Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race 2011-2012

Du Cap à Rodrigues : on refait le match (4)

  • Publié le : 22/12/2011 - 00:02

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VOLVO OCEAN RACE 2011-2012 - Le classement du jeudi 22 décembre à 10 heures.

1. Groupama, Franck cammas.
2. Puma, Ken Read, à 82,30 milles.
3. Telefonica, Iker Martinez, à 100,40 milles.
4. Camper, Chris Nicholson, à 131,20 milles.
5. Abu Dhabi, Ian Walker, à 235,40 milles.
-. Sanya, Mike Sanderson, course suspendue.
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VOR 2011-2012 : Positions au 22/12Ce matin, à quelques heures d"entrée dans la "zone secrète" sensée protéger les concurrents d"attaques de pirates, la trace de Groupama (en orange) confirmait l"efficacité de la stratégie de l"équipage français : en se décalant à l"Est après un début de course erratique pour l"ensemble de la flotte, il fait la cuillère et se retrouve devant. Photo @ D.R. Volvo Ocean Race
Drôle d’étape que ce parcours entre Le Cap et Abu Dhabi, normalement de 5 430 milles mais qui n’en fait finalement qu’un peu moins de 4 000 milles vers une île «secrète» de l’océan Indien Nord, puis d’une centaine de milles dans le golfe persique. Mais surtout, la Volvo Ocean Race semble avoir changé de visage en privilégiant les coups tactiques sur la régate au contact…

A l’issue de dix jours de course, la deuxième étape de la Volvo Ocean Race semble initier une véritable "révolution culturelle" au sein des six équipages. Car l’échappée (belle) par le Sud de Groupama et la tentative de Sanya par le Nord devrait inciter les navigateurs à prendre plus d’initiatives lors des sept parcours hauturiers à suivre ! De plus, les performances un cran en dessous de Camper et de Abu Dhabi lors de la remontée dans les alizés de l’océan Indien ne peuvent que motiver les skippers à changer leur fusil d’épaule : quand dans des conditions stables de vent et de mer, sur un bord de plus de trois jours et sur une trajectoire identique, le plan néo-zélandais de Marcelino Botin rend 30 milles en 80 heures (soit près de 0,4 nœud) et le dessin de Bruce Farr 60 milles (soit 0,75 nœud), il y a de quoi s’interroger sur la suite à donner quand ce type de conditions va se renouveler…

 

Des prévisions… imprévisibles
Tout commence donc par un prélude devant le port sud-africain où le voilier émirati marque des points après sa première étape avortée : Abu Dhabi prend un superbe départ et sort en tête de la baie du Cap quand le leader espagnol de la course après trois manches (deux in-port et une manche océanique) ramasse les bouées dès le coup de canon. Mais heureusement, cela n’entame en rien la suite de la course puisque le vent fort de Sud annoncé est aux abonnés absents ! Première "boulette" prévisionniste, puisque c’est un vaste calme qui bloque tout le monde devant le cap de Bonne-Espérance… Telefonica se voit même contraint de mouiller pour ne pas reculer dans une métastase du courant des Aiguilles. D’ailleurs ce phénomène océanique va prendre de l’importance dans les choix des bords à tirer jusqu’à Port-Elizabeth, le courant contraire pouvant tout de même atteindre deux nœuds, dans une direction Est-Ouest de plus.

Au petit bonheur la malchanceSi l"on ne savait Chris Nicholson dur à cuire, on pourrait le croire au bord des larmes alors qu"il s"efforce avec Stuart Bannartyne d"établir une stratégie pour le début de cette deuxième étape... Or, la météo n"est alors ni simple, ni fiable.Photo @ Hamish Hooper Camper ETNZ / Volvo Ocean RaceAprès 24 heures de course, Groupama est leader mais n’a parcouru que 120 milles et navigue devant le cap des Aiguilles, alors que les Espagnols concèdent déjà près de vingt milles. La configuration météorologique est inhabituelle puisqu’une multitude de minima dépressionnaires s’égrainent sur la pointe africaine et entre l’Atlantique et l’Indien : aucune ouverture par le Sud qui permettrait d’aller chercher une perturbation sur les Quarantièmes Rugissants pourtant à seulement 300 milles. Unique solution : longer les côtes sud-africaines pour se protéger du courant contraire et se rapprocher le plus possible de la route directe en attendant que la situation météorologique se décante. Et sur l’eau, les manœuvres s’enchaînent dans une brise de Sud qui tourne à l’Est avec des trous de vent et des effets de côtes…

