Actualité à la Hune

Transat Jacques Vabre Class40

Sorel - Carpentier au bout du suspense et du talent

Cette lutte finale d’une intensité incroyable restera dans les annales de la course. A 0 h 19, V&B coupait la ligne d’arrivée de la 13e Transat Jacques Vabre. Aïna Enfance & Avenir était alors dans la baie de Tous les Saints à moins de 1,5 mille en terminant 17 minutes après. Un finish qui résume bien le niveau très élevé des Class40 dans cette Transat Jacques Vabre et l’intensité de leur bagarre en tête à laquelle prirent aussi part Imerys Clean Energy, 3e à 5 h 14 des vainqueurs, TeamWork 40 et Région Normandie. Les monocoques de 40 pieds ont offert une course extraordinaire.
  • Publié le : 23/11/2017 - 07:30

arrivée V&BC'est 19 minutes après minuit (heure française) que V&B a franchi en vainqueur la ligne d'arrivée de la 13e Transat Jacques Vabre.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017
Sur V&B, la course aurait pu s’arrêter très tôt. Dès le troisième jour, en fait. «Arrivé à la pointe de la Bretagne, on casse une cloison à l’avant du bateau, rappelle Maxime Sorel. On pensait que c’était terminé, on a appelé l’architecte Sam Manuard, qui nous dit qu’il y avait moyen de réparer si on avait suffisamment d’outils à bord. Branle-bas de combat, on a été rigoureux, on a bien travaillé et on y est arrivé. Et puis on a su patienter avant de repartir à fond, pour laisser le temps à la résine de sécher.» Une avarie vite réparée, mais qui a coûté cher en termes de classement à ce moment important de la course. «Pendant ce temps-là, les autres partaient devant. On a su rester patient et se dire que ce n’était que le troisième jour, mais ils étaient déjà à près de 50 milles devant. On s’est posé, on a pris un café… et on est reparti. On n’était pas à 100 % de la capacité du bateau, parce qu’il était fragile. On a pris cher dans le front.»

À partir de là, il leur a fallu remettre les bouchées doubles pour combler le retard. Et c’est là que V&B, le plan Manuard de 2015 a fait parler la poudre. «On est revenu dans le match, en revanche, en faisant une journée dantesque. Sous spi médium, on a attaqué à fond et c’est pendant cette période-là qu’on bat le record des 24 heures en Class40 (377, 7 milles, à 15,7 nœuds de moyenne) alors que l’on ne s’y attendait pas.» Un record, qui – on l’a appris à l’arrivée – aurait pu être encore plus impressionnant. Sorel encore : «On ne l’a pas dit, mais cinq heures avant la fin de ce cycle de 24 heures, on a explosé le spi médium. On est passé sous code 5, une voile plus petite, moins adaptée, c’est dire qu’on aurait pu faire encore plus. Et cela nous a handicapés jusqu’à la fin de la course. Et puis, autre coup dur, la météo qui a suivi était particulièrement adaptée au spi médium.»

Sorel CarpentierMaxime Sorel et Antoine Carpentier ont effectué une course magnifique marquée par plusieurs avaries surmontées et un record de distance sur 24 heures.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Sur Aïna Enfance & Avenir, c’est surtout la dernière nuit qui a été semée d’embûches. Au pire moment en fait. «Au coucher de soleil, mercredi soir, on était bien, raconte Aymeric Le Chapelier. On avait cinq milles d’avance, Arthur était à la sieste, moi à la barre, tout allait bien, et crac… la drisse de spi a lâché, et la voile est tombée dans l’eau. Il a fallu s’arrêter pour la remonter à bord. On a réussi à le sauver, mais on est passé sous petit spi, donc avec un cap plus lofé, qui nous a fait perdre le contact avec V&BJusque-là, ça allait encore… «Problème, deux heures plus tard : on s’est pris un filet de pêche. On pensait l’avoir enlevé, mais en fait on en a traîné des bouts pendant cinq ou six heures. On a fini par trouver bizarre car les relevés de vitesse n’étaient pas ceux des polaires. On pensait qu’on était mal réglé. C’est en se jetant à l’eau qu’on a fini par se rendre compte de ce qui restait dans la quille. Voilà : on aurait dû être plus vigilant !»

Dernière journée et scénario de thriller

En tête depuis plusieurs jours, Aïna Enfance & Avenir a vu V&B revenir au contact lors de la dernière nuit. «On a repris la tête dans la journée hier, vers 15 heures, se souvient Maxime Sorel. On naviguait à vue avec Aïna, et même si on savait que l’on n’était pas devant au classement, notre position, plus à la côte, était favorable et on savait que ça allait payer.» En longeant le littoral brésilien quand Aïna s’écartait un peu plus au large, V&B se plaçait en embuscade, situation favorable. «On est allé chercher du thermique à la côte dans l’après-midi. Et là on a douté : il y avait des nuages au fond, des nuages derrière et du grand bleu au milieu… Aïna a empanné en premier pour venir nous chercher. Comme on avait un plus grand spi qu’eux, on gagnait du terrain à la terre. Et après on est resté avec eux, pour les marquer.»

