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Grande croisière - Canaries : une escale de rêve

L'île Graciosa, si bien nommée

Si les Canaries ont la réputation d'espaces bétonnés dédiés au tourisme de masse, l'archipel abrite encore quelques lieux préservés. Graciosa, petite île quasi-désertique collée à sa soeur aînée Lanzarote, est un bout de Sahara dans l'Atlantique. Le temps ne s'y écoule pas comme ailleurs, son calme absolu en fait une escale de choix, et c'est - avec Lanzarote - l'atterrissage le plus logique pour les voiliers venus du Sud de la péninsule ibérique, Gibraltar ou le Maroc. L'équipage de Rapa Iti, en convoyage pour Ténérife, a découvert presque par hasard ce site magique.

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  • Publié le : 03/02/2011 - 05:35

Rose Canaries Il y a des soirs, comme cela... Coucher de soleil sur le petit port de la Sociedad et les maisons blanches de la Caleta del Sebo (cliquez sur les images pour les agrandir) Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Convoyer un voilier, c'est bouffer du mille sans se préoccuper des escales, faire de la route sans lambiner en chemin. Acheminer le bateau dans les meilleurs délais et sans abîmer le matériel, en naviguant rapidement, mais sûrement. Si une croisière réussie s'évalue pour une large part au confort de la navigation et à l'intérêt des lieux visités, le convoyage ignore royalement ces préoccupations hédonistes.

A rebours de toutes les tentations logiques du plaisancier, le convoyeur peut s'infliger des heures et des jours de progression heurtée face au vent, continuer de tailler la route malgré une météo exécrable, subir d'interminables séquences de navigation au moteur pour traverser les calmes.

Glisse au crépuscule A l'heure où Rapa Iti glisse sous spi asymétrique, quelque part entre Gibraltar et les Canaries, peu nous importe notre destination et ce que nous réserve la prochaine escale. La (magnifique) surprise est à venir. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Son plaisir, car il y en a forcément un, n'est pas de faire du tourisme, mais d'être en mer. Il ne conçoit la halte que comme une nécessité pratique et incontournable : ravitaillement en eau ou carburant, réparation d'une avarie, ou temporisation face à une tempête décidément trop musclée.

Il ne s'intéresse pas aux mouillages romantiques, jette plutôt son dévolu sur des ports bien abrités et convenablement équipés, tant pis s'ils sont totalement dépourvus de charme.

Mais, parfois, le convoyeur se surprend à son propre jeu, découvrant un coin si beau, si calme et si reposant, qu'il en oublie sa logique initiale, et coupe son élan sans même y prendre garde, se laissant emporter par l'esprit des lieux.

C'est ainsi que l'équipage de Rapa Iti a fini par se poser un petit moment à Graciosa, dans le Nord-Est de l'archipel des Canaries. Parti le 5 janvier d'Argelès-sur-Mer (Pyrénées Orientales) à destination des Antilles, notre monocoque de 13 mètres visait Ténérife à l'échéance maximale de deux semaines, la moitié d'entre nous devant reprendre le chemin de la France et du travail. Un crochet touristique par Madère avait été envisagé, mais après sept jours à tirer des bords pour sortir de Méditerranée, ce seraient les Canaries direct.

Une escale logique En venant de la péninsule ibérique, de Gibraltar ou du Maroc, l'atterrissage sur les Canaries par le Nord-Est s'avère le plus logique. Cela tombe bien, l'escale de Graciosa est somptueuse. Photo © Navionics/Macenc En arrivant de Gibraltar, et avec un peu de temps à tuer, l'atterrissage sur Lanzarote paraissait logique. Mais une rapide consultation du guide Imray, et les souvenirs de Bernard, venu bien des années plus tôt pour un surf-trip canarien, nous ont conduit à Graciosa.

Séparée de Lazarote par un canal d'à peine un demi-mille de large, cette petite île volcanique sans source d'eau douce est un bout de Sahara en plein océan Atlantique. Longue de quatre milles et demi, large d'à peine deux, elle ne comporte pas un bout de goudron hors les quais de son petit port. Les seuls véhicules à y circuler sont les Land Rover des locaux, dont certains trimballent les touristes venus de Lanzarote à la journée, par la vedette à passagers.

