Actualité à la Hune

Trophée Jules Verne

Groupama 3 part cet après-midi à la poursuite du record d’Orange 2

Folle semaine pour Groupama et Franck Cammas. Mardi soir, ils annonçaient leur participation à la prochaine Volvo Ocean Race sur un VO 70 signé Kouyoumdjian (voir notre ). Et mercredi, ils indiquaient qu'ils s'élanceraient jeudi vers 17 heures à la conquête du Trophée Jules Verne. Objectif du maxi-tri Groupama 3 : les 50 jours établis par Orange 2 et Bruno Peyron en 2005. Soit 17,89 noeuds de moyenne autour du monde. Vas-y Francky, c'est bon !

  • Publié le : 04/11/2009 - 11:41

Groupama 3 : optimisé et fiabiliséDepuis son chavirage en 2008, lors de son premier Trophée Jules Verne, Groupama 3 a été fiabilisé. Et s"il a été battu par Banque Populaire cet été sur l"Atlantique, il entend bien prendre sa revanche autour du monde ! (Cliquez sur cette image, comme sur les suivantes, pour l"agrandir).Photo @ Y.Z Yvan Zedda Sea & Co

Franck Cammas : le globe pour terrain de jeu Franck Cammas, objectif monde ! Trophée Jules Verne, Volvo Ocean Race : à 37 ans, le skipper aixois a la planète pour terrain de jeu, en mono comme en multicoque. Photo © Yvan Zedda (Sea & Co) Il n'y a pas beaucoup de skippers qui peuvent se targuer d'un tel programme : de 2009 à 2015, Trophée Jules Verne, Route du Rhum et deux Volvo Ocean Race à suivre - excusez du peu !

Franck Cammas (37 ans) et Groupama, cela fait douze saisons que ça dure. Mais leur mariage - amour et raison - a incontestablement pris un tour nouveau cette semaine. Symboliquement, on peut même avancer qu'avec cette deuxième tentative du Trophée Jules Verne, il a pris un nouveau départ...

Depuis la casse de son flotteur bâbord suivi d'un chavirage près de la Nouvelle-Zélande, lors de son premier Jules Verne, en 2008, le maxi-trimaran Groupama 3 (plan VP-LP de 31,50 mètres) a été revu et ses flotteurs, notablement renforcés. Fort d'un palmarès impressionnant, mais dominé cet été par le géant Banque Populaire V (plan VP-LP de 40 mètres), qui lui a ravi deux titres prestigieux (l'Atlantique en 3 jours et 15 heures, et le record sur 24 heures avec 908 milles), Groupama entend bien apporter la preuve que si la longueur est évidemment un atout pour aller vite, loin et longtemps, elle ne suffit pas. L'expérience, la stratégie, les hommes, la notion d'équipage - voire d'équipe - sont autant de facteurs de performance - et de performance dans la durée.

L'équipage, justement, va marier de grands anciens du bateau vert et des p'tits nouveaux qui ne sont pas des bleus ! <Par rapport à notre précédente tentative, explique Franck Cammas, quatre équipiers nous ont rejoints : Stan Honey remplace Yves Parlier à la navigation, Bruno Jeanjean remplace Yann Dekker, qui est à bord d'Alinghi, tout comme Franck Proffit qui est remplacé par Lionel Lemonchois et Sébastien Audigane par Thomas Coville. C'est un équipage de rêve ! D'autant que les six autres sont sur Groupama 3 depuis sa mise à l'eau en 2006 : Stève Ravussin, Fred Le Peutrec, Loïc Le Mignon, Ronan Le Goff et Jacques Caraës.> Une vraie <dream team> !

Ce que confirme sans détour Cammas : <J'ai constitué mon équipage en privilégiant la compétence, bien sûr mais aussi la performance et la motivation. De ces trois qualités dépend la capacité à vivre ensemble pendant une cinquantaine de jours dans un espace réduit et dans un univers hostile. La réussite de notre tentative passe d'abord par là>.

