Actualité à la Hune

TRANSAT AG2R LA MONDIALE

Chabagny/Tabarly : «La moitié des équipages peut gagner !»

La 14e édition de la Transat Ag2r La Mondiale – la dernière sur le monotype Figaro 2 – part le 22 avril de Concarneau, cap sur Gustavia à Saint-Barthélemy, île dévastée par l’ouragan Irma début septembre. Depuis sa création en 1992 et la victoire de deux «jeunots» à l’avenir très prometteur – Michel Desjoyeaux et Jacques Caraës sur Sill Plein Fruit – en 24 jours et 8 heures, cette transat en double via une marque à franchir aux Canaries se dispute les années paires et a toujours consacré de grands marins. La majorité des vingt équipages – dont trois filles seulement, mais de sacrées régatières ! – a débarqué ce mardi à Paris par les premiers TGV de Bretagne et de Vendée au siège de Radio France, où sera installé le PC course. L’ambiance est bon enfant pour cette présentation à la «maison ronde». Les blousons sentent le neuf, les chemises sont bien «logotées» et repassées. Après les incontournables discours des officiels, les équipages se succèdent sur scène. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du beau monde entre les espoirs de la course au large et futurs Cammas ou Gabart, et les «vieux» briscards aux tempes grisonnantes mais à l’enthousiasme de cadets première année, à l’image de Yannig Livory, président de la classe Figaro, dirigeant d’une pépinière et véritable amateur prenant le départ de sa 10e Ag2r. Le mot du jour est attribué à Romain Attanasio (Bretagne CMB Espoir) qui, répondant à une question de Serge Herbin, l’inoxydable animateur de la «conf’ de presse» sur ses motivations pour la course, balance du tac au tac : «J’y vais d’abord pour voir Johnny !» (inhumé à Saint-Barth, ndlr). Derniers vainqueurs – en 22 jours –, Thierry Chabagny (46 ans) et Erwan Tabarly (43 ans) remettent leur titre en jeu sur Armor Lux-Gedimat avec pour objectif de faire le doublé. Seul Armel Le Cléac’h, vainqueur du dernier Vendée Globe est parvenu à gagner deux fois, respectivement avec Nicolas Troussel et Fabien Delahaye. Entretien avec les tenants du titre.
  • Publié le : 27/03/2018 - 16:56

Thierry Chabagny et Erwan TabarlyThierry Chabagny et Erwan Tabarly lors de leur victoire en 2016.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R
Voilesetvoiliers.com : vous connaissez bien tous les deux la route. Vous avez disputé combien de Transat Ag2r ?
Erwan Tabarly : Ce sera ma 9e participation et ma 3e avec Thierry !

Thierry Chabagny : Pour moi, ce n’est que la 8e !

Voilesetvoiliers.com : On imagine que vous allez tenter d’être le premier équipage à faire le doublé sur cette transat de 3 890 milles ?
T.C. : C’est en effet l’objectif ultime… mais tous les gens qui sont là veulent gagner, et l’idée c’est déjà de prendre du plaisir à naviguer ensemble, ce qui est déjà le cas lors des entraînements. On va essayer d’être le plus fin possible dans la stratégie, le plus rapide en vitesse et ce sur une durée de trois semaines, ce qui est assez long. Erwan et moi sommes hyper motivés et bien préparés. Ensuite, on verra bien pour le résultat,

Voilesetvoiliers.com : Il y a souvent des surprises dans cette transat...
T.C. :
Toujours ! On ne peut pas dire que l’on part pour la gagner, ce serait prétentieux.

Thierry Chabagny et Erwan TabarlyTabarly et Chabagny dans les petits airs.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R
Voilesetvoiliers.com : Vous fonctionnez comme deux solitaires ou c’est vraiment du double ?
E.T. :
C’est un peu des deux. On est en effet deux solitaires car la plupart du temps nous sommes seuls sur le pont à faire avancer le bateau pendant que l’autre se repose ou fait la météo. C’est important, je pense, de venir du circuit Figaro. Ensuite pour toutes les décisions, c’est collégial. Thierry va regarder autant que moi la stratégie et la météo, et ensemble on va choisir la route qui nous semble la meilleure. Il n’y a pas de tâche réservée !

Voilesetvoiliers.com : Vous disposez de quoi comme outils pour la météo ?
E.T. :
On a Internet avec du haut débit, et ce depuis la dernière édition. Ça ne change pas grand-chose, si ce n’est que ça va plus vite pour télécharger les fichiers météo avant de les rentrer dans le logiciel de routage (Adrena, ndlr).