 

Premières opportunités
48 heures après le départ, les six VO 70 n’ont parcouru que 350 milles et doivent composer avec un flux d’Est à l’Est, et un régime d’Ouest à l’Ouest ! Les équipages n’arrivent donc déjà pas à se projeter à plus de douze heures dans l’avenir car l’anticyclone de l’océan Indien gonfle à l’Est, un flux de Nord descend du canal du Mozambique et la dépression atlantique stagne au large du cap de Bonne-Espérance… Mais en arrivant sur Port-Elizabeth, le champ stratégique s’ouvre puisque la côte africaine remonte vers le Nord : il y a donc trois options possibles qui se dessinent. Continuer vers l’Est pour attraper les alizés, se décaler vers le Nord-Est en longeant les rives africaines ou plonger vers le Sud-Est dans l’espoir que la dépression pousse enfin l’anticyclone. Mais cette troisième voie n’est pas encore d’actualité car le Sud est plutôt mou.

Ce point névralgique est symptomatique des comportements des six équipages puisque le voilier français est le premier à décrocher au large pour traverser au plus court le courant des Aiguilles. Il est suivi quelques heures plus tard par les Néo-Zélandais et les Américains, alors que le bateau émirati s’échappe par le Nord-Est, bientôt suivi par les Espagnols qui n’ont pas réussi à combler leur retard d’une trentaine de milles depuis le cap Bonne-Espérance. A ce moment, on peut dire que les Français prennent l’initiative, que les Néo-Zélandais percutent sur le danger d’une échappée et prennent leur roue (comme lors de la première étape après le détroit de Gibraltar), que les Américains jouent la sécurité en suivant le bateau qui leur paraît le plus dangereux de la Volvo Ocean Race (Camper), que le voilier émirati qui replonge dans le sillage du trio n’ose pas aller au bout de son option africaine, tandis que les Espagnols ne se décalent qu’avec une vision à court terme pour revenir dans le match, ce qui se passe une journée plus tard…

 

La politique de l’écureuil
Après trois jours de mer, les Espagnols sont classés en tête en se positionnant les plus au Nord de la flotte alors que les Français sont derniers avec un décalage de 150 milles : à l’exception du voilier chinois légèrement en retrait, on trouve donc du Nord vers le Sud sur une même longitude, le leader au classement général, puis Abu Dhabi, Puma, Camper et Groupama. Et là, tout le monde bute sur un front qui se déplace lentement (à une douzaine de nœuds) vers l’Est : derrière ce front, le vent est médium fort d’Ouest quand devant le front, la brise est modérée de Nord-Est ! L’expérience du Trophée Jules Verne où Franck Cammas est resté bloqué derrière un front dans les mêmes parages a-t-elle joué pour qu’il prenne l’initiative de repiquer au Sud-Est par trois fois avant de trouver un passage sous ce front en déliquescence ? Pourquoi Abu Dhabi et Telefonica n’ont-ils pas prolongé leur bord vers Durban alors qu’un fort flux de Sud s’installait jusqu’au delà de la frontière avec le Mozambique ?

Probablement parce que les précédentes éditions de la Volvo Ocean Race se jouaient essentiellement au contact en privilégiant le potentiel du bateau et en limitant les risques stratégiques. Mais cette année, personne au départ d’Alicante ne connaissait réellement le niveau de performance de sa machine par rapport aux autres et aucun entraînement à deux bateaux n’était autorisé ! Ce n’est qu’au fil des milles que les équipages commencent à cerner les possibilités de leurs adversaires… Et au contact, chacun apprend plus qu’en solitaire.

