Actualité à la Hune

Préparation hauturière en Manche

Le Légué, idéal avant-goût des rêves au long cours

S’il est possible de préparer son bateau pour le grand voyage dans une multitude de ports sur la Manche, le port du Légué, où font actuellement étape les 28 concurrents de la 49e édition de la Solitaire Urgo Le Figaro, cumule de nombreux avantages dans ce domaine au point d’être devenu l’un des «spots» préférés des candidats au long cours.
  • Publié le : 01/09/2018 - 00:06

Le Légué, idéal avant-goût de rêves au long coursSurplombé par le pont de la N12, Le Légué n"en reste pas moins un écrin pour rêves au long cours.Photo @ Hugues Bigo

Ils sont en permanence une dizaine ou presque à se préparer dans cet avant-port de Saint-Brieuc. Pour des mois ou des années ensuite, ils vivront à bord de leur voilier. Mais même le meilleur des voiliers doit être mis à sa main pour un tel projet. Et pour cela il faut un port d’attache pour la préparation.

Quel genre de port ? Un port bien équipé, pas cher, facilement accessible, avec de nombreux professionnels du nautisme et un tissu technico-industriel fourni aux alentours. Plus un terrain de jeu nautique diversifié pour tester l’équipage et le bateau. Sans oublier – pourquoi pas ? – un endroit charmant avec des gens sympas. Le Légué répond tellement bien à ces critères que son capitaine du port, Nicolas Goger, n’hésite pas à préciser qu’ «ici, on aime bien les bateaux de voyage. Ils dynamisent la zone et ils nous font rêver».

En contrebas de la ville de Saint-Brieuc, l’écluse du Légué façonne un port pour des pêcheurs et des plaisanciers heureux d’y faire durer leur carénage dans les eaux douces du Goët. Dans la zone technique des pêcheurs, un travel-lift de 350 tonnes sort les bateaux au sec ou les emporte vers une gigantesque cabine de peinture que louent parfois des propriétaires de grands yachts venus de loin. Côté plaisance, un élévateur de 20 tonnes distribue les unités plus légères sur six terre-pleins, une cour fermée ou un grand hangar.

«Il y a un moment où, pour être efficace, il faut passer sous le hangar» dit le charpentier de marine, Marc Nicolas, avec un œil méfiant sur le ciel. Entre le climat pluvieux des Côtes-d’Armor et la combe du port, l’humidité en hiver développe une mousse verte dans tous les recoins. Particulièrement côté ubac. Son entreprise, Charpente Marine du Légué peut aussi proposer une place à couvert. Plusieurs hangars sur un port de plaisance, ce n’est pas si fréquent.

Un plateau technique complet

Pour nourrir leur rêve d’aller vivre sur la mer, Marie et Pim, qui habitaient Paris, ont acheté Tortuga, un dériveur de 41 pieds qui demande de gros travaux. Ils ont trouvé un petit appartement à Plérin, sur la rive nord du port. Et ils louent tout près de là un garage de 25 m2 pour une trentaine d’euros par mois, l’indispensable atelier pour bricoler efficacement.

Pourquoi Le Légué ? «Nous avons aimé le TGV à 2 heures 15 de Paris, la fibre optique disponible au Carré Rosengard, les tarifs du port. Et Les Mouettes ! » s’amuse Pim en citant le nom du bar où beaucoup se retrouvent après une bonne journée de travail. Le Carré Rosengard, lui, est une ancienne usine d’automobiles joliment réhabilitée en pôle d’activité économique. C’est là que se sont installées plusieurs boutiques dont un Accastillage Diffusion, AME (électronique marine), AMR (mécanique marine) ainsi qu’un sellier et plusieurs artisans traitant des choses de la mer.

