Actualité à la Hune

Complément VV n°518, avril 2014 - Dragage de Port-Camargue

Michel Cavaillès : «Il fallait que ce projet soit accepté par tous»

  • Publié le : 21/03/2014 - 00:01

Drague en têteLa grande drague hydraulique (11,50 m de long sur 4,50 de large), employée pour la seconde phase des travaux, est reliée à la barge de traitement (en arrière-plan) par une conduite flottante, dans laquelle est acheminé le mélange eau-sédiments qui est traité dans la foulée. Photo @ Delphine Fleury Cet hiver, Port-Camargue a lancé un chantier de dragage «exemplaire» – sans rejeter les boues en mer. Interview de l’homme à l’origine de ce projet «vert», Michel Cavaillès, le directeur du port.
 

Michel CavaillèsDeux ans, c’est le temps qu’il a fallu à Michel Cavaillès, directeur du port, pour monter ce projet de dragage propre et innovant.Photo @ Delphine Fleury voilesetvoiliers.com : En quoi le dragage réalisé en ce moment à Port-Camargue est-il «propre» ?
Michel Cavaillès :
D’abord parce qu’il n’y a aucun rejet en mer, ce qui était notre préoccupation première. Ensuite parce que les sédiments pollués sont lavés, calibrés, et la partie dépolluée est ensuite valorisée à l’extérieur. Comme nous n’avons pas d’espace à terre pour retraiter les matériaux, il nous fallait une solution embarquée. L’autre originalité de ce chantier - et là, c’est une première -, c’est le fait que toute l’unité de traitement soit installée sur une barge qui circule sur le port en même temps que la drague. Il n’y a aucun matériel de traitement ni stockage de matériaux à terre : tout se fait entre la drague, la barge de traitement et le chenal de transport du sable pour sa valorisation. C’est un chantier uniquement maritime.

v&v.com : Comment avez-vous eu connaissance de cette technique ?
M.C. : D’une part en discutant avec des scientifiques, des spécialistes de la pollution des sédiments marins, et d’autre part en échangeant avec une entreprise de dragage, EMCC, qui avait déjà développé ce genre de technologie pour curer des eaux pluviales dans Paris, où il y a les mêmes problèmes de stationnement. Il avait testé cette technologie sur des chantiers très spécifiques, on l’a donc fait à plus grande échelle sur un port.

v&v.com : Y a-t-il davantage de contraintes que pour un dragage classique ?
M.C. : Il y en a plutôt moins sur le plan environnemental. Et ce qui était intéressant pour nous, c’était l’acceptation sociale du projet, puisque lors de l’enquête publique nous n’avons eu aucune remarque négative. C’était déjà un point positif, de ne pas avoir de revendication d’associations ou autres et que ce projet puisse être accepté par tout le monde.

v&v.com: Cela faisait donc partie des raisons de votre choix…
M.C. : Oui, il fallait qu’il soit accepté. Et puis le fait qu’il n’y ait pas de rejet en mer, parce que Port-Camargue est certifié ISO 1401. Nous voulions une méthode de dragage qui minimise tous les impacts sur l’environnement.

Tout en unLes sédiments extraits sont immédiatement traités par calibrage sur la petite barge de droite. Le sable (plus de 75% du volume extrait) est ensuite déposé dans un chaland (bateau de gauche) amarré à la barge, pour être acheminé vers la plage du Grau-du-Roi.Photo @ Delphine Fleury v&v.com : Le coût d’un tel chantier est-il plus important qu’un chantier classique ?
M.C. : Pas vraiment ! J’avais aussi un objectif financier. Sur des coûts de dragage on tourne aujourd’hui facilement à plus de 100 euros le mètre cube, parce que si on rejette en mer, il faut aller très loin, donc il y a du transport par barge qui coûte très cher. Et si on fait du traitement à terre il faut construire des bassins, il faut déshydrater, il faut récupérer, amener en décharge, on arrive à des niveaux de prix qui sont même supérieurs à 200 euros le m3. Alors que là, comme on traite tout sur place, on minimise l’emprise du chantier, on améliore toute la rentabilité du process et on est sur un prix du mètre cube qui est autour de 60-65 euros.

v&v.com : C’est «tout bénef’», en fait !
M.C. : Oui, sur le plan environnemental comme sur le plan financier.