Seulement voilà : au bout d’un certain temps, les polaires de vitesse des concurrents s’affinent : le plan Marcelino Botin (Camper) est clairement un peu plus à l’aise dans les petits airs et en particulier au près, alors que les dessins de Juan Kouyoumdjian (Puma, Telefonica, Groupama) sont les plus rapides au débridé dans le médium et la brise. Quant au "vieux" plan Bruce Farr (Sanya), il ne sauve la mise que dans les petits airs alors que le nouveau (Abu Dhabi) découvre qu’il n’a pas de bonus marqué et qu’il s’avère même moins puissant au vent de travers…

Le hold up de GroupamaS'il sort premier du Pot au Noir indien, Groupama se trouve en bonne place pour réaliser son premier hold up et remporter l"étape. La course prendrait alors une nouvelle saveur pour les Français et leur public.Photo @ Yann Riou Groupama / Volvo Ocean Race

Changer son fusil d’épaule
A posteriori, la voie du Nord était une excellente ouverture parce qu’il faudra plus de trois jours à la flotte pour en finir avec le front et toucher enfin les alizés de Nord-Est ! Dès Port-Elizabeth, il était possible de longer les côtes africaines derrière le front jusqu’à la latitude de Maputo, puis de traverser plein Est vers la pointe de Madagascar dans un flux modéré qui tournait au Sud pour finir au louvoyage dans du vent d’Est à l’approche de Port Dauphin. Il y aurait alors eu plus de 800 milles d’écart Nord-Sud et même si le près aurait été au programme pendant de longues journées, l’initiateur nordiste aurait été aux abords de La Réunion quand la flotte parvenait enfin à traverser le front ! Sanya tente le coup quatre jours trop tard quand une dépression tropicale vient balayer le Sud de Madagascar et qu’il prend la tête jusqu’à casser un hauban au large de Port-Dauphin…

En fait, le seul équipage qui prend des options marquées est celui de Franck Cammas : par trois fois, Groupama glisse au Sud-Est jusqu’à avoir 200 milles de différentiel en latitude et passer sous le front. Le coup n’est pas une totale réussite car à la sortie, le voilier français se retrouve très proche du centre des hautes pressions et le vent s’écroule pendant près de six heures. Heureusement pour lui, le décalage à l’Est de 150 milles qu’il acquiert va porter ses fruits lors des trois jours de débridé vers le Nord-Nord Est dans les alizés de l’océan Indien qui tournent progressivement à l’Est 18 nœuds.

 

Chevaux de bois
Après dix jours de course, le leader français atteint la latitude de Rodrigues avec plus de 80 milles d’avance sur le trio Puma-Telefonica-Camper. La messe semblait alors être dite à l’orée de la zone furtive établie au Nord de Madagascar, du moins jusqu’au Pot au Noir à 700 milles de l’étrave de Groupama. Car il n’y a pas de coups stratégiques en vue et la position plus à l’Est du voilier français lui permet de naviguer 10° à 20° plus abattu, donc plus rapide d’au moins deux nœuds... De plus, la Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) n’est pas aussi marquée dans l’océan Indien que dans l’Atlantique : la transition se fait normalement plus en douceur avec une rotation progressive des alizés de Sud-Est vers un régime d’Ouest sur une bande de 200 milles de large environ.

Anti-glamourContraint de s"arrêter à Madagascar pour réparer son D2, l"équipage n"abandonne pas la deuxième épreuve, mais se trouve dans de sales draps quand même : en ratant le cargo sensé transporter la flotte devant Abu Dhabi, il s"assure d"encaisser le max de points.Photo @ Andres Soriano Team Sanya / Volvo Ocean RaceEt le premier qui sort du Pot au Noir a quasiment course gagnée, car il y a peu de changements météorologiques à cette époque de l’année au Nord de l’équateur (à l’exception des côtes sri lankaises où des dépressions tropicales peuvent se former). Logiquement, Groupama va engranger plus de cent vingt milles d’avance à l’entrée de la ZCIT et devrait pouvoir les conserver jusqu’à l’arrivée. Seule la deuxième place est incertaine entre les Américains de Puma et les Espagnols de Telefonica, car Camper est de plus en plus décroché au vent de travers et ses capacités dans le petit temps ne semblent pas suffisantes pour raccrocher le wagon dans la molle équatoriale. Quant à Abu Dhabi, il n’a quasiment aucune chance de revenir au contact et le cas Sanya risque d’être extrêmement complexe : avec au minimum quatre jours de retard s’il arrive à repartir avant le week-end, il va se retrouver tout seul dans le port "secret" sans possibilité de se faire charger sur le cargo qui doit embarquer les VO 70 vers le golfe persique ! Et si le voilier chinois ne peut rallier Abu Dhabi, il perdra 20% des points de cette drôle de deuxième étape, ne marquera aucun point pour l’in-port émirati et perdra encore 20% du préliminaire de la troisième manche océanique…