Face à ce bâtiment, sur l’aire de carénage, les sangles du travel-lift bercent une coque acier à bouchains bleu pétrole de 13 mètres de long. Deux hydroliennes à la poupe : il n’en faut pas plus pour identifier un futur coureur de haute mer. Ancien de la Marine nationale, Jérôme Molle, son skipper, prépare la Longue Route : «Je viens ici, précise-t-il, parce que le plateau technique est très complet : moyens de levages, voiliers, gréeurs, accastilleurs, mécaniciens, électriciens, charpentiers, soudeurs… On trouve tous les corps de métiers. L’équipe du port est conciliante et souple avec nos exigences, ils cherchent toujours à nous faciliter la tâche. Ce sont des gens qui naviguent, ils savent. Ce qui ne gâche rien.»

Le Légué, idéal avant-goût des rêves au long cours.Marie et Pim, deux anciens parisiens, ont ancré leur rêve de voyage au Légué en attendant de larguer les amarres.Photo @ Hugues Bigo

Sous la voûte d’un autre hangar, géré lui par chambre de commerce, Maxime et Emmanuelle bichonnent leur Moussepic pour un prochain tour du monde avec leurs trois enfants. Ce couple de Briochains revient d’un tour de l’Atlantique et s’amuse de constater qu’ils ont rencontré au cours de ce premier périple presque une dizaine de bateaux qui avaient été préparés au Légué : «Ça n’a l’air de rien, mais outre les ressources du port, on dispose à 5 minutes en voiture d’un Brico Dépot, d’un Leroy Merlin, d’un magasin de peinture spécialisé dans le maritime (Marcus Industries). Plus, pas loin non plus, une bonne  dizaine de PME spécialisées aussi bien dans la fourniture de matériaux que la transformation, l’usinage ou le formage. Nous avons fait de gros travaux mais nous n’avons jamais manqué de rien »

Le long cours, c’est le long cours !

Certes, il faut impérativement une voiture. Le val du port est nettement séparé de la ville. A pied, on trouve du pain et de l’épicerie mais il faut monter sur le plateau pour faire les grosses courses de la semaine, au marché ou dans l’un des deux grands centres commerciaux le long de la N12.

C’est vrai aussi que Le Légué possède une autre limite, naturelle celle-ci : comme dans tous les ports à écluse, il n’est possible de sortir ou d’entrer que pendant la marée haute, soit environ 2 heures toutes les 12 heures. Mais la préparation au grand voyage ne suppose pas des sorties à la demi-journée au moindre rayon de soleil venu. Le long cours, c’est le long cours.

Le Légué, idéal avant-goût de rêves au long coursMarc, un ancien des chantiers du Gimp, LA référence brestoise, est venu poser son atelier sous un hangar du Légué.Photo @ Hugues Bibo

Mais ce dithyrambe ne serait pas honnête si l’auteur de ces lignes n’avouait pas qu’il a lui-même préparé son bateau au Légué. Élevé sur la Méditerranée, je ne connaissais rien à la Bretagne et à ses plans d’eaux capricieux. La découverte du golfe normand-breton sur lequel débouche le port du Légué fut pour ma femme et moi, d’abord, la source d’une immense inquiétude, vu les particularités du site. Puis un inépuisable ravissement.

Existe-t-il, le long des côtes françaises, un terrain de jeu pour l’entraînement au grand voyage plus subtil, plus diversifié, plus complexe et en définitive plus ludique que ce plan d’eau ? Ma réponse est non. Les courants, les marées, les cailloux, la météo, les pêcheurs, les casiers ou les mouillages avec dix mètres de marnage… Tout n’est ici qu’apprentissage. Et il ne faut qu’une petite nuit de nav’ pour toucher une terre étrangère, en l’occurrence anglaise. Au charme des îles Anglo-Normandes et de Chausey plus particulièrement s’ajoute celui, pour tout candidat au grand voyage, de tester l’intelligibilité des communications VHF en anglais. Entraînement bien utile, somme toute.

À propos, enfin, de cette zone de navigation qu’Eric Tabarly pratiquait régulièrement, Radio Ponton-fréquence Légué rapporte fidèlement une des paroles du maître des Pen Duick, en connaisseur : «Les deux plus beaux mouillages du monde ? Bora Bora et Chausey !» Raison de plus, donc, pour aller préparer son grand voyage pas loin de son havre préféré : le Légué !

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