Actualité à la Hune

«L’entretien du voilier»

Notre hors-série commenté par Patrick Tabarly : «C’est bien !»

«J’ai horreur de naviguer sur des voiliers sales ou mal entretenus. C’est des bateaux à pépins. On va sur le caillou avec» vous dira volontiers Patrick Tabarly. Il faut le croire. Toute sa vie ou presque, Patrick navigua ou a entretenu les voiliers de son frère Eric, quand il ne participait pas lui-même à des courses au large ou bien quand il géra, plus de dix ans durant, son magasin d’accastillage à La Trinité-sur-Mer.
  • Publié le : 29/09/2018 - 01:42

Bichonnez votre bateau avec Patrick Tabarly«C'est bien, de faire un bouquin rien que sur l'entretien de son voilier», juge Patrick Tabarly.Photo @ Nicolas Fichot

L’autre jour, dans le salon de sa maison nichée au bout du fond du golfe du Morbihan, en feuilletant notre numéro spécial L’entretien du voilier, Patrick a eu d’abord ces mots aimables : «C’est bien, de faire un bouquin rien que sur l’entretien de son voilier. Et votre livre, en plus, il tient la route. C’est bien !»

Comme son frère Eric, Patrick a le mot rare. On peut le croire, alors. Le mot rare mais précis, quand il épluche, page par page, ce numéro spécial écrit par Sylvie Lohr, pour y ajouter ici et là sa petite touche personnelle. «Mais attention, prévient-il. Ce ne sont des critiques gentilles. Sur le fond, c’est du bon boulot !»  

«En page 13, par exemple, pour réparer un trou ou un éclat dans un gelcoat de pont, vous dites qu’il faut poncer d’abord en biseau le trou. Complètement d’accord, pour le biseau. C’est même obligatoire, le biseau, et bien en profondeur si vous voulez augmenter l’adhérence de votre nouveau gelcoat. On ne le dira jamais assez mais vous, au moins, vous le dites »

«En revanche, votre auteur conseil d’utiliser du papier ponce. Chacun ses habitudes. Personnellement, je préfère utiliser des petits racloirs. Avec cet outil, je travaille plus finement donc ma réparation se verra moins, au final.»

«D’accord, pour le gelcoat»

«Vos conseils sont bons, pour le gelcoat. Je suis d’accord avec vous mais j’insisterais plus sur le fait qu’il faut toujours privilégier les températures plutôt tempérées pour travailler ce matériau. S’il fait trop chaud, ça va sécher trop vite. Quand on maîtrise son temps de travail, on fait du boulot plus propre.»

Bichonnez votre bateau avec Patrick Tabarly«Et votre livre, en plus, il tient la route !» estime Patrick TabarlyPhoto @ Nicolas Fichot

Passant à la page 14 du livre, Patrick tombe sur l’entretien des ponts en teck : «Alors là, votre auteur a raison ! » s’exclame-t-il quand Sylvie Lohr bannit l’utilisation du Scotch autour des joints de pont à refaire en Sikaflex. «Ce n’est pas grave, d’en foutre un peu autour. Au moins, on est sûr d’avoir bien pressé le Sika. Ça ne fera pas de creux en séchant. Un petit coup de ponçage derrière, et on y verra que du feu. Plus on presse sur le Sika à la spatule, plus il va adhérer, donc plus longtemps il tiendra. Avec le soleil et tout !»

A propos de soleil et de «tout» le reste, Patrick Tabarly précise que «les plaisanciers, ajourd’hui, utilisent trop l’eau douce pour rincer leur pont. Pour les voiles, complètement d’accord : l’eau de mer peut faire des gros dégâts mais pour les ponts, en revanche, l’eau de mer n’est pas forcément à bannir. Le seul à petites doses peut aussi protéger un bois. Enfin, bon ! Chacun son idée sur la question. L’essentiel, c’est de le laver, pour bien l’entretenir, comme elle dit.»

Chacun son truc !

«En revanche, en bas de la page 15, vous conseillez de réparer un gendarme cassé sur un câble de filière en enroulant du scotch autour. Je suis d’accord, mais si un gendarme a cassé, d’autres casseront et on ne le verra plus avec le ruban. Il faut d’abord chercher la cause de cette cassure. En général, c’est parce que le câble a subi un angle de torsion supérieur à son coefficient d’élasticité. Donc, avant de mettre de l’adhésif, on cherche d’abord à modifier cet angle. L’idéal est de retrouver l’angle d’origine. D’accord ensuite pour l’adhésif. C’est fou ce qu’on en utilise, à bord d’un voilier, de l’adhésif. Alors autant choisir du bon, il ne coûtera pas forcément plus cher.»

Abordant la question, page suivante, de l’oxydation des Inox de balcons, Patrick Tabarly apprécie hautement ce conseil donné d’«utiliser des gants pour manipuler les acides. C’est tellement vrai que j’emploie plutôt de pâte à polir Nautix. Ça va très vite, ça marche aussi bien que les acides, ce n’est pas cher et ça n’attaque pas les mains. Enfin bon, chacun son truc !»

«Et ça sert à mille autres choses, la Nautix, ajoute-t-il. Regardez, pages suivantes, pour les plexiglas de hublots ou de compas un peu fatigués, rayés, jaunis. Un coup de Nautix au chiffon, et ce sera comme neuf. Sans abîmer l’âme du plexi. Votre auteur préfère utiliser du papier abrasif. Pourquoi pas, s’il est très fin. Il faudra que j’essaye.»

Tout lire, jusqu’au bout

Arrivant à la page 26 sur les antifouling, Patrick précise que «là, vraiment, à moins de contre-indications du fabricant, je confirme qu’ il faut absolument travailler le plus tard possible avant la mise à l’eau, en évitant les grosses chaleurs. La dernière couche, il faut vraiment la poser juste avant la mise à l’eau ».

Bichonnez votre bateau avec Patrick TabarlyIl faut croire Patrick Tabarly quand il épluche, page par page, ce numéro spécial.Photo @ Nicolas Fichot

«La preuve ? Les dernières retouches que vous faites sur la coque à l’endroit des chandelles du ber, quand le bateau est sous la grue, sont celles qui tiendront le plus longtemps. Ça se voit des mois après, quand on plonge sous la coque. On repère bien ces quatre zones, elles sont plus propres. Un fabricant, un jour, m’avait expliqué que c’est logique. A l’air libre, même quelques dizaines de minutes, l’antifouling perd une partie de son potentiel répulsif par simple évaporation.»

Plus loin, page 29, Patrick Tabarly tique un peu pour le remplacement d’une anode sur un arbre d’hélice. «L’auteur a oublié le plus important : donner un coup de masse au final sur l’anode et redonner ensuite deux ou trois tours de clé pour un serrage définitif. L’anode est en matériau mou, il faut le brider à fond sinon, dans un mois, votre anode sera au fond de l’eau.»

«J’avais tort ! lance soudain Patrick, arrivé en page 34 du livre qui évoque à nouveau un changement d’anode. C’est écrit, là, qu’il faut filer un coup de marteau final et donner encore trois coups de clé. Moralité : tout lire jusqu’au bout ! Non, il est pas mal, votre livre. Bien, même  conclut le marin, lui aussi auteur d’un livre : Frères de mer, éditions Stock (18,50 euros)

 

L’entretien du voilier, par Sylvie Lohr. Editions Voiles et voiliers (6,50 euros)

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