A noter qu'ils ne seront donc <que> dix, sur le trimaran de 31,50 mètres, contre 14 sur le cata Orange 2 de 37 mètres voici quatre ans. Mais avec, en moyenne, deux tours du monde victorieux par équipier - exception faite de Cammas, Ravussin et Jeanjean -, l'équipage de Groupama 3 peut être qualifié d'expérimenté !

Un atout maître. Car le tour du monde de 22 000 milles par les trois caps, a fortiori en moins de 50 jours - soit 18 noeuds de moyenne !- reste un défi où la moindre erreur se paye cash et où la chance n'est pas absente - bille de bois, growler, cétacé...

Cammas se veut rassurant : <Par rapport à notre première tentative autour du monde, nous avons beaucoup progressé. En renforçant Groupama 3 et en parcourant beaucoup de milles. Nous sommes prêts...>

Dix pour un record Les dix hommes de Groupama, de gauche à droite et de haut en bas : Bruno Jeanjean, Thomas Coville, Fred Le Peutrec, Loïc Le Mignon, Stan Honey, Lionel Lemonchois, Jacques Caraës, Stève Ravussin, Franck Cammas, Ronan Le Goff. Photo © Yvan Zedda (Sea & Co) Officiellement, le stand-by avait commencé le 1er novembre. Il est donc remarquable de voir le trimaran vert et orange s'élancer quatre jours plus tard pour son tour du monde ! D'autant que la fenêtre météo (voir ci-dessous l'interview de Jean-Yves Bernot) ne ressemble pas tout à fait à l'idéal communément admis : <Pour s'élancer dans de bonnes conditions, rappelait récemment encore Sylvain Mondon de Météo-France, il faut classiquement un vent de Nord-Est de 20-25 noeuds qui nous permette d'atteindre l'équateur en cinq à six jours...>

Or là... <Le vent et la mer vont être forts au large de Brest avec 30 noeuds de vent et cinq mètres de creux. Ça peut bouger au début mais, à partir du cap Finisterre, le vent adonnera. Ensuite, la transition avec les alizés est favorable>, a indiqué par mail le skipper de Groupama 3 à ses neuf équipiers.

<En choisissant de s'élancer jeudi juste après le passage d'une zone de traîne active - nombreux grains avec fortes rafales -, dans une mer encore très formée, Franck et ses hommes n'ont pas choisi la facilité, confirme d'ailleurs Sylvain Mondon. Car les forts vents de Nord-Ouest qui soufflent jusqu'à jeudi matin sur le golfe de Gascogne lèvent une mer grosse (creux supérieurs à 6 mètres).>

Question : pourquoi donc s'élancer à ce moment-là ? <Parce que les conditions attendues par la suite sont beaucoup plus favorables, affirme Mondon. Les alizés de Nord-Est seront notamment établis et réguliers jusqu'aux îles du Cap Vert.> Et ensuite ? <Pour ce qui est de l'Atlantique Sud, il est encore trop tôt pour avoir une idée précise de ce qui attend Groupama 3. Cela dit, les conditions de grande échelle semblent favorables avec des alizés de Sud-Est établis au Sud de l'équateur et un anticyclone de Sainte-Hélène attendu un peu plus proche de l'Afrique que de l'Amérique du Sud>.

En tout cas, cette rapide ouverture météo n'est pas pour déplaire à aux dix hommes de trimaran vert. Voici trois semaines, Franck Cammas prophétisait : <Les périodes de stand-by sont délicates à vivre. Alors, si une bonne fenêtre se présente rapidement, nous serons tous très heureux de nous élancer dans cette aventure pour battre le record établi par Orange 2 et Bruno Peyron voici quatre ans>.

Au fait. Quand Peyron a battu le record de Kersauson en un peu plus de 50 jours, ils étaient 14 équipiers à bord, dont... Lionel Lemonchois, Ronan Le Goff et Jacques Caraës. Des (multi)récidivistes qui seront sûrement précieux dans une telle course-poursuite.