Voilesetvoiliers.com : Vous naviguez parfois sous pilote ?
T.C. :
Très peu… sauf dans les phases où c’est intéressant d’y être, comme dans la pétole avec beaucoup de clapot par exemple, où tu as besoin d’être au réglage. Comme le dit Erwan, on est souvent en solo sur le pont et à la barre, et c’est un côté agréable, car tu sais que quand tu vas te coucher, le bateau est à 100 %. Bref, tu dors beaucoup mieux qu’en solitaire ! L’idée de toute manière est de barrer un maximum.

Thierry Chabagny et Erwan TabarlyLes deux amis cumulent chacun sept et huit Transat Ag2r La Mondiale, dont trois disputées en commun.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R
Voilesetvoiliers.com : Vous faites des quarts de combien de temps ?
E.T. :
Ça dépend en fait des heures de la prise des fichiers météo. Celui qui va récupérer la météo et commencer à travailler sur la route va laisser celui qui est sur le pont barrer une heure de plus si besoin. On essaye de s’adapter en fonction de tout ça. Rien n’est figé, et si ça a été musclé à la barre, on va gratter un peu plus de sommeil ensuite.

Voilesetvoiliers.com : Est-ce qu’on pousse plus les Figaro 2 quand on navigue en double, notamment dans la brise sous spi ?
T.C. :
(rires) Entre nous, en solo on est déjà à fond ! À deux, on va aller un peu plus vite à faire une manœuvre comme affaler un spi ou surtout le renvoyer si on a fait un vrac, mais dans l’ensemble on tient les spis à peu près de la même manière.

Voilesetvoiliers.com : Quel équipage craignez-vous le plus ?
E.T. :
Il y a du lourd ! Il y a dix équipages qui sont forts en Figaro et ont constitué un bel «attelage». Mais comme nous sommes en monotypie, tout le monde a sa chance, et il y a souvent des équipages un peu «surprise» qui arrivent à sortir du lot. Tout le monde est dangereux, en fait !

Remise des prixLors de la remise des prix à Saint-Barth en 2016.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R


 

Transat Ag2r-La Mondiale 2018
 

Départ : le 22 avril de Concarneau
Arrivée : aux alentours du 13 mai à Saint-Barthélemy
Distance : 3 890 milles (via un way-point au Nord de La Palma, Îles Canaries)
Record à battre : 19 j 22 h 24'30'' (de Pavant/d'Ali sur Groupe Bel en 2006)
Transat en double disputée sur Figaro Bénéteau 2

Les 20 duos : du lourd !

les 20 équipages 2018Les 20 équipages engagés se sont retrouvés ce mercredi à La Maison de la Radio à Paris pour la présentation de cette édition 2018.Photo @ Alexis Courcoux/Transat Ag2r-La Mondiale

Erwan Tabarly-Thierry Chabagny (Armor Lux-Gedimat)
Sébastien Simon-Morgan Lagravière (Bretagne CMB Performance)
Damien Cloarec-Damien Guillou (Saferail)
Martin Le Pape-Yoann Richomme (Macif)
Adrien Hardy-Thomas Ruyant (Agir Recouvrement)
Pierre Rhimbault-Romain Attanasio (Bretagne CMB Espoir)
Pierre Leboucher-Christopher Pratt (Guyot Environnement)
Benjamin Dutreux-Frédéric Denis (Sateco-Team Vendée Formation)
Justine Mettraux-Isabelle Joschke (Teamwork.net)
Gildas Mahé-Nicolas Troussel (Breizh Cola)
Corentin Douguet-Christian Ponthieu (NF Habitat)
Eric Peron-Miguel Danet (Le Macaron French Pastries)
Loïc Berrehar-Erwan Le Draoulec (Concarneau Entreprendre)
Anthony Marchand-Alexis Loison (Groupe Royer-Secours Populaire)
Mathieu Claveau-Pierre Loulier (Les Frigos Solidaires)
Tanguy Le Turquais-Clarisse Cremer (Everial)
Thomas Dolan-Tanguy Bouroullec (Smurfit Kappa-Cerfrance)
Ronan Treussart-Simon Troël (Les Perles de Saint-Barth)
Guillaume Farsy-Renaud Nicot (Cornouaille Solidarité Saint-Barth)
Yannig Livory-Erwan Livory (Interaction)