v&v.com : Et pour les usagers du port ?
M.C. :  Alors là, c’est la grosse contrainte, parce que dès lors qu’on reste sur le plan d’eau portuaire, on a des barges, des tuyaux qui se baladent, et des bateaux qui sont bloqués à certaines périodes. On bloque un peu l’activité du port pendant la période de chantier, et c’est pour ça qu’on le fait en période hivernale. On aurait aimé le commencer un peu plus tôt, mais les délais administratifs sont tellement compliqués que ça a dérapé de deux mois : on va finir au mois d’avril, alors que j’aurais préféré terminer en février…

Géotubes Les sédiments fins et pollués, extraits par calibrage lors de la première phase de travaux, sont stockés dans ce bassin en géotextile, où ils se déshydratent par évaporation, avant d’être transportés vers un centre de stockage de déchets.Photo @ Port-Camarguev&v.com : Combien de temps la mise en place de ce projet a-t-elle pris  ?
M.C. : Il a fallu pratiquement deux ans pour monter ce projet et suivre toutes les procédures administratives, depuis l’étude d’impact, l’enquête publique jusqu’à l’autorisation de travaux.

v&v.com : Qui finance ?
M.C. : C’est nous qui le finançons, la Régie Autonome de Port-Camargue, qui gère le port de plaisance. Mais comme c’est une opération innovante, nous avons bénéficié de subventions dans le cadre des opérations de recherche et développement. On a répondu à un appel à projet national, on a été labellisé par le Pôle de Compétitivité Eau, et dans le cadre de ce chantier on a 30% de subventions qui viennent de la Région Languedoc Roussillon et de l’Etat. Parce que c’était un projet innovant.

v&v.com : Quelles seront les conséquences financières pour les plaisanciers ?
M.C. : Il n’y a pas d’incidence sur les contrats d’amarrage, parce que les travaux de dragage font partie du fonctionnement du port. On avait provisionné cette somme depuis plusieurs années déjà, pour pouvoir réaliser ce dragage en 2014. Il n’y a donc pas d’augmentation de tarifs à cause du chantier. En revanche, la circulation sera facilitée : on avait sur certains chenaux 2,50 mètres de tirant d’eau et on va passer à 3,50 mètres, ce qui va permettre à de grosses unités d’accéder à la zone technique. Et on a sorti une partie des matériaux qui étaient très pollués, près des zones techniques, et on va les envoyer dans des centres de stockage adaptés. Ils ne seront plus dans le port.

v&v.com : Et les sables prélevés vont-ils être réutilisés ?
M.C. : Oui, ils vont être valorisés et servir à reconstituer un cordon dunaire sur le site de l’ancien hôpital du Grau du Roi, qui était zone urbaine et qui redevient un site naturel. Donc tout est positif.

Ponton déposeurLes vases (filtrées à moins de 80 microns) qui restent après traitement des sédiments sur la barge (environ 25%), sont redéposées sur le fond du port au moyen d’un «ponton déposeur», relié lui aussi à la barge de traitement par une conduite flottante.Photo @ Delphine Fleury
………
Les travaux de dragage : deux étapes

Ce sont au total 40 000 mètres cubes de sédiments qui doivent être dragués dans les chenaux de Port-Camargue (5 000 anneaux). Le chantier a été organisé en deux phases :

> La première, en janvier et février 2014, concernait les zones du port les plus polluées (notamment en métaux lourds), à proximité des zones techniques 1 et 2. Un volume de 2 000 m3 de matériaux a été extrait, et les sédiments ont été triés et calibrés, afin d’isoler les sables des matériaux vaseux contaminés. Les boues sont stockées dans des tubes en géotextile, sur la zone technique, où elles sont déshydratées naturellement pendant deux mois. Elles seront ensuite récoltées, puis acheminées vers un centre de stockage de déchets.

> La seconde phase des travaux a débuté fin février et devrait se terminer fin avril 2014. Elle concerne un volume de 38 000 m3, au niveau des chenaux principaux du port, qui devraient retrouver une profondeur de 3,50 m (contre parfois 2,50 m actuellement). Contrairement à la première, cette phase est réalisée entièrement à flot, au moyen de barges, sans aucun stockage à terre. Seule une partie du transfert des sables vers le site de l’ancien hôpital du Grau-du-Roi se fait par voie terrestre, au moyen de tombereaux.