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Interview du windsurfer le plus rapide de la planète

Albeau : «Comment se lasser quand on se bat pour la 1ère place ?»

Un 20e titre mondial en slalom et un nouveau record de vitesse en windsurf à 52,05 nœuds : A2 a encore frappé fort cette année. Et à 40 ans, le Marin de l’Année 2010 ne compte pas en rester là. Rencontre.
  • Publié le : 10/01/2013 - 14:30

52,05 nœuds !En réalisant un run de 500 mètres à 52,05 nœuds, en Namibie, Antoine Albeau a pulvérisé de près de trois nœuds son propre record, établi en 2008 sur le canal des Saintes-Maries-de-la-Mer, dans le Sud de la France.Photo @ Eric Bellande

La gagne, encore et toujoursAntoine Albeau célébrant une bonne performance – scène banale. Jusqu’où ira-t-il ?Photo @ Eric Bellande On a beau le savoir, ça surprend toujours. Antoine Albeau est un véritable colosse, qui raconte une grosse boîte à plus de 50 nœuds comme on parle d’une petite chute à 20. Boîte qui ne l’a d’ailleurs pas empêché de claquer un hallucinant run de 500 mètres à 52,05 nœuds sur le canal de Lüderitz, en Namibie. Avec en prime une pointe à plus de 100 km/h. N’aimant rien tant que repousser les limites, Antoine a désormais le record des kitesurfers en ligne de mire – à ce jour, il appartient à l’Américain Rob Douglas avec 55,65 nœuds (voir l’article, ici). Difficile mais jouable.
Quelques semaines plus tôt, à Sylt en Allemagne, le windsurfer rétais avait décroché son 20e titre mondial sur le très relevé circuit PWA (Professional Windsurfers Association), aux dépends d’un autre phénomène : Björn Dunkerbeck. Bref, quinze ans après son premier sacre, Antoine Albeau est toujours au top. Rencontre il y a quelques jours, dans les allées du salon nautique de Paris.

 

voilesetvoiliers.com : Le windsurf en vitesse a fait un grand bond en avant en quelques semaines – 3 nœuds de gagnés par rapport à ton ancien record, établi en 2008 (49,09 nœuds). Comment l’expliques-tu ?
Antoine Albeau :
En Namibie, toutes les conditions étaient réunies pour faire de bons runs ! Déjà, nous sommes restés un mois sur place et avons donc eu du temps pour nous entraîner, tester et régler le matos. Généralement, nous avions deux-trois jours de vent entre 30 et 43 nœuds maximum, puis deux-trois jours sans vent, ce qui permettait de se reposer. Nous aurions aimé avoir 45-50 nœuds pour aller encore plus vite, mais dans l’ensemble les conditions étaient favorables. Ces bonnes performances s’expliquent aussi par une forte émulation. De très bons riders étaient présents : Anders Bringdal, Björn Dunkerbeck, Cédric Bordes – entre autres. Et le spot est extraordinaire…

 

v&v.com : À quoi ressemble le canal de Lüderitz ?
A.A. : Il est très étroit – entre 3 et 7 mètres de large, je dirais – et peu profond : il n’y a presque pas de clapot. Moins qu’aux Saintes-Maries-de-la-Mer dans le Sud de la France, là où j’avais établi le précédent record en 2008. Pour ce qui est de la configuration du canal, nous avons une zone d’élan de 150 mètres, au travers, puis un virage de 50 mètres plus abattu. On rentre alors dans le run de 500 mètres, qui se fait environ à 135 degrés du vent. Puis nous avons 100-150 mètres pour nous arrêter. C’est très rapide : un run à 50 nœuds dure 19 secondes. En comptant l’élan et la phase d’arrêt, nous ridons à peu près une minute et demi. Nous pouvons donc enchaîner les runs – j’en ai fait jusqu’à 23 dans la même journée.

 

v&v.com : Quel matos utilisais-tu ?
A.A. : Le matos a évolué depuis les dernières tentatives en 2008. Les planches sont quasi identiques niveau carène, mais un peu plus "grosses", si l’on peut dire : de 38 à 42 cm de large et environ 2,30 m de long. Le volume est difficile à définir car ce sont des planches prototypes, mais ça doit faire dans les 50-60 litres – minuscule ! Le gros changement concerne les ailerons qui sont désormais tous asymétriques. Plus petits et aussi puissants que les ailerons symétriques, ils permettent d’avoir moins de traînées – un aspect non négligeable quand on veut battre des records de vitesse ! Quant aux voiles, elles sont un peu plus compactes qu’en 2008. J’avais une 5,4 m2 pour mon record à 52,05 nœuds. Enfin, nous avions beaucoup moins de lest que dans le Sud de la France : entre 5 et 7 kilos maximum. Et pour ma part, je n’avais pas de protections.

