Actualité à la Hune

Trophée Jules Verne 2011-2012

Ça se complique dans le Pacifique...

  • Publié le : 13/12/2011 - 00:01

En phase avec la houle du Grand Sud.À 30 noeuds, Banque populaire déboule à la vitesse de la grande houle du Sud. Heureusement, la longueur d’onde de celle-ci est généralement adaptée au trimaran géant avec une période suffisamment élevée. Mais cela risque fort de devenir plus chaotique dans le Pacifique...Photo @ Bpce

 

Après avoir battu le record de l’océan Indien et disposant d’une avance de plus de trois jours à mi-course du Trophée Jules Verne, Loïck Peyron et les treize hommes de Banque populaire V attaquent un Pacifique qui ne s’annonce pas très sympathique... À dire vrai, ça se complique !

 

Temps de référence à battre : 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes (soit 18,76 noeuds sur les 21 760 milles de la route théorique), record établi du 31 janvier au 20 mars 2010 par Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3.

Pour battre le record ci-dessus, il faut franchir la ligne Ouessant/cap Lizard avant lundi 9 janvier 2012 à 17h15’34” (heure française UTC+1), le départ ayant eu lieu le mardi 22 novembre 2011 à 09h31’42” (heure française UTC+1).

Avec toutes les précautions d’usage quant aux calculs d’avance et de retard en cours de tentative, l’avance sur le record est le lundi 12 décembre 2011 à 20h00 (heure française), au 20ème jour de la tentative, de 2097,7 milles (cette avance a augmenté dans l’océan Indien, elle était en baisse au passage sous l’Est de l’Australie et la Tasmanie, elle s’est stabilisée et tend à remonter depuis).

 

 

Mercredi 7 : attention au coup de vent de Nord !Le modèle GFS du 12 décembre à 00h00 UTC prévoit pour ce mercredi à 12h00 UTC un anticyclone par 48° S / 165° W et une dépression juste à l’Ouest de la Nouvelle-Zélande. Celle-ci aura alors été dépassée par Banque populaire qui devra se méfier du très fort vent de Nord et de la mer associée !Photo @ Maxsea

 

“ L'état de la mer s'est amélioré. La houle devient très longue. On a passé un début de nuit très difficile avec une mer très courte. Il fallait ralentir pas mal, mais maintenant ça va. On n'a malgré tout pas pu éviter une chute dans une vague assez impressionnante ce matin, en battant certainement le record de vitesse instantanée du bateau en dépassant les 48 noeuds... et en chute libre. C'était plutôt Newton qui nous aidait qu'Éole. Il y a des creux d'une dizaine de mètres parfois, mais avec une très longue période, pas loin de 200 mètres, entre chaque crête. Ca rend les choses parfaitement maniables. Il n'y a que dans le Sud qu'on voit des périodes aussi longues. Les vagues avancent à une trentaine de nœuds, un petit peu comme nous, ce qui fait qu'on arrive vraiment à glisser dessus et c'est vraiment très joli. ”

Loïck Peyron pouvait afficher son bonheur ce lundi midi (heure française). Après avoir augmenté dans l’océan Indien, l’avance de Banque populaire V était en baisse depuis le passage sous l’Est de l’Australie et sous la Tasmanie. En cette fin de journée de lundi 12 décembre, elle atteint de nouveau ce qu’elle était à l’empannage du 11 à 00h30 française, marquant le début de la plongée vers le 56ème parallèle. Cette route au Sud-Est vise à anticiper un thalweg - sans gradient et sans vent - qui doit être contourné ce mercredi, loin dans le Sud de la mer de Tasman.

Permettant si possible un contrôle du bateau et du mât, cette respiration de mardi 13 décembre est la bienvenue après avoir amélioré le record de l’océan Indien entre le cap des Aiguilles (20° E, au Sud-Est du cap de Bonne-Espérance) et la pointe Sud-Est de la Tasmanie, franchie ce lundi à 15h43’15” (heure française), en 8 jours, 7 heures, 22 minutes 15 secondes, soit 10 heures, 17 minutes et 45 secondes de mieux que Groupama 3 en 2010. Battu donc (sous réserve d'homologation par le WSSRC : World Sailing Speed Record Council), mais pas pulvérisé comme on avait pu l’espérer. À cause du vent d’Ouest plein cul qui a obligé à des bords de portant, la seconde partie de l’océan Indien n’a pas été aussi limpide que la première, notamment sous l’Australie (12 heures et 10 minutes perdues sur Groupama 3 entre le cap Leeuwin et la pointe Sud-Est de la Tasmanie).

