Actualité à la Hune

Océan, climat et nous

Désillusion en haute mer

Sans fard ni ménagements, mais avec le talent reconnu de la Cité des Sciences et de l'Industrie de La Villette pour vulgariser le savoir scientifique, l'exposition rend compte de la relation étroite et dramatique qui nous lie à notre terrain de jeu favori. Une très grosse claque dans la gueule, pire que la première vague de l'hiver qui entre dans le ciré, plus cruelle qu'une dérouillée aux régates de printemps... Mais nécessaire. Comportez-vous en vrais marins et allez-y dès que possible.

  • Publié le : 04/06/2011 - 00:33

Océan, climat et nous Ouverte jusqu'en juin 2012, l'exposition "Océan, climat et nous" présente de manière admirable un avenir qui est bien loin d'être rose. Photo © D.R. (CSI / csuper) Bruit de vagues et de ressac au Nord-Est de Paris. Il fait sombre, dans les profondeurs de l'espace principal de la nouvelle exposition de la Cité des Sciences et de l'Industrie de La Villette, mais les tombées de lumière invitent à plonger.
Sur trois panneaux de cinq mètres de haut est projeté l'océan. Avancez sur l'un des cercles blancs posés sur le sol et le tout s'anime. Il s'agit d'une "installation audiovisuelle interactive" ; l'idée est séduisante, ça change. Pour une fois que les visiteurs ne sont pas passifs... Et les gamins qui chahutent et se roulent par terre ne semblent pas moins apprécier le jeu !

Un pas en avant, ne bougez plus. Un court message s'affiche sur l'un des panneaux : <Même si nous parvenons à limiter les émissions de gaz à effet de serre, le changement climatique est en cours.> Puis un autre sur les déchets plastique. Puis un autre...
Hum. Cet étrange sentiment qui submerge le visiteur : c'est donc de ça, dont nous sommes les acteurs ? Nous évoluons dans un monde fantastique... et sommes à l'origine de sa destruction ?

Non, l'exposition <Océan, climat et nous... Un équilibre fragile ?>, conçue en partenariat avec l'Ifremer et ouverte jusqu'en juin 2012, ne s'embarrasse pas de scrupules. Elle dit la vérité, sans arrondir les angles. Autour de ce premier espace, les trois coursives abordent le CO2 atmosphérique, la hausse des températures, l'élévation du niveau des océans, la fonte des glaces, l'acidification, la modification des courants, la baisse de la biodiversité, la perturbation des chaines alimentaires... Effets cumulés, plusieurs fois expliqués - la répétition est la meilleure des pédagogies - qui conduisent inexorablement à cet horizon 2100 où rien ne sera plus comme avant.

Travaux pratiques L'observation et l'interaction sont au coeur du parcours de l'exposition : le meilleur moyen de comprendre... Et de se sentir concerner ? Photo © D.R. (CSI / A. Robin) D'ici là, trois variantes, trois scénarii : celui du "pire", celui du "un peu moins pire" ou celui du "moins pire"... Rouge, jaune ou vert, selon notre capacité à réduire notre production de gaz à effet de serre, à changer nos systèmes économiques et à modifier nos habitudes sociales...

Les 1 000 m2 d'exposition ne sont certes pas fait pour leurrer les visiteurs, mais bien pour expliquer des enjeux écologiques graves à un public familial et d'adolescents - les plus jeunes se sentiront perdus.
La bonne heure et demie qu'il faut pour tout lire, étudier et voir n'est pas ennuyeuse pour autant. (En cas d'affluence, le parcours pourrait en revanche s'avérer frustrant, car les expériences et les mises en pratique prennent du temps et n'autorisent pas beaucoup de monde autour.)


Progression entrainante
Le recours à la technologie (nombreux écrans tactiles), aux expériences participatives et à l'organisation des coursives y sont pour beaucoup.
La première coursive est la plus impressionnante, car elle propose une série d'ateliers pratiques qui permettent de comprendre le rôle de l'océan dans la régulation du climat. Pour illustrer le fonctionnement des grands courants marins, un bac d'eau salée dans lequel est montée une résistance. Pour mesurer l'albédo, une plaque noire et une autre blanche, toutes les deux éclairées, sur lesquelles poser vos mains. Etc, etc... Tous les cours de physique et chimie du secondaire à réviser de manière ludique. Les collégiens curieux et férus de sciences vont trouver ça génial !
Bouées scientifiques Dans la deuxième coursive, le matériel scientifique utilisé pour ausculter l'océan est présenté et expliqué. Photo © D.R. (CSI / A. Robin) Dans la deuxième, c'est le dérèglement de l'océan qui est en jeu, ses conséquences et les moyens de les observer qui sont présentés. A côté du matériel de mesure prêté par les organismes concernés, les écrans tactiles sont très majoritaires, offrant de lire (beaucoup) et de suivre des animations étudiées. Pour mesurer la fonte des glaces, rien de mieux que de superposer deux images ! Et pour imaginer ce que sera bientôt l'océan, rien de plus convaincant que cet aquarium abritant des cailloux et des méduses... Exclusivement.

La dernière coursive est plus lumineuse, aménagée en petits salons dans lesquels des téléviseurs diffusent à la demande les messages des populations les plus menacées par cette modification de l'océan. Un peu racoleur ? Plutôt réaliste, hélas, il va falloir s'y faire.

Question directe Le dernier atelier offre de poser directement ses questions à des scientifiques qui répondent presque en temps réel. Échanges à lire sur place ou sur le site internet de l'expo. Photo © D.R. (CSI / A. Robin) ...........
Bien : Les activités pratiques, outils géniaux de la vulgarisation scientifique.
Mais : Plus on avance dans l'exposition, moins elle est accessible et les plus jeunes risquent de décrocher.

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Cité des Sciences et de l'Industrie

30, avenue Corentin Cariou
75019 Paris

Dates : Du 6 avril 2011 au 30 juin 2012.
Horaires : 10h00 à 18h00 (19h00, le dimanche). Fermé le lundi.

Métro : Porte de la Villette (ligne 7).
Bus : 150.

Plein tarif : 8 euros.
Tarif réduit : 6 euros.
Offre spéciale Etudiants : 3 euros sur présentation de leur carte d'étudiants.
Gratuité pour les moins de 6 ans, les chômeurs, les bénéficiaires du RSA, les handicapés et leur accompagnateur.

> Retrouvez plus d'infos sur www.cite-sciences.fr et sur le site dédié de l'exposition, ici.