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36e Copa del Rey

Una Copa gigantesca*

Cette semaine Palma de Majorque reçoit la 36e Copa del Rey, le grand rendez-vous de la voile habitable espagnole. Un véritable événement en Espagne, très suivi par les médias autant pour son haut niveau sportif que la présence de son Roi, Philippe VI à la barre d’Aifos. Avec 138 bateaux engagés représentant 24 pays, cette édition 2017 est celle des records. Bizarrement les Français y sont peu nombreux. Reportage.
  • Publié le : 03/08/2017 - 00:05

Philippe VINon vous ne rêvez pas ! Le Roi d'Espagne, Philippe VI, à la barre de son bateau Aifos battant pavillon... français ! Photo @ Nico Martinez/MAPFRE Copa del Rey

«Que voulez-vous de plus ? Un cadre magnifique, des belles régates, du très haut niveau, une ambiance formidable ! C’est un bon moyen de passer ses vacances que de venir régater ici.» Alors que le vent se fait attendre sur la ligne de départ, l’équipage de l’A40 Team Chalets du Soleil, venu de La Seyne-sur-Mer, profite. Dans quelques minutes il régatera dans le cadre de la 36e Copa del Rey, organisée chaque année à Palma de Majorque.
La Copa del Rey c’est le grand rendez-vous annuel de la voile espagnole et cette 36e édition le démontre une fois de plus avec 138 bateaux engagés battant pavillon de 24 pays différents. Le record de 2015 (136 engagés ; 23 nationalités) est dépassé mais les organisateurs ne peuvent aller au-delà, la capacité du port les en empêchant. Du coup, ils sont obligés de ménager une liste d’attente pour ceux voulant participer, éventuellement retenus en cas de désistement. On est loin de la première édition qui, en 1982, réunissait 50 bateaux.

Team Chalets du SoleilVenu de La Seyne-sur-Mer, l'équipage de Team Chalets du Soleil est l'un des onze français engagés dans cette 36e édition.Photo @ Maria Muina/MAPFRE Copa del Rey

La Copa del Rey c’est aussi un grand rendez-vous médiatique. En Espagne, la voile n’a évidemment pas l’importance qu’elle prend en France lors des événements majeurs de course au large, mais tous les grands médias nationaux, écrits comme audiovisuels, sont présents sur la grande île des Baléares. Au lendemain des premières manches, des quotidiens majeurs comme El Pais, El Mundo ou La Razon publiaient au minimum de une à trois pages entièrement consacrées à l’événement. Imagine-t-on Le Monde en faire autant pour le Spi Ouest-France ou la Semaine de Marseille ? Mais il y a le coup de pouce royal...

J80 CopaAvec vingt unités, la flotte des J/80 est une des catégories les plus fournies.Photo @ Maria Muina/MAPFRE Copa del Rey

Car la Copa del Rey c’est aussi un grand rendez-vous people. Comme son père Juan Carlos, le roi Philippe VI est un mordu de voile. Et il barre lui-même Aifos, le Corel 45 de la Marine nationale espagnole, suivi comme son ombre par un semi-rigide kaki de l’armée. Et le Roi barre bien ! Aifos est en effet premier au terme des cinq manches disputées jusque-là en ORC1, classe la plus fournie avec 35 unités. Ajoutez à cela la présence de Pierre Casiraghi, neveu du Prince Albert de Monaco, sur son GC 32 Malizia et vous avez de quoi satisfaire les paparazzi et les gazettes populaires ou non.
A la Copa del Rey on y fait aussi des affaires. Avec 24 bateaux engagés, les Swan sont omniprésents et les réunions s'enchaînent entre les responsables du chantier Nautor, les propriétaires et l'architecte Juan Kouyoumdjian, créateur du ClubSwan 50 (il régate d'ailleurs à bord de l'un d'eux, Cuordileone).
Sportivement, la flotte est répartie en dix classes des plus grands (les Maxi 72 avec quatre unités aux plus petits que sont les vingt J/80 présents) avec des classements en temps réel pour les Club Swan 50, Swan 45, Swan 42, GC32 et J/80 et compensés en IRC1 (qui abrite neuf TP52), ORC1, 2 et 3 et Maxi 72.

GC32 PalmaPour la deuxième année de suite, les GC32 participent à la Copa del Rey en baie de Palma dont on apprécie la splendide cathédrale en toile de fond.Photo @ Nico Martinez/MAPFRE Copa del Rey

La Copa del Rey c’est aussi une régate où il fait bon vivre. Les départs sont donnés à partir de 13 heures et les équipages enchaînent, lors de chacun des six jours de régate, deux parcours banane, trois éventuellement lorsque le besoin s’en fait sentir. Et à 18 heures au plus tard, tout le monde est au port pour profiter des magnifiques installations du club organisateur, le Real Club Nautico de Palma, avec piscine, terrasse, restaurants, bars… qui propose aussi chaque soir ou presque de grandes soirées aux équipages ! On est loin, très loin du puritanisme britannique de la légendaire Semaine de Cowes qui se déroule actuellement même si celle-ci se déride depuis quelques années.

Passage de bouéePassage de bouée au vent musclée en ORC1, catégorie qui dénombre 35 bateaux.Photo @ Maria Muina/MAPFRE Copa del Rey

Sur l’eau, les régates espagnoles, parfaitement mises en place par d’impeccables comités de course se révèlent d’une belle intensité et d’un très haut niveau technique et sportif. Alors en plus lorsque quelques dauphins viennent jouer au milieu des étraves des Maxi 72 sur la ligne de départ, on comprend que les équipiers de Team Chalets du Soleil viennent y passer leurs vacances ! Mais on se demande du coup pourquoi il n’y a pas plus que onze bateaux tricolores engagés dans la classique majorquine. Depuis 1982, deux seulement se sont imposés : Sarastro, Sun Fast 52 de Jean-Pierre Delmotte en IMS en 1992 puis le GC32 Norauto, barré par Adam Minoprio, l’an dernier, parmi ces catas volants.

D’ailleurs, mardi, il y avait un voilier battant pavillon français totalement inattendu. Mais chut, ne le dites à personne : Aifos, le royal bateau arborait le drapeau français dans son pataras… un équipier tête en l’air ou plaisantin ayant mal installé le pavillon de course de sa classe, normalement rouge, blanc, bleu et non l’inverse… Et voilà comment le Roi d’Espagne navigue pour la France lors de sa propre «Copa» !

Résultats complets ici.

*"Une coupe gigantesque", selon un gros titre de la presse locale.