Une vraie «dream team» Quel que soit le quart de repos, il sait que, sur le pont ou en stand-by, il n'y a que des pros aguerris, des spécialistes du maxi-multicoque, des hommes d'expérience, des transats et des tours du monde par dizaines - un vraie . De quoi dormir tranquille... Photo © Yvan Zedda (Sea & Co) ...........
L'équipage et l'organisation à bord de Groupama 3

. Quart n° 1 : Franck Cammas / Loïc Le Mignon / Jacques Caraës.
. Quart n° 2 : Stève Ravussin / Thomas Coville / Bruno Jeanjean.
. Quart n° 3 : Fred Le Peutrec / Lionel Lemonchois / Ronan Le Goff.
. Navigateur hors quart : Stan Honey (mais il monte sur le pont pendant les manoeuvres).
. Notez que, contrairement à l'organisation d'Orange 2, où Bruno Peyron était hors-quart, Franck Cammas tient la même place que les autres.
. Chaque quart dure trois heures.
. Il y a toujours un quart sur le pont, un quart en stand-by prêt à manoeuvrer et un quart de repos total.
. Pour battre le temps d'Orange 2, s'il part effectivement jeudi 5 novembre vers 17 heures, Groupama 3 devra revenir passer la ligne près d'Ouessant avant le 26 décembre au matin.

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Groupama 3 en quelques chiffres

Longueur : 31,50 mètres. Largeur : 22,50 mètres. Tirant d'eau : 5,70 mètres. Tirant d'air : 41 mètres. Longueur de la bôme : 12 mètres. Poids (conditions Trophée Jules Verne) : 18 tonnes.
Voilure au près : 557 mètres carrés. Au portant : 828 mètres carrés. Grand-voile : 356 m2. Solent : 201 m2. Gennaker : 472 m2.
Architectes : Van Peteghem/Lauriot-Prévost. Mise à l'eau : juin 2006.

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Jean-Yves Bernot : <Effectivement, c'est assez tentant !>

On ne présente plus jean-Yves Bernot, routeur-météorologue-navigateur, surnommé <le Sorcier> - tout un programme. Il explique ici ce qu'est une fenêtre météo idéale pour entamer un Jules Verne. Propos recueillis par Manon Borsi.

<A cette saison, et au mois de novembre en particulier, quand on peut quitter l'Europe avec des vents portants, faut pas rater l'occasion - elles ne sont pas si nombreuses ! En fait, à la base, on essaye d'optimiser ce qu'on peut, c'est à dire le trajet entre l'Europe et l'équateur. Avec un peu de flair et d'habitude, on arrive à voir ce qui peut se passer vis à vis de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Après... on prend ce qu'on nous donne. La météo ne voit pas si loin.
Là, la situation est assez tentante. Car s'il faut partir avec du portant (Nord ou Nord-Est dans l'idéal), il faut absolument éviter de partir avec une bande de vent portant trop étroite le long de côtes africaines, car cela oblige à des empannages nombreux qui rallongent inutilement la route.
Jusqu'au Cap Vert, on voit clair, en tout cas. Reste ensuite le pot au noir - là, c'est toujours un peu la loterie, il faut reconnaître. Puis le redoutable et redouté anticyclone de Sainte-Hélène. S'il barre tout l'Atlantique, c'est râpé ; s'il est plus Est, c'est OK. Mais ça, c'est vraiment difficile à prévoir dix jours à l'avance.
Vient ensuite l'autoroute du Sud, les forts vents d'Ouest. Mais, là aussi, il faut voir sa position : très Sud, vers 40 degrés de latitude, ce qui oblige à plonger loin, à rallonger la route et à aller chatouiller les glaces d'entrée de jeu, ou un peu plus haut, accessible en coupant un peu le fromage vers l'Est ? A ce niveau-là, aucune prévision ne fonctionne au moment du départ, et, une fois sur place, le facteur chance n'est pas absent...>


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Notez enfin que le maxi-tri Banque Populaire V de Pascal Bidegorry, lui aussi à l'orée d'un Trophée Jules Verne, ne sera en stand-by officiel qu'à partir du 15 novembre à Lorient.