Actualité à la Hune

Trophée Jules Verne 2011-2012

En Atlantique, en avant la zizique !

  • Publié le : 27/12/2011 - 00:01

Le Horn largement arrondi.Remontés de 62° Sud pour empanner une dernière fois dans le Pacifique, avant d’aller empanner loin en Atlantique, les quatorze hommes de Banque populaire n’auront pas vu le cap Horn. Pour la moitié de l’équipage qui ne l’avait pas encore passé, restent l’imagination et le sourire, à l’instar de Manu Le Borgne.Photo @ Bpce

 

 

Le passage du cap Horn, le 23 décembre, a marqué le retour en Atlantique de Loïck Peyron et de ses treize équipiers du Trophée Jules Verne sur Banque populaire V. Adieu le Grand Sud, trop pacifique malgré ses glaces en champ de mines, voici de nouveau le mode attaque. En avant la zizique !

 

 

Temps de référence à battre : 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes (soit 18,76 noeuds sur les 21 760 milles de la route théorique), record établi du 31 janvier au 20 mars 2010 par Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3.

Pour battre le record ci-dessus, il faut franchir la ligne Ouessant/cap Lizard avant lundi 9 janvier 2012 à 17h15’34” (heure française UTC+1), le départ ayant eu lieu le mardi 22 novembre 2011 à 09h31’42” (heure française UTC+1).

Avec toutes les précautions d’usage quant aux calculs d’avance et de retard en cours de tentative, l’avance sur le record est le lundi 26 décembre 2011 à 19h00 (heure française), au 34ème jour de la tentative, de 940,5 milles (cette avance a baissé puis a remonté au cours de la semaine écoulée, plus nettement depuis l’entrée en Atlantique ; mais elle n'est plus qu'en progression très lente depuis l’entrée dans la longue transition due à une cellule anticyclonique de Sainte-Hélène).

 

 

Ils croient encore au Père Noël !Les hommes de Banque populaire croient plus que jamais au Père Noël, tandis que tous les voyants semblent au vert pour accélérer franchement dans la journée du mercredi 28 décembre.Photo @ Bpce

 

Leur trace de l’aller a été recoupée ce lundi 26 décembre 2011, et ils croisent ce mardi, loin au large, le Polonais Roman Paszke qui descend en solitaire vers le cap Horn dans sa grande première de tour du monde d’Est en Ouest, en multicoque contre les vents et les courants dominants. Car Loïck Peyron et les treize hommes de Banque populaire V sont en Atlantique depuis vendredi.

Le cap Horn a été doublé le 23 décembre à 7 heures, 50 minutes et 30 secondes (heure française), en 30 jours, 22 heures, 18 minutes et 48 secondes depuis le départ d’Ouessant, avec 1 jour, 6 heures et 16 minutes d’avance sur Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3. Ces derniers l’avaient franchi le 4 mars 2010, en 32 jours, 4 heures et 34 minutes, soit 8 heures et 55 minutes de mieux qu’Orange 2 en 2005 (parmi les équipiers à l’époque, Florent Chastel, qui était déjà avec Bruno en 2002, et qui est l’un des trois numéros Un de Banque populaire, également voltigeur dans son gréement).

C’est d’ailleurs Bruno Peyron qui conserve le record du Pacifique, du Sud-Est de la Tasmanie au cap Horn, en 8 jours, 18 heures et 8 minutes, record que Cammas avait manqué pour seulement 59 minutes. Mais Loïck, le frère cadet, en reste à près de 45 heures... (1 jour 20 heures 59 minutes et 15 secondes) en 10 jours, 15 heures, 7 minutes et 15 secondes ! La faute aux glaces et au petit temps qui auront marqué cette édition 2011 du Trophée Jules Verne sur le Grand océan. Au point que la dorsale s’est finalement déplacée avec Banque populaire pendant plusieurs jours, ne laissant enfin filer le trimaran qu’à vingt-quatre heures du Horn. Juan Vila (navigateur hors quart) et Marcel Van Triest (routeur à terre) ont eu beau se creuser les méninges, ce mouvement les aura pris jusqu’au bout !

L’avance sur le tableau de marche de Groupama 3 a ainsi chuté à 550 milles le 22 décembre. Enfin débarrassés des glaces, ils plongent alors jusqu’à 62° S pour trouver un peu plus de pression. Tout en avançant les poids à bord afin de décoller un peu les flotteurs dans le petit temps et en démontant l’éolienne pour limiter la traînée... tant le Pacifique reste pacifique ! Xavier Revil raconte : “ Nous sommes à 24 heures du Horn, par 60° Sud. Cette nuit nous sommes allés empanner à 62° Sud. On a retouché du vent depuis deux heures, on se sort de notre situation problématique avec la dorsale. Nous sommes bâbord amures et nous allons empanner d'ici sept heures pour nous diriger vers l'Est et le cap Horn. Le vent est établi et ne va faire que se renforcer pour arriver autour de 35 nœuds au cap Horn. S'il y a trop de mer, on évitera d'aller trop près. 