 

 

Vendredi 9 : le Pacifique se complique !Sur la même base (GFS, 12 décembre, 00h00 UTC), une dépression se creuse vendredi au coeur du Pacifique. Banque populaire qui aura normalement échappé à la dorsale et aura bénéficié les deux jours précédants d’un bon flux de Sud-Ouest à Nord-Ouest devra se méfier du secteur en rouge où il y aura plus de 47 noeuds et de 8 mètres de mer totale, valeurs moyennes du modèle, largement sous-estimées ! L’obligation de remonter au nord de 54° S minimum sera renforcée par la présence de glaces...Photo @ Maxsea

 

Kevin Escoffier raconte, dimanche midi : “ On a été obligé de ralentir pas mal à cause de l’état de la mer, on a eu jusqu’à 40-45 nœuds de vent, on a fini avec 3 ris trinquette à un moment au portant, ce qui ne fait quand même pas beaucoup de toile et en plus avec une mer assez courte. On a empanné cette nuit vers 23h30 TU (00h30 heure française), là on navigue tribord amure et il n’y a plus que 25-30 nœuds de vent. La mer est vraiment très grosse mais plus praticable que les derniers jours car elle est beaucoup plus longue, elle nous fait faire de jolis surfs, c’est assez incroyable. Les compteurs de vitesse ne sont pas très réguliers car on peut naviguer à 30 nœuds à un moment et l’instant d’après on prend une vague et on se retrouve à 40 nœuds ! A la barre, même si ca bouge beaucoup c’est un grand plaisir, en plus on a la lune avec nous, ça fait des nuits magnifiques.

On ne se met pas dans le “ rouge ” comme on peut le faire sur des courses de 3 jours ou des étapes de Figaro, mais on sent bien que si on loupe des heures de sommeil ou si on a un “ stand by ” avec beaucoup de manœuvres puis un “ On ” agité comme on a pu avoir hier, on prend tout de suite un coup. Pour le moment on n’est pas encore fatigué mais ça s’accumule avec un peu de fatigue supplémentaire tous les jours. Et par conséquent il faut faire attention aux petits bobos car on est plus fragile. Ne pas se tordre une cheville est une de nos grandes préoccupations. Nous devons donc être très vigilants ”, explique Kevin.

On va continuer sur un long bord tribord pour contourner la dépression qui nous accompagne depuis un moment. Toujours beaucoup de mer pour les 20 prochaines heures et un vent assez soutenu. Il va falloir freiner encore ! Avec ce bateau, si on voulait, on pourrait être à 40 nœuds tout le temps, c’est le risque qu’il ne faut pas prendre. A chaque fois qu’on change de barreur on donne des consignes sur la vitesse à conserver et à ne pas dépasser selon l’état de la mer. J’ai fait mon quart de barre cet après-midi, c’est vrai que c’est un peu frustrant de devoir mettre le pied sur le frein mais on se met une vitesse en tête, par exemple 30 nœuds et on s’y tient, on n’a pas le choix si on veut que le bateau reste en bon état. Après, il y a toujours des petits écarts avec des vagues que l’on prend mais ça on ne peut rien y faire.

Loïck Peyron l’avait déjà précisé quatre jours auparavant : “ La seule chose qui nous freine est l’état de la mer. Au vu des dimensions du bateau, cela peut vite être dangereux structurellement, notamment quand le flotteur au vent tape brutalement. Nous effectuons donc nos routages en fonction de ces paramètres. ”

 

 

Le Horn par la face Nord ?Sur la même base que précédemment, le cap Horn pourrait - comme souvent... de Bruno Peyron en 1993 à Franck Cammas en 2010 -, imposer une attaque par le Nord-Ouest, du fait de la présence d’une vaste dépression dans son Sud-Ouest, ne laissant par beaucoup de place entre elle et la redoutable côte au vent de la cordillère des Andes.Photo @ Maxsea

 