Un morceau de Sahara dans l'Atlantique L'image satellite de Graciosa (au centre). La côte Sud abrite la marina de la Sociedad (au plus étroit du canal entre Graciosa et Lanzarote) et plusieurs mouillages. Playa Francesca, le deuxième en partant de la gauche, serait le seul autorisé, et sous restriction. (Cliquez pour agrandir). Photo © Google Earth Nous avons préféré louer des VTT un peu déglingués, et dont la chaîne et de dérailleur n'ont jamais connu le lubrifiant, pour un tour de l'île par les pistes et sentiers.

Nous avons doublé des randonneurs, croisé des groupes de coureurs à pied transpirant sous le soleil de janvier (à quoi le climat peut-il ressembler en plein été ?), gravi des dunes d'un sable blanc si fin qu'il n'a pu être qu'amené d'Afrique par le sirocco, le vent de Sud-Est.

Nous avons posé sur une plage nos corps un peu las de ces longues journées de navigation et observé, en silence, la houle briser en longs rouleaux sur la côte nord de l'ile, puis nous avons repris nos vélos, en roulant sur les côtés pour éviter la < tôle ondulée > du milieu de la piste. Du sable et de la caillasse, de la caillasse et du sable, entourant quatre petits volcans d'altitude modeste (point culminant, 257 m). A peine quelques fleurs, des coquillages épars. Le paysage de Graciosa est aride, il n'y pousse pas un arbre, rien qu'une végétation rase et rêche. De petits enclos de cactus et de pierres sèches protègent quelques arpents de terre cultivée. Et pourtant, l'oeil ne s'en lasse pas. L'île exerce sur le voyageur la fascination des déserts.

Méditation Se poser, sur le sable blanc parsemé de minuscules coquillages, son corps un peu las des longues journées de navigation, et laisser l'esprit vagabonder. En face, l'ile d'Alegranza. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Le rivage de Graciosa est ourlé de plages où ne pousse pas un parasol. Son camping de bord de mer, sur la Bahia del Salado, est un rendez-vous de surfeurs et d'aficionados du kite, les pierres amassées sur les auvents des tentes en disent long sur les rafales qui peuvent dégringoler des sommets de Lanzarote, juste en face.

La côte Sud abrite plusieurs mouillages, dont, à un peu moins de deux nautiques dans l'Ouest du village et du port, celui de la Playa Francesca, signalé comme le mieux abrité. Mais le convoyeur ne se refait pas, il préfère s'amarrer au ponton, a fortiori lorsqu'il débarque de nuit sur une côte inconnue, et que trente noeuds à l'anémomètre lui font douter de la sérénité du mouillage le mieux réputé.

La marina de la Sociedad s'est par ailleurs avérée si coquette et si calme que nous n'avons pas regretté notre choix, passé l'accueil plus que rébarbatif des vigiles de nuit (lire l'encadré ci-dessous sur les conditions de séjour dans le port de Graciosa).

La marina de la Sociedad La marina de la Sociedad, implantée devant les maisons de la Caleta del Sebo, est bien abritée de tous les régimes de vent, et dotée de pontons solides et récents. Quant au décor ... Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr) Le village de la Caleta del Sebo (environ 600 habitants) est comme une oasis. Les maisons blanches à volets bleus ne dépassent pas un étage, c'est ici qu'il faudra venir vous réconcilier avec l'urbanisme canarien, si le bétonnage façon Ténérife vous rebute. Sur le quai, des bistrots sans prétention servent de délicieux poissons à la plancha, et un autre, en retrait dans les ruelles ensablées, offre à ses consommateurs la liaison internet sans fil.

Ce n'est pas si rare dans notre monde d 'aujourd'hui, mais ce qui est moins fréquent, c'est que la connexion reste disponible en terrasse aux heures de fermeture, c'est à dire pendant la sieste ou à n'importe quel autre moment de la journée : le planning d'ouverture de l'établissement semble assez imprévisible.