 

 

L’empannage entre Malouines et Géorgie.La trace de Banque populaire est descendue jusqu’à 62° Sud avant le cap Horn, doublé loin au large - suivant une jolie courbe accompagnant la dépression ayant propulsé le trimaran en Atlantique Sud -, pour un empannage entre les Malouines (à l’Ouest) et la Géorgie du Sud (à l’Est). La remontée a commencé un peu plus laborieusement que prévu.Photo @ Bpce

 

 

Effectivement, la force du vent et l’état de la mer ne permettent pas de s’approcher. Le cap Dur sera passé loin au large. Sous un froid mordant, dû au vent de Sud-Ouest en provenance de l’Antarctique. Et tant pis pour la moitié de l’équipage qui le franchit pour la première fois. Loïck Peyron : “ Il n'a pas été possible de passer plus proche du cap Horn, les conditions de mer qui sont déjà pas mal formées là où on se trouve, sont encore plus fortes du côté du caillou. Mais les jeunes impétrants du bord sont tous cap-horniers et ils sont ravis ! Les conditions nous permettent d'attaquer un petit peu, plus que ce qui était possible il y a une semaine ou dix jours, parce qu'aujourd'hui nous n'avons plus qu'une journée d'avance. ”

Dans les faits, la dépression les propulse suivant une jolie courbe, jusqu’à mi-distance entre les Malouines et la Géorgie du Sud, avant de mettre le cap plein Nord. Puis, le début de remontée s’avère conforme à ce qu’annonçait Marcel Van Triest le 23 décembre : “ Demain matin [samedi 24], ils vont empanner et remonter plein Nord. Ce sera la journée des grands changements. Pour l'instant, ils devraient être très rapides jusqu'au large de l'Uruguay. Ensuite, il y a aura une transition au large du Brésil. Ils devraient arriver à l’équateur entre sept et huit jours, ce qui est un temps très correct. Au final, il n'est pas impossible de s'approcher des 45 jours... 

Samedi 24 à midi, Florent Chastel confirme l’empannage : “ On vient d'avoir un cadeau de Noël au début de notre quart de stand-by. Nous avons empanné plein Nord, direction la maison. Ca y est, on rentre ! C'est reparti, ça accélère bien. On file à 30/35 nœuds. Petit à petit, la mer va s'arranger, il va faire beau et un peu plus chaud. On s'apprête à profiter de ces instants. On a lâché les chevaux et si ça peut continuer comme ça, ce sera bon pour tout. On est encore Sud, il fait encore bien frais. L'empannage s'est fait sous un grain, avec du grésil de neige qui s'abattait sur le bateau. Dans deux/trois jours, on va commencer à alléger les tenues et peut-être même penser à prendre une douche. On a toujours notre gris traditionnel, mais on commence à s'habituer. On attend avec impatience le vrai premier rayon de soleil. ”

“ Dans les prochaines heures, le vent va vite faiblir. Il va y avoir une petite transition, on va renvoyer de la toile et rapidement passer sous gennaker et grand voile un ris, voire haute. On a retrouvé les soubresauts du bateau. On va goûter une espèce de repos moral. On retrouve des eaux civilisées et on n'est plus tout seul dans notre coin. Il ne va pas y avoir de relâchement total pour autant ! On va veiller à naviguer proprement, être dans le bon tempo pour renvoyer la toile. On sait qu'il faudra bien surveiller ça et dès que ça mollira un peu, on renverra pour garder le rythme. ” 

 

 

Dur, le quart de milieu de nuit !Dans le froid mordant venu de l’Antarctique, Jean-Baptiste Le Vaillant est à l’écoute, portant des gants complets comme le barreur. Après plus d’un mois de mer, la fatigue se lit sur son visage. Dur, le quart de milieu de nuit !Photo @ Bpce

 

 

