Actualité à la Hune

L'analyse de Dominic Vittet

Mini-Transat mais maxi casse-tête

Comme tous les navigateurs à voile, les concurrents de la Mini-Transat rêvent de ces grandes glissades au portant, d’autant plus grisantes que leurs bateaux sont petits et toilés. Mais l’Atlantique Nord en a décidé autrement. Dès le départ dimanche, il leur faudra batailler au près dans le golfe de Gascogne avant de pouvoir débrider leur monture dans la nuit de lundi à mardi. L’euphorie des grandes vitesses devrait durer quelques jours au large du Portugal avant d’être stoppée vers Madère par l’arrivée de basses pressions sahariennes qui vont s’intercaler entre la flottille et les Canaries. Cette configuration va obliger les skippers à faire des choix stratégiques difficiles dans les dernières 72 heures de course. Le final vers Grande Canarie s’annonce compliqué. Suspens garanti !
  • Publié le : 30/09/2017 - 07:41

Départ Mini-Transat 2015Voilà deux ans, le départ de la 20e Mini-Transat avait été donné au large de Douarnenez. Cette fois, la flotte s'élancera demain depuis La Rochelle pour cette 21e édition.Photo @ Christophe Breschi/Mini Transat

Septembre et octobre marquent la saison des cyclones dans la zone tropicale. La plupart de ces violents phénomènes meurent le long des côtes américaines après s’être déchaînés dans la zone Caraïbes. Mais certains continue leur route en se laissant porter vers le Nord-Est par le courant général de l’Atlantique Nord. C’est le cas du cyclone Maria qui, après avoir durement secoué le Nord des Antilles la semaine dernière, devrait passer au large des côtes européennes dimanche. Nul doute que les organisateurs observent très sérieusement l’évolution du petit monstre qui doit générer au large des vents de 40 nœuds.

passage mariaComme le montre cette carte américaine prévue pour dimanche 12 h 00 TU, la queue de cyclone Maria est encore active avec des vents prévus à 40 nœuds et très probablement des rafales à 50 autour du centre. Mais le phénomène qui se déplace vite, devrait finir sa course dans la journée de lundi sur les îles britanniques et épargner largement le golfe de Gascogne. Photo @ Dominic Vittet

Pour l’instant, rien de très méchant dans le golfe de Gascogne mais sans doute un flux d’Ouest instable dans lequel les petites coques de 6,5 m devront tirer des bords jusqu’au front froid, au-delà duquel souffle le vent de Nord. Comme souvent dans ce type de situation, le salut est à l’Ouest. Proto ou non, tous les ministes seront à peu près à la même enseigne avec des différences de vitesse faibles. Sauf qu’au-delà du front froid, dans le flux de Nord rapide, les Protos, et a fortiori les foilers, auront la part belle et devraient rapidement creuser l’écart.

météi mini 1Arrivée du front froid dans la nuit de lundi à mardi. Il faudra sans doute louvoyer pour aller chercher le flux de Nord qui souffle derrière le front froid. Photo @ Dominic Vittet

Il se passe toujours quelque chose au passage du cap Finisterre !
La remontée de l’anticyclone des Açores dans le golfe de Gascogne fera basculer le vent de Nord vers le Nord-Est le long du relief hispanique. Il s’y comprimera fortement, 30-35 nœuds, surtout au large de la Corogne. La mer sera forte et les gréements seront sollicités. Dans ces circonstances, il est parfois plus prudent de s’en écarter d’autant que le rail interdit à la navigation des coursiers (le DST La Corogne, polygone rouge), se profile devant leurs étraves et va obliger les skippers à faire un premier choix : soit couper le fromage au ras du relief dans des vents forts, soit faire le tour de la zone interdite dans des conditions plus clémentes.

Météo mini 1Passage du DST La Corogne. Le vent fraîchit en se comprimant sur le coin de la péninsule ibérique. Le flux se projette loin vers le Sud-Ouest tandis que le vent est faible le long de la côte portugaise. Le passage à l’intérieur du DST est plus délicat… Photo @ Dominic Vittet

Une fois sorti du golfe de Gascogne, il sera tentant de rester dans l’accélération du Cap Finisterre le plus longtemps possible en faisant route au Sud Ouest.
D’autant que l’alizé portugais ne s’annonce pas folichon en début de semaine et qu’il n’y a donc aucun intérêt à vouloir longer, coûte que coûte, la cote ibérique. La progression s’annonce rapide presque jusqu’à Madère avec un vent qui, en fraîchissant par-derrière, devrait limiter les écarts.
Mais au-delà de l’île portugaise, le vent s’écroule. Une zone de vent faible remonte de l’Afrique et perturbe le flux de Nord Est sur lequel comptent habituellement les skippers pour filer plein Sud.

Il faudra être malin et avoir un peu de réussite pour se dépêtrer de ce traquenard.
Rester dans l’Ouest le plus longtemps possible en profitant de ce qu’il reste du flux de Nord-Est ?
Cette option au large est séduisante. Elle pourrait porter ses fruits longtemps et placer ceux qui l’auront choisie en tête du classement provisoire. Mais elle ne répond pas à la question : comment traverser la zone de molle pour rejoindre les Canaries ?
Ou bien quitter l’autoroute plus tôt, traverser la zone de molle au large de Gibraltar et réussir à attraper en premier l’alizé qui redémarre le long de la côte africaine ?

Météo mini 1Basses pressions sahariennes. La route Ouest (marron) est rapide… jusqu’à Madère ! Mais il faudra traverser les restes de la basse pression mauritanienne… La route verte choisit de traverser les calmes plus tôt pour finir sur Las Palmas avec l’alizé qui renaît le long des côtes africaines. Dilemme ! Photo @ Dominic Vittet

Énorme dilemme qui va très probablement faire éclater la flotte dans les dernières 72 heures de courses.
Il faudra aller grappiller quelques précieuses informations météo en cours de route pour faire le bon choix sous peine de perdre quelques illusions en franchissant les jetées de Las Palmas !