularités expliquent l’enregistrement de l’une des plus grandes vagues de l’hémisphère Sud avec 19,40 mètres et qui a été observée en mai 2017 par MetOcean Solutions. Le réseau de bouées déployé par MetOcean sera bien utile pour observer les conditions sur la première partie de cette étape car les données dans ces eaux sont rares. À noter que les données de la bouée houlomotrice de l"océan Austral sont disponibles gratuitement auprès de MetOcean Solutions (www.metocean.co.nz/southern-ocean).Photo @ MetOcean Solutions




Situation prévue pour dimanche 18 mars à 12 heures TU

Avec le départ dimanche 18 mars, la plongée dans le grand bain sera immédiate : la baie d’Auckland présente un panel d’effets locaux d’une belle richesse. Cette illustration en annexe des vents à très haute résolution (1 km) permet d’appréhender les subtilités de la baie et l’impact de ce relief qui ceinture le grand port néo-zélandais par vent de secteur Sud.

Baie d"AucklandVent à 1 km de résolution sur la baie d’Auckland.Photo @ MetOcean - Simon Weppe


 

 

 

 

 

 

 

Les équipages auront à cœur d’exploiter ces phénomènes de petites échelles avant de se présenter devant l’anticyclone qui tend à imposer sa marque sur ce début de course dans l’étrave des concurrents. Pour dimanche midi, un petit flux d’Est devrait s’installer sur la baie d’Auckland, en liaison avec la cellule anticyclonique qui s’impose pour ce début de course dans le Sud-Est de la Nouvelle-Zélande.

Situation anticyclonique Les deux modèles globaux, l’européen ECMWF et l’américain GFS, matérialisent bien la situation anticyclonique pour le départ de cette étape (A1) avec très peu de différences sur la pression au centre et de décalage spatial. Cette situation apparaît bien stable pour ce début de course.Photo @ SailGrib – Henri Laurent
L’ensemble de la flotte va donc chercher à gagner le plus rapidement possible le Sud de cette cellule anticyclonique. Le combat d’empannages va donc rythmer ce début de course avec comme premier objectif de maximiser ce contournement de la cellule anticyclonique et de chercher à gagner l’Est. La dépression en D1 tend à se combler sur les derniers modèles, mais sa position, même si elle évolue un peu, va contraindre la flotte à rester en limite de la zone d’exclusion au Sud. À partir du milieu de la semaine prochaine, les concurrents auront certainement une attention plus particulière sur la profonde dépression, qui se trouvera dans le Sud-Est de la flotte, à 943 hPa. Son influence impactera la route des concurrents lorsqu’ils se porteront en direction du Horn. Il faudra aussi bien surveiller les états de mer associés à cette dépression qui vont ajouter une difficulté supplémentaire à la gestion de l’approche du cap Horn.

Situation sur le PacifiqueSituation sur le Pacifique Sud au 20 mars, étendue d’Auckland au cap Horn.Photo @ SailGrib – Henri Laurent


*Fetch mobile : c’est la zone où s’effectue la croissance des vagues sous l’impulsion du vent. Si la dépression s’accompagne de vent à 60 nœuds, la vitesse de groupe de ces vagues est de 30 nœuds. Si la dépression se déplace à 30 nœuds, les vagues resteront dans cette zone particulièrement favorable et pourront alors atteindre leur hauteur maximale.

 

Volvo Ocean Race 2017-218
Classement général après six étapes

1. MAPFRE, 39 points
2. Dongfeng Race Team, 34 points
3. Team Sun Hung Kai/Scallywag, 26 points
4. Team AkzoNobel, 23 points

5. Vestas 11th Hour Racing, 23 points
6. Team Brunel, 20 points
7. Turn the Tide on Plastic, 12 points

Le départ de la 7e étape entre Auckland (Nouvelle-Zélande) et Itajaí (Brésil) sera donné le dimanche 18 mars 2018.