En réalité, la transition s’est pointée un peu plus tôt et pas tout à fait comme prévu... Loïck - qui était très enthousiaste l’avant-veille (“ Ça risque d'être la remontée à l'équateur la plus rapide que j'ai jamais faite. A priori ce sera dans des temps meilleurs que celui de Franck Cammas et son équipage, et que le record absolu détenu par Bruno, mon grand frère. ”) -, raconte le dimanche 25 : “ On a eu une nuit de Noël un peu agitée, pas beaucoup de cadeaux mais des soucis de manœuvres, on est là pour cela aussi, et un vent pas comme il fallait. C'est comme si la cheminée était bouchée et qu'il fallait la ramoner ! Mais bon on avance dans la bonne direction. Les zigzags sur la cartographie expriment les deux empannages, le second pas forcément utile car le vent n'en fait qu'à sa tête - et il a bien raison d'ailleurs. Le vent va de plus en plus mollir, on va rentrer dans un petit bout d'anticyclone, celui de Sainte-Hélène, divisé en deux parties et dans lesquelles il va falloir se faufiler. ”

Les contrastes sont, eux, bien au rendez-vous : “ Ce qui est agréable c'est la température. C'est incroyable, il y a à peine 24h l'eau était à 5 °C et là elle est à 15 °C ! Ce sont presque des températures estivales. C'est fou la vitesse à laquelle les saisons changent, c'est impressionnant nous voilà revenus au printemps ! Nous sommes encore dans les Quarantièmes rugissants mais ils ont perdu beaucoup de voix et d'ici quelques heures, on va les sentir bien muets. Nous allons profiter de ce futur vent mollissant pour faire un check du bateau, voir si tout va bien. Florent va faire une petite grimpette dans le mât, une vérification hebdomadaire maintenant, et Pierre-Yves Moreau et Manu Le Borgne vont aller voir dans les flotteurs si tout va bien. Les flotteurs sont équipés de systèmes d'alarme dans chaque compartiment qui nous permettent un contrôle à distance. A priori tout va bien, mais il faut quand même vérifier. ”

Ce lundi 26 décembre, les vitesses affichées sont bien modestes pour le plus grand trimaran du monde. Jean-Baptiste Le Vaillant décrit l’activité de la ruche du bord : “ Nous avons du petit temps pendant les 36 prochaines heures. Nous avançons à 15 nœuds pour le moment, à 120° du vent, sous gennaker. Le ménage est lancé sous la houlette de Xavier Revil et tout le monde s'y met. Ça va nous permettre de ranger, de sécher et de prendre des petites douches ! La température de l'eau est passée de 4 à 18 °C, on peut donc enfin commencer les douches à l'eau de mer et le petit rinçage à l'eau douce. Ca fait du bien, parce que ça fait une vingtaine de jours qu'on n'a pas pu être torse nu sur le pont. C'est la première journée où on peut tout ouvrir, faire sécher l'intérieur. On arrive à se déplacer à peu près partout sur le bateau tranquillement. On vérifie les voiles, on traque les points d'usure. ”

Car derrière, à partir de mercredi, les alizés sont établis de part et d’autre de l’équateur météorologique, la mer pas dure, le Pot-au-Noir au régime maigre peu actif, l’anticyclone des Açores pas trop difficile à contourner pour aller chercher l’autoroute des perturbations d’Ouest... Bref, tout semble favorable pour une remontée express de l’Atlantique. Dixit les hommes de la cellule stratégique que l’on n'avait pas vus aussi optimistes depuis la descente de ce même océan. En avant la zizique !

 

 

Dans l’alizé bien établi, dès mercredi.Ce mercredi 28 décembre à 12h00 UTC (modèle GFS du 26 à 00h00 UTC), l’alizé est établi avec un angle intéressant au Nord de 20° S et à l’Est de 30° W, encore plus Est à l’Est de 25° W.Photo @ Maxsea

 

 

L’équipage de Banque populaire V

 

Loïck Peyron, skipper, hors quart.

Juan Vila, navigateur, hors quart, responsable électronique/informatique.
 

Quart n°1
Jean-Baptiste Le Vaillant, chef de quart, responsable voiles.

Kévin Escoffier, barreur/régleur, responsable vidéo et structure.

Xavier Revil, barreur/régleur, responsable avitaillement et vie à bord.

Florent Chastel, numéro 1, responsable médical et gréement courant/dormant.

 

Quart n°2

Frédéric Le Peutrec, chef de quart.

Emmanuel Le Borgne, barreur/régleur, responsable médical et composite.

Thierry Duprey du Vorsent, barreur/régleur, responsable mécanique et énergie.

Ronan Lucas, numéro 1, responsable sécurité (il est aussi le directeur du Team Banque Populaire).

 

Quart n°3

Yvan Ravussin, chef de quart, responsable composite.

Brian Thompson, barreur/régleur.

Pierre-Yves Moreau, régleur, responsable mécanique et hydraulique

Thierry Chabagny, numéro 1, barreur/régleur, responsable accastillage et voiles.

 

Marcel van Triest, routeur à terre.

 

www.voile.banquepopulaire.fr