Le canal de Lüderitz en NamibiePas le droit à l’erreur sur le canal de Lüderitz en Namibie, sous peine de se prendre de bonnes gamelles. «Le canal étant particulièrement étroit, on peut finir sur la berge en cas de spinout – c’est chaud !», confirme Antoine.Photo @ Eric Bellande

v&v.com : Comment fais-tu pour toujours aller un peu plus vite que les autres ?
A.A. : Difficile à dire. Tu as la glisse ou tu ne l’a pas (Rires) ! Différents paramètres entrent en compte : la tactique – bien se placer pour attaquer le run –, la condition physique, le choix et les réglages du matos, etc.

 

v&v.com : La peur peut-elle être un frein ?
A.A. :
Elle fait en tout cas partie du jeu. Le canal étant particulièrement étroit, on peut vite finir sur la berge en cas de spinout (décrochage de l’aileron entraînant une perte de contrôle, ndlr) – c’est chaud ! Je me suis d’ailleurs pris une grosse boîte à plus de 50 nœuds. Le premier impact a été vraiment dur car à ces vitesses, l’eau est comme du solide et on rebondit à la surface.

 

v&v.com : Cela ne t’a pas trop refroidi visiblement…
A.A. : Non, je suis reparti directement derrière. C’est ce qu’il faut faire dans ces cas-là, pour ne pas laisser le doute s’installer. Le lendemain je me suis fait manipuler, puis on a eu deux jours sans vent, donc ça l’a fait !

 

v&v.com : Jusqu’où peuvent aller les windsurfers, selon toi ? Le record des kitesurfers (55,65 nœuds) est-il à votre portée ?
A.A. : Avec plus de vent, on fera 53 nœuds, c’est sûr. Les 54 nœuds sont jouables aussi. Un kitesurfer, Sébastien Cattelan, tournait avec nous et il faisait des runs équivalents ou à peine plus rapides – de 0,5 à 1 nœud. Nous ne sommes donc pas largués par les kite !

 

v&v.com : Ta réaction sur la performance de Sailrocket (65,45 nœuds) ?
A.A. : J’ai vu débuter Paul Larsen à l’occasion d’une coupe du monde de vitesse à Walvis Bay, en Namibie également (spot où Sailrocket a d’ailleurs établi le nouveau record en novembre dernier, ndlr). Il était là avec ses deux containers et passait son temps à réparer des trucs. Mais à force de patience, il est arrivé à atteindre son objectif et même plus, je pense. Si le record des kitesurfers est difficile mais envisageable, celui de Sailrocket est carrément inaccessible !

 

v&v.com : Avant le record de vitesse, tu as décroché un 20e titre mondial, en slalom. Comment s’est passée cette saison ?
A.A. : Le duel avec Björn Dunkerbeck était chaud ! Nous avons pris la tête du classement alternativement, puis j’ai un peu merdé sur des épreuves en milieu de saison. Il avait l’avantage avant les deux derniers événements. Il fallait absolument que je gagne en Turquie – j’ai gagné. Je suis revenu juste derrière. La finale en Allemagne s’est très bien passée, puisque j’ai remporté toutes les manches, donc décroché le général. Entre ce 20e titre et le record de vitesse, c’est une année exceptionnelle qui se termine !

Antoine Albeau, 40 ans20 fois champion du monde, détenteur du record du monde de vitesse en windsurf, Marin de l’Année 2010 : à 40 ans, Antoine Albeau affiche un impressionnant palmarès. Et ce n’est pas fini !Photo @ Eric Bellande

v&v.com : Autant de performances qui t’ont valu une nouvelle nomination au titre de Marin de l’Année. Cela devient une habitude…
A.A. :
Je suis très honoré d’être toujours reconnu par le milieu de la voile, cela me tient à cœur. Julien Bontemps a également été nominé et nous étions deux planchistes à pouvoir l’emporter cette année : top ! Ceci dit, j’étais convaincu que le titre se jouerait entre en Franck Cammas et Loïck Peyron (c’est effectivement Franck Cammas qui a été désigné Marin de l’Année 2012, ndlr). Ils ont fait de grandes choses cette année, et tout au long de leur carrière.

 

v&v.com : Tu as brillé dans bien des disciplines (Vagues, Freestyle, Slalom, Formula Windsurfing), mais jamais tenté l’olympisme. Pourquoi ?
A.A. : C’est physiquement impossible, je suis trop lourd : il faut faire 75 kilos, j’en fais 103 ! J’étais partenaire d’entraînement de Julien Bontemps pour les Jeux. Je suis très performant dans les conditions planning, mais dans le petit temps, je n’y vais même pas, ça ne sert à rien (Rires.) !

 

v&v.com : Même si cela ne te concerne pas directement, tu dois être satisfait de la réintégration de la planche aux JO aux dépends du kite ?
A.A. : Oh putain, oui ! (Rires.) Je n’y croyais plus. Pour moi, il était acté que le kite serait la nouvelle discipline olympique et un retour en arrière paraissait impossible. Quand j’ai appris que la planche était finalement retenue, j’ai d’abord cru à un canular. Mais quelle bonne nouvelle ! Il faut penser aux jeunes qui font de la planche dans les écoles de sport, aux dirigeants qui s’impliquent. Leur retirer les Jeux aurait été catastrophique.