Si les Espagnols sont quasiment assurés de conserver leur leadership au classement général, ils auront un voilier français beaucoup plus proche en points et un bateau néo-zélandais beaucoup plus loin… Quant à Puma, il n’aura pas grappillé grand-chose alors que pour Abu Dhabi et Sanya, la suite de ce tour du monde s’annonce très mal !

 

Evolution du classement de l’étape 2 de Bonne-Espérance à Rodrigues (jour 1 à 10)

VOR 11-12 : Evolution du classement sur l’étape 2Photo @ Volvo Ocean Race 2011-2012
Le classement donné toutes les trois heures permet de voir qu’il évolue rapidement le jour 2 quand les voiliers sont le long des côtes africaines, puis se stabilise quand Abu Dhabi prend la tête au Nord, puis quand Telefonica devient leader par son choix encore plus au Nord. De nouveau, le classement varie beaucoup les jours 5 et 6 quand toute la flotte bute sur le front au milieu de l’océan Indien. Jusqu’à ce que le voilier chinois parte tout seul au Nord, donc en se rapprochant plus du point de référence établi pour déterminer la hiérarchie. Hauban cassé, Sanya laisse alors le commandement à Groupama qui a fait le tour par le Sud et se retrouve au vent de la flotte avec un décalage de plus de cent milles dans l’Est…

 

Evolution des écarts au premier de l’étape 2 de Bonne-Espérance à Rodrigues (jour 1 à 10)

VOR 11-12 : Evolution des écarts au premier de l’étape 2Du succès d"une option à l"autre, les écarts au premier bouge beaucoup... Et tournent à l"avantage de Groupama alors que Sanya doit faire escale à Madagascar.Photo @ Volvo Ocean Race 2011-2012
En parallèle à l’évolution du classement, les écarts au premier collectés toutes les trois heures permettent d’observer que Groupama est toujours très en retard sur la flotte en raison du point de référence pris par la Volvo Ocean Race avec jusqu’à près de 150 milles les jours 3, 4 et 5 ! Au jour 6, l’option solitaire au Nord de Sanya plombe tout le reste de la flotte qui cumule jusqu’à 300 milles de retard… La hiérarchie change brutalement quand le voilier chinois casse son hauban, puis quand le bateau français tire les dividendes de son option Sud sous le front (jour 8). Force est de constater qu’une fois installé dans les alizés, Groupama creuse l’écart très régulièrement sur ses concurrents, mais plus fortement sur Camper et Abu Dhabi, moins performants que les plans Kouyoumdjian au vent de travers dans la brise modérée.

Nota Bene : la zone furtive définie par l’organisation de la Volvo Ocean Race rend l’analyse des données impossible pour la suite de cette deuxième étape. Rendez-vous est pris pour la troisième manche hauturière entre le port "secret" et la Chine fin janvier !

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Ttraduction de Victor Kramer.
Le titre, le chapô, les intertitres sont de la rédaction.

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  6. camper passant fernando de noronha 21/11/2011 - 00:02 Volvo Ocean Race 2011-2012 Du Cap-Vert à Sainte-Hélène : allez, on refait le match ! (2) Deux semaines après le départ, l’option de Groupama 4 a été très pénalisante, tandis que Camper n’a jamais réussi à revenir sur Telefonica et Puma, qui régatent au contact depuis Gibraltar ! Analyse.