Ces difficultés n’empêchent pas que l’avance cumulée depuis Ouessant soit sur le méridien tasman de 3 jours, 2 heures, 14 minutes et 34 secondes, en 20 jours, 7 heures, 11 minutes et 33 secondes. Le 8 décembre, Fred Le Peutrec, actuel détenteur du Trophée Jules Verne avec Groupama 3, soulignait le bond en avant : “ Quand on fait l'effort de contraction de la distance et du temps, c'est fabuleux ! Aujourd'hui, on parle de Leeuwin et en 2010, avec Groupama 3, à ce stade du record, nous étions en sortie de Bonne Espérance. ” Mais le pain blanc de l’excellente fenêtre météo du départ semble désormais bel et bien mangé... au moins pour ce qui concerne le frais ! Après le thalweg déjà évoqué, c’est du mauvais temps par le travers qui s’annonce pour mercredi, juste sur l’antiméridien et la mi-course passée.

Loïck le confirme ce lundi 12 : “ On sait qu'on va rencontrer des conditions difficiles dans 48 heures, juste après la Nouvelle-Zélande, en bordure d'un anticyclone. On va avoir des vents de Nord très forts. On va être plein vent de travers avec 40 nœuds vraisemblablement. Il va nous être impossible de les éviter et ça ne va pas être très confortable parce que c'est l'allure où on ne peut pas ralentir, ou très difficilement. J'ai l'impression que ça va peut-être se terminer sous mât seul ou peut-être la grand-voile à trois ris, au minimum. ”

Une puissante dorsale qui s’étendra jusque vers 53° S ralentira aussitôt après Banque populaire, tandis que les glaces feront leur retour. Cela obligera l’équipage à remonter de la latitude du cap Horn (56° S) sur laquelle il attaque ce Pacifique. Cela risque de coïncider avec une dépression très musclée dont il faudra éviter le secteur dangereux. Dans celui-ci, il y aura plus de 47 noeuds de vent moyen et 8 mètres de mer totale, ces valeurs moyennes du modèle numérique de prévision étant largement sous-estimées...

À ce propos, soulignons que le routage n’est plus un téléguidage à terre (même si le moyen et le long terme y est étudié sous toutes les coutures par Marcel Van Triest) alors que tous les outils disponibles à bord en temps réel et l’observation in situ font que c’est bien sur le bateau que la décision finale est toujours prise ! Cela va être d’autant plus vrai jusqu’au cap Horn où une autre dépression attendra Banque populaire en fin de semaine. Avec le risque de devoir emprunter un étroit passage entre elle et la côte au vent de la pointe de l’Amérique du Sud. Un sale coin où nombre de Trophées Jules Verne et autres records, sans oublier le Vendée Globe, ont vécu de sales heures. Un Pacifique pas très sympathique.

 

 

Fred Le Peutrec : l’homme référent.Actuel détenteur du Trophée Jules Verne avec Groupama 3, Fred Le Peutrec est le mieux placé pour comparer les conditions rencontrées il y a deux ans avec Franck Cammas et celles d’aujourd’hui avec Loïck Peyron.Photo @ Bpce

 

L’équipage de Banque populaire V

 

Loïck Peyron, skipper, hors quart.

Juan Vila, navigateur, hors quart, responsable électronique/informatique.
 

Quart n°1
Jean-Baptiste Le Vaillant, chef de quart, responsable voiles.

Kévin Escoffier, barreur/régleur, responsable vidéo et structure.

Xavier Revil, barreur/régleur, responsable avitaillement et vie à bord.

Florent Chastel, numéro 1, responsable médical et gréement courant/dormant.

 

Quart n°2

Frédéric Le Peutrec, chef de quart.

Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur, responsable médical et composite.

Thierry Duprey du Vorsent, barreur/régleur, responsable mécanique et énergie.

Ronan Lucas, numéro 1, responsable sécurité (il est aussi le directeur du Team Banque Populaire).

 

Quart n°3

Yvan Ravussin, chef de quart, responsable composite.

Brian Thompson, barreur/régleur.

Pierre-Yves Moreau, régleur, responsable mécanique et hydraulique

Thierry Chabagny, numéro 1, barreur/régleur, responsable accastillage et voiles.

 

Marcel van Triest, routeur à terre.

 

www.voile.banquepopulaire.fr