 

v&v.com : Et le funboard aux Jeux, tu y crois ?
A.A. : Non, je ne pense pas que ce soit possible, les conditions sont trop restrictives. Il faut des planches à dérive pour ne pas risquer l’annulation des épreuves.

Lui devant, eux derrièreAntoine Albeau a remporté toutes les manches de la finale du circuit PWA à Sylt en Allemagne, décrochant ainsi un 20e titre mondial, en slalom.Photo @ Eric Bellande

v&v.com : Il y a un an était créée l’équipe de France de funboard (voir l’article ici) : quel en est aujourd’hui le bilan ?
A.A. : C’est d’abord un beau succès sportif avec deux titres de champions du monde : celui de Valérie Arrighetti-Guibaudo et le mien. On parle aussi un peu plus de nous. Je travaille énormément avec l’agence de presse de la FFVoile qui m’a par exemple permis de financer les déplacements d’un caméraman pour sortir un DVD qui retrace toute ma saison. Autre aspect positif : notre entraîneur Yann Bouverne a bien bossé avec nous et il y a eu cinq ou six rassemblements. Quelques points restent à améliorer, principalement au niveau du budget, pour nous entraîner davantage et permettre à notre coach de venir plus souvent sur les événements.

 

v&v.com : L’équipe va-t-elle s’étoffer l’an prochain ?
A.A. : A priori, le nombre de coureurs restera identique (ils seront donc cinq, ndlr). Sauf si nous disposons justement d’un budget plus important. En revanche, la composition de l’équipe va évoluer en fonction des classements de la Coupe du monde : les trois premiers hommes et les deux premières femmes seront sélectionnés. En tout cas, des jeunes font part de leur volonté de faire partie de l’équipe de France de Funboard, c’est bon signe.

 

v&v.com : Comment s’annonce ta saison 2013 ?
A.A. : Je repars pour une année en slalom sur le circuit PWA. Je ferai quelques épreuves de vagues pour changer un peu, mais il ne faut que je me blesse non plus. Puis je pense qu’on retournera en Namibie en novembre : il s’agira alors de défendre mon record et de faire encore mieux.

 

v&v.com : Tu es sur le circuit mondial PWA depuis une vingtaine d’années. Ne ressens-tu pas une forme de lassitude physique et mentale ?
A.A. : Comment se lasser quand on se bat pour la première place ?

 

………..
Antoine Albeau en quelques lignes
Détenteur du record de vitesse en windsurf (52,05 nœuds)
Marin de l’Année 2010 
20 titres de champion du monde 
4 titres vice-champion du monde 
4 titres de champion d’Europe 
12 titres de champions de France 
10 titres de champion de France 

 > Le site d’Antoine albeau est ici, celui de l’Equipe de France de Funboard .

En complément

  1. 08/11/2012 - 17:05 Record : Antoine Albeau flashé à 49,41 nœuds Antoine Albeau vient d'établir un nouveau record du monde en planche à voile (en cours d'homologation), affichant une vitesse de 49,41 nœuds sur 500 mètres, par 42 nœuds de vent. Le planchiste est en Namibie, sur le canal habituellement utilisé par les kiters du Lüderitz Speed Challenge, et y restera jusqu'à début décembre, avec pour objectif d'établir un nouveau record à plus de 50 nœuds.
  2. et de 20   et albeau devint divin  12/10/2012 - 00:02 Funboard - Coupe du Monde de slalom 2012 Et de 20 : et Albeau devint divin ! Que dire ? En Allemagne, en slalom et devant 52 concurrents, Antoine Albeau a remporté son 20e titre mondial. A 39 ans, un monstre d’1,85 mètre, de 95 kilos – et de gentillesse. Marin de l’Année 2010, 4 titres de vice-champion du monde, 4 titres de champion d’Europe, 12 titres de champion de France.
  3. 24/01/2011 - 17:21 Antoine Albeau : le clip En décembre dernier, Antoine Albeau a été élu «Marin de l'Année 2010». Une consécration attendue depuis longtemps par le Rochelais, qui a raflé 18 titres mondiaux en windsurf depuis 1994 ! Bien que peu connu du grand public, Antoine Albeau est à 38 ans l'un des sportifs français les plus titrés du moment. Que ce soit dans les vagues, en slalom ou sur les circuits de vitesse, "Tonio", dit aussi "A2", est impressionnant d'aisance. Démonstration avec ce clip vidéo réalisé par la FFV.
  4. antoine albeau, 17 titres de champion du monde 10/04/2010 - 00:54 Interview d’Antoine Albeau Le planchiste qui voulait faire le Jules Verne Je sais, les puristes n’apprécieront pas que l’on parle d’un planchiste… Bouh ! Un babouin ! N’empêche qu’il devient difficile de résister à Antoine Albeau, 37 ans, 17 titres de champion du monde, 9 fois nominés au titre de marin de l’année, hyper sympa et décontract’, fan de foil, record personnel à 49,09 nœuds, grosse envie de passer les 50 nœuds, candidat à la Volvo et au Jules Verne… (Mais oui !) Bref, le gendre idéal de la voile fun avec lequel il est grand temps de faire connaissance !