Les deux supérettes sont bien achalandées, la place de port est incroyablement bon marché (nous avons payé 10 euros/jour pour notre 43 pieds), les pontons sont en parfait état, on n'y branche pas son tuyau, mais comment pourrait-il en être autrement, sachant que Graciosa se fournit l'eau potable depuis l'île d'en face ?

La tranquillité du port est à peine troublée par les rares va-et-vient des bateaux de pêche, du petit ferry de Lanzarote, et de la poignée de vedettes d'exploration sous-marine. C'est un lieu où l'on pourrait sans y prendre garde lézarder une petite semaine. Le convoyeur a malheureusement un timing à tenir, et une date pour l'avion retour, et c'est ainsi que l'escale à Graciosa a prématurément pris fin, cap sur Ténérife et la marina San Miguel, plantée au pied de son complexe hotelier sans charme. Il faudra revenir...

Graciosa, belle... mais farouche !

Accoster à Graciosa se mérite. En nous présentant en début de nuit dans la marina de la Sociedad, nous avons été accueillis par des vigiles nous interdisant d'accoster, et nous renvoyant vers les mouillages dans l'Ouest du port. Nous avons passé outre, au prix de rudes palabres, et bien nous en a pris : dans les heures suivantes, le vent est monté de plusieurs crans, en virant au Sud-Est, nos défenses s'écrasaient sur le catway, et dehors, ceux qui étaient au mouillage ont passé une sale nuit.

Au matin, les formalités à la capitainerie se sont déroulées sans anicroches, mais nous avons essayé de comprendre. Le stationnement est semble-t-il libre pour 24 heures, une autorisation devant être demandée aux autorités portuaires centrales des Canaries pour de plus long séjours. La capitainerie de Graciosa fournit le formulaire, et se propose même de le faxer à Las Palmas. Dans ce cas, comment interpréter l'attitude intransigeante des gardiens de nuit ? Si j'ai bien compris bien le capitaine de port (je ne parle pas l'espagnol, et il ne pratique pas l'anglais), c'est de l'excès de zèle.

En interrogeant sur place d'autres équipages, puis en balayant plus tard sur internet les blogs de navigateurs, je pourrai vérifier que notre mésaventure est très fréquente.

Certains équipages se sont résignés à repartir, certains se sont imposés, d'autres n'ont pas eu le choix. Mes demandes d'explication aux autorités portuaires canariennes sont à ce jour restées sans réponse. Un loueur de Lanzarote m'a confirmé le règlement, assez récent, imposant l'autorisation préalable au stationnement à Graciosa : <Les droits de port sont si faibles que certains bateaux restent pour des semaines ou des mois, et qu'il devient impossible de les déloger, les autorités ont donc souhaiter limiter ce risque; mais la règle n'est pas satisfaisante, elle devra évoluer.>

> L'île de Graciosa appartient à une réserve maritime, si bien que le mouillage
y est désormais lui aussi réglementé. Aux dernières nouvelles, le seul mouillage autorisé est celui de Playa Francesca, et l'autorisation doit en être demandée...
au moins dix jours à l'avance.

> Les équipages désirant accoster sur cette île magnifique devront donc s'armer de persuasion, ou satisfaire bien à l'avance aux formalités. Les demandes d'accès à la marina de la Sociedad doivent être adressées à la direction des ports des Canaries (tél. + 34 - 928 455 885, fax + 34 - 928 306 391 ou lp.explotacion@puertosdecanarias.com).

> Les autorisations de mouillage sont délivrées par la mairie de Lanzarote : medioambiante3@cabildodelanzarote.com ou fax + 34 - 928 805 877
(ou informations téléphoniques au + 34 - 928 810 100, poste 2283).
Dernier numéro utile : la capitainerie de la Sociedad à Graciosa : + 34 - 928 842 104.