AînaAprès 17 jours et 11 heures d'une course longue de 4 350 milles sur l'orthodromie, Aina Enfance & Avenir a terminé deuxième à 17 minutes de V&B.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

Le scénario de l’ultime après-midi n’avait rien à envier à une course estivale bien connue en monotype. «Cela restera une sacrée régate ! La Solitaire du Figaro me manquait un peu, mais là, j’ai été servi avec le Class40. Maxime et Antoine ont très bien navigué, et nous ont très bien contrôlés. On a bien essayé de lofer sur la fin, pour essayer des choses et accélérer, mais ça n’a pas marché cette fois-ci.»

Antoine Carpentier et Maxime Sorel n’étant pas des bizuths de la course au large, ils ne se sont pas fait avoir. Depuis la sortie de pot au noir, leur stratégie était claire, selon eux. «Il a fallu qu’on les emmène sur nos angles de vent à nous, pour les dominer, confie Antoine Carpentier. Et je pense qu’ils l’ont compris un peu tard ! Ils ont essayé de nous faire la même en arrivant. Ils ont lofé pour accélérer et s’écarter de la côte, mais on n’a pas suivi. Il fallait que l’on reste sur notre VMG. Dans ce genre de course, il faut connaître ses points forts et ses points faibles.»

Sharp SanturdeLongtemps en tête, Phil Sharp et Pablo Santurde ont terminé troisième sur Imerys Clean Energy à 5 h 14 des vainqueurs. C'est en fin de course suite à une option trop Est que les deux hommes ont été décrochés.Photo @ Jean-Marie Liot/ALeA/TJV2017

En franchissant la ligne d’arrivée dans la nuit brésilienne, la joie immense des Malouins tranchait avec la déception à peine cachée des Rochelais, dix-sept minutes plus tard. Une caïpirinha à la main, Aymeric Le Chapelier trouvait pourtant le mot de la fin : «Pour nous soutenir, un ami m’a envoyé un mail citant Nelson Mandela. Il dit ceci :  Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. Nous, on a bien appris, même si c’est un peu amer.»

 

Transat Jacques Vabre 2017
Les trois premiers de chaque catégorie
Classements du jeudi 23 novembre 2017 à 07 h 30(heure française)

Ultim
1. Sodebo Ultim’ (Coville-Nélias), arrivé le 13 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 7 j 22 h 07’27’’. Moyenne : 22,92 nœuds.
2. Maxi Edmond de Rothschild (Josse-Rouxel), arrivé le 13 novembre à 13 h 30’24’. Temps de course : 7 j 23 h 55’24’’. Moyenne : 22,70 nœuds. Retard sur le premier : 1 h 47’57’’.
Abd : Prince de Bretagne (Lemonchois-Stamm), démâtage.

Multi50
1. Arkema (Roucayrol-Pella), arrivé le 16 novembre à 8 h 49’19’’. Temps de course : 10 j 19 h 14’19’’. Moyenne : 16,81 nœuds.
2. FenétrêA-Mix Buffet (Le Roux-Riou), arrivé le 16 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 11 j 02 h 51’23’’. Moyenne : 16,33 nœuds. Retard sur le premier : 7 h 37’04’’.
3. Réauté Chocolat (Tripon-Barnaud), arrivé le 17 novembre à 9 h 19’22’’. Temps de course : 11 j 19 h 44’22’’. Moyenne : 15,35 nœuds. Retard sur le premier : 1 j 00 h 30’03’’

IMOCA
1. St-Michel-Virbac (Dick-Eliès), arrivé le 18 novembre à 03 h 33’03’’. Temps de course : 13 j 07 h 36’46’’. Moyenne : 13,63 nœuds.
2. SMA (Meilhat-Gahinet), 
arrivé le 19 novembre à 11 h 42’27’’. Temps de course : 13 j 13 h 58’03’’. Moyenne : 13,36 nœuds. Retard sur le premier : 06 h 21’17’’.
3. Des voiles et Vous ! (Lagravière-Peron), arrivé le 19 novembre à 15 h 06’. Temps de course : 14 j 01 h 31’44’’Moyenne : 12,91 nœuds. Retard sur le premier : 17 h 54’58’’.

Class40 
1. V&B (Sorel-Carpentier), 
arrivé le 23 novembre à 00 h 19’15’’. Temps de course : 17 j 10 h 44’15’’. Moyenne : 10,40 nœuds.
2. Aïna Enfance et Avenir (Chappellier-Le Vaillant), arrivé le 23 novembre à 00 h 36’57’’. Temps de course : 17 j 11 h 01’57’’. Moyenne : 10,39 nœuds. Retard sur le premier : 17’42’’.
3. Imerys Clean Energy (Sharp-Santurde), arrivé le 19 novembre à 05 h 33’41’’. Temps de course : 17 j 15 h 58’41’’. Moyenne : 10,27 nœuds. Retard sur le premier : 05 h 14’26’’.

Classements complets et cartographie ici.