Rapa Iti, taillé pour le voyage Rapa Iti est un monocoque de 43 pieds en bois et epoxy, sur plans Martin Defline. Notre magazine l'avait essayé pour son numéro d'octobre 2010, et Voiles et Voiliers était de nouveau à bord pour la première partie du convoyage vers les Antilles. Photo © Frédéric Augendre (www.textimage.fr)

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Vos commentaires

    • Merci pour cet article à la fois évocateur et pratique, qui sera fort utile à tous les navigateurs qui passent là-bas... et ils sont assez nombreux semblent-il. Pouvez-vous donner le prix d'une nuitée pour un voilier d'une quarantaine de pieds ? En escale voici quelques années aux Canaries, j'avoue que nous n'avions pas tenté Graciosa, qui semblait certes sauvage, mais un peu "loin de tout". Le port offre-t-il notamment quelques services de base (motoriste, gazole...) ? Yen'

      Ajouté par Yendegaiai le 03/02/2011 - 08:35
    • Bonjour, Comme indiqué dans l'article, nous avons payé 10 euros la nuit pour un monocoque de 43 pieds. Je ne suis pas en mesure de vous fournir des tarifs plus détaillés. Quant aux "services de base" que vous évoquez, ils sont très limités, et ce n'est pas surprenant, vu le caractère "sauvage" du lieu. Vous pourrez faire le plein de gasoil, mais n'espérez pas trouver sur place un mécanicien ni un shipchandler. Graciosa est une escale de charme, mais pas forcément le lieu où procéder à des réparations élaborées ni à un avitaillement complet. Il faudra, pour cela, se tourner vers des îles plus "civilisées". Graciosa est bien "'loin de tout", comme vous le dites si bien, c'est aussi pour cela qu'on l'apprécie. Et cet éloignement reste géographiquement limité : les ports de Lanzarote sont à moins de vingt-cinq milles. Fred Augendre, Voiles et Voiliers

      Ajouté par lemanach le 03/02/2011 - 17:05
    • Eh bien, encore merci pour ces précisions rapides ! Yen'

      Ajouté par Yendegaiai le 03/02/2011 - 17:58
    • merci pour ce jolie petit article

      Ajouté par clinton le 04/02/2011 - 14:15
    • c'est une ile magnifique par son coté sauvage, les gens sont acceuillant, et dans les ruelles derrière le port on mange du poisson, trés frais et pas chers. Dans ces petits bistrots non seulement on y mange bien, on y boi un petit vin blanc de l'ile voisine excélent. Le paysage de l'ile ressemble au desert mais trés prenant avec qq grandes plages ou les surfistes sans donne à grande joie. Je recomande au navigateurs de passage dans le coin de s'y arreter c'est vraiment une jolie petite ile qui ne ressemble pas du tout à ses grandes soeurs, Graciosa est le charme ou l'on recherche le calme et la plénitude. Robert Panciullo

      Ajouté par bobi le 05/02/2011 - 08:39
    • Nous y sommes passé la semaine passé, et cette île est très acceuillante ! Elle vaut le dètour de même que le petit resto du port. Xavier

      Ajouté par ksafbond le 05/02/2011 - 10:52
    • 1965 les Canaries étaient presque un désert que les nordiques commençaient à peupler. Lanzarote était encore moins que Graciosa aujourd'hui. 1982 en route sur Las Palmas, les lueurs de la civilisation se reflétaient dans les nuées à 80 nm alors que le phare de La Isleta porte à 50 nm La descente nocturne vers Las Palomas valait la conurbation "Venthoule "- Vintimille Menton Théoule. A que le béton !!! Alors faut-il vous dire merci ou vous maudire pour avoir montré Graciosa Nonobstant les pirates tentez le Farasan Bank (saudi arabia) Hannish et Zubair (sudan yemen) TERRE VIERGE en VUE 50 BRASSES APRES LA DERNIERE BOUTEILLE DE COCA COLA GOOD WIND AND FAIR PASSAGE TO YOU

      Ajouté par PESTIFER le 07/02/2011 - 10:08
    • Ah, Pestifer, y pas à dire, le sel, l'iode, le vent, c'est addictif, c'est puissant, quand on a mis le nez dedans, bien difficiel de décrocher ! Yen'

      Ajouté par Yendegaiai le 08/02